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Quitter Paris ?

Par Bricolodifolco
Ne m'en voulez pas mais cette petite phrase, entendue tous les jours, commence vraiment à me porter sur les nerfs. "Quitter Paris" c'est la réponse systématique, comme à la mode, une ritournelle de conversation, un meuble ostentatoire et tendance, à la question : "C'est quoi ton projet pour 2009-2010 ?". Si ça se confirme, je vais vivre un moment d'intense solitude. Mais qui part vraiment ? On part pour regretter Paris. On part pour se redonner du souffle. Mais on part pas pour fuir le virus porcin, ni pour arrêter de travailler, ni parce que le voisin commence vraiment à me faire suer avec ses travaux du dimanche. On part d'une ville pour une autre ville. D'une urbanité marquée par la globalisation pour d'hypothétiques déserts, d'invraisemblables comportements gelés dans le glacis du temps d'avant, celui des explorateurs imaginaires. Un pays sans argent et sans agent ? Belle utopie ! Partir c'est s'illusionner encore et toujours. Partir c'est une religion. Le dogme du partir motive des millions de touristes qui sont pour la plupart des salariés. Et ce trafic enrichit des millions de gens qui voudront eux-mêmes partir à leur tour. J'ai moi aussi la bougeotte. Mais je sais, depuis peu, partir uniquement pour revenir. J'aime me couler dans la figure du père qui revient avec des valises bourrés de cadeaux. J'ai grandi avec ça : il revenait, il déballait, il embaumait, il peuplait nos rêves, nos fantasmes, par des objets étrangers. Marque probante d'une autre forme de religion, celle du souvenir. De l'artefact votif qui trône sur la commode de la chambre et sur lequel mon regard louche avant de sombrer dans le sommeil. Mes plus beaux départs furent en rêve. Je n'aime pas les confronter à la réalité de l'arrivée. Pour bien partir, j'ai l'intuition qu'il faut obéir à une injonction, presque à une pulsion. Le spontané départ. L'intempestive disparition. Comme une désobéissance. Non pas la fuite, mais la surprise : se reprendre en charge ici, comme faire peu de valises, arriver à l'aéroport (ou à l'embarcadère), s'endormir sur le siège, se réveiller ailleurs... mais ça ne fonctionne plus ainsi. Parce qu'il y a les omniprésentes formalités. Le vrai départ devrait être informel, sans concession, sans regard en arrière, sans procédure. Au lieu de ça, nous laissons à l'arrière plan des petits blocs de sel, qui, imperceptiblement, chatoient dans la lumière mémorielle d'une lampe-torche désirante : quelle est cette forme, là-bas, au loin, que veut-elle me dire ? Alors, emmenez-moi dans vos pensées, vous qui dîtes partir dans l'année. Dans vos pensées, gardez-moi la main tendue pour y déposer une carte postale, un souvenir. J'en serai dès plus comblé. Grâce à ça, je voyagerai. Mais je voyage déjà, rien que d'y penser, je voyage et je pense à vos retours et aux récits que vous nous livrerez. En conclusion, un peu ivres, nous ne serons pas étonnés. Il se confirmera que Paris c'est pas si mal. Pas si mal, en définitive.

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