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Entreprendre en temps de crise par Jean Marie Messier

Publié le 07 septembre 2009 par Lentrepreneur

Entreprendre en temps de crise par Jean Marie Messier

Remettre l’entrepreneur au centre est un des chapitres de mon nouveau livre.

Que pensez-vous de la crise actuelle ?

Cette crise est selon moi historique et non cyclique comme on voudrait nous faire croire. Cela s’apparente plus à une KillerWave.

Il y a des paramètres récurrents dans chaque crise :

- Un défaut de rigueur des états (cf aux USA avec une politique budgétaire laxiste)

- Une opposition entre un capitalisme global et des organismes de régulation nationaux.

- Un défaut d’information (Par exemple avec les paradis fiscaux. On ne peut donc savoir d’où vient le risque)

Ce trou noir de manque d’information s’est développé en même temps qu’une perte du sens du risques par les banques.
Il y a ainsi eu un risque majeur, 10% plus gros que la valeur de l’économie, sans même pouvoir savoir où se risque était localisé puisqu’il y avait un manque d’information.
La crise est aussi virtuelle : des produits financiers virtuels ont été inventés, sans limite de valeur et surtout sans rapport avec l’économie réelle.
Le non responsabilité des banques qui peuvent constituer un risque et le revendre à 100% n’est pas tolérable.

Je pense à une citation de Goethe : ” Quoi que tu rêves d’entreprendre, commence le. L’audace a du génie, du pouvoir, de la magie.”

Dans quels secteurs faut il entreprendre selon vous ?

- L’économie du digital, tout ce qui concerne l’intégration des conséquences du digital dans l’industriel par exemple.
- Green business. Il y a une réelle prise de conscience et la fin des énergies fossiles. C’est donc un enjeu essentiel.

Quelles sont les difficultés actuelles pour la création d’entreprise ?

Avoir du capital, du financement.

Il ne suffit pas d’avoir un BP, d’avoir une bonne tête et une bonne idée.
Il faut une équipe, pas 1 personne, cela rassure.
Il ne faut également plus venir avec juste une idée, il faut un produit/service testé. Le financement est donc plus tardif.

Il ne faut selon moi pas rechigner à s’appuyer sur un partenaire ou un business angel, quitte à perdre un peu de capital.
Selon vous la solution de sortie de crise est un capitalisme d’entrepreneurs plutot que de financiers ?

Oui mais ça ne va pas supprimer l’appât du gain. Ca ne va pas moraliser le capitalisme.

Mais cela permettrait peut etre d’éliminer certains excès et de valoriser l’entrepreneur.

Ce qu’il faudrait faire :

- Un excès des financiers : se baser sur la variation d’un cours et non sur sa valeur réelle. Il faut a ce titre empecher la vente à découvert. On ne doit vendre ou acheter que ce que l’on a. Les instruments spéculatifs sont sans utilité.

- Il faut obliger une institution qui émet une action ou quelque chose de risqué à en garder une partie dans son bilan pour lier les conséquences du risque au créateur du risque.

- Obligation d’information à demander aux paradis fiscaux pour empecher la création d’un trou d’information

- Réformer les bonus. Il ne s’agit pas seulement des PDG mais de l’ensemble de la filière risque financier. Il faut constater la réalisation ou pas du risque, et adapter les bonus. Il ne faut ainsi pas que les bonus soient instantanés mais réparti dans le temps.

- remettre les valeurs de l’entrepreneur au centre. Ces valeurs sont le bon sens et le risque (car la tentation d’avoir un excès de précaution est également forte). La notion de risque est assumée par l’entrepreneur. La valeur née du risque. Il ne faut pas lier les entrepreneurs aux financiers et faire l’amalgame, le risque est différent car assumé.

En ce qui concerne le BP en temps de crise, pensez-vous qu’il soit nécessaire de plus l’axer sur la partie innovation que sur la partie financière?

Aucun BP n’a tenu le choc à la période actuelle.
Il faut un BP mais ce n’est pas la dessus qu’on vous apportera des fonds.

- la qualité de l’équipe

- la qualité du produit/service

L’innovation est necessaire mais loin d’être suffisante.

Exemple avec Vivendi : Nous avons eu très tot l’idée de la convergence des médias (ex Iphone…). l’innovation était la, la vision était la mais le produit et la capacité à délivrer le service étaient prématurés.

Il faut être attentif et se demander : Ai-je les moyens d’offrir le service/produit dans des conditions acceptables par le consommateur ?

Un consommateur n’achète pas une technologie mais un produit/service.
C’est la clé : démontrer qu’on a la vision de la capacité du consommateur d’acheter le produit car il existe une valeur réelle pour lui.

C’est cette dimension supplémentaire, de répondre à un vrai besoin, que doit apporter l’entrepreneur.

Pensez-vous qu’entreprendre chez les jeunes permettrait de faire baisser le chômage ?

Novembre 2003, New York : je veux monter Messier Parners, en moins de 12H l’entreprise est immatriculée.

Il faut continuer à prendre des mesures dans ce cens, c’est une bonne contribution pour faire face à la crise.

Le reclassement n’existe pas aujourd’hui pour 30/40% des banquiers d’affaire mis à pied. Ils ont donc la tentation de monter leur boite. C’est une bonne chose mais avec une telle approche il risque d’y avoir très peu de survivant..
D’ailleurs partir en équipe assure plus de chances de survie.

Pensez-vous qu’il soit plus simple de créer aux US pour les projets d’innovation et comment constituer une bonne équipe de départ ?

Il faut le plus possible de brassage, aller à l’étranger.
Les business angels peuvent vous permettre de completer votre équipe en vous présentant des gens.

C’est possible d’entreprendre en France. Aux US l’avantage est la taille du marché direct adressé et la langue. Il y a également une philosophie très différente. Une philosophie de la 2e chance, on se dit que vous avez appris de l’échec. En France, plus personne ne vous prêtera pour une nouvelle expérience si vous échouez. C’est pour cela que je suis parti aux US, le soutien était plus fort et l’accueil meilleur.

J’ai par exemple reçu un chèque d’un de mes plus gros anciens concurrents US pour payer les 3 premiers mois d’installation de ma nouvelle activité Messier Partners. C’est ca la culture de la 2e chance.

Savoir donner quand on a beaucoup reçu aussi.
Le réseau est fondamental.

Un entrepreneur doit savoir se dire : “Si je deviens un obstacle au développement de ma société, je dois partir.”


Quelle a été la place de vos études dans votre travail et quelle a été votre 1ere expérience d’entrepreneur ?

Mes études ? Recouper des ordres de grandeur et savoir compter.

Le plus utile : Les réseaux

Impose ta chance, va vers ton bonheur, va vers ton risque…

Il ne faut pas laisser la chance passer, il faut savoir prendre des risques. Plus on s’éloigne des études, plus cette capacité va faire la différence.
1ere expérience d’entrepreneur a été d’être président du Ski Club de l’X. Il fallait chercher des sponsors et arriver à avoir un bénéfice et du plaisir avec le profit de cette expérience.
Il n’y a pas de bon moment pour se lancer. Il y a de bonnes idées, de bonnes initiatives à prendre.

Avoir de l’expérience avant d’entreprendre ?

L’expérience doit être représentée dans votre équipe, votre conseil.
Rentabiliweb : Créer par un jeune entrepreneur et c’était sa première expérience.
Il est passé d’avocat à créateur de rentabiliweb. Il n’y avait pas d’utilité pour lui d’avoir plus d’expériences mais d’avoir la sagesse d’aller chercher un tour de table qui apporte les éléments d’expérience.
Ne pas se croire omniscient et faire une association performante.

Si vous voulez en savoir plus sur la vision de Jean Marie Messier sur la crise vous pouvez lire son dernier livre “Le jour où le ciel nous est tombé sur la tête”. Cliquez sur l’image ci-dessous.

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