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We Thank You, Michel

Publié le 27 août 2009 par Kinishao

We Thank You, Michel

Hier, après la fin de mon audience du jour, je suis allé me perdre à la Fnac …

Il est toujours extrêmement dangereux pour moi de m’y rendre, parce qu’il fut un temps où je n’en ressortais pas sans, au minimum, un CD, un DVD et un bouquin.

Mais hier, je suis resté très raisonnable. Peut-être en raison de la surprise déclenchée par le rayon musique qui a pris une sacrée claque, puisqu’il a été réduit des 2/3 … Vive le téléchargement illégal, hein …

J’ai passé un temps certain à chercher quelque chose qui me plaisait et après avoir hésité entre MGMT, Sly Stone et un album qui avait une très joli pochette et les quatre “f” de Télérama … je suis allé au rayon jazz. Et là, outre le fait que j’ai souri en constatant que le rayon jazz est quasiment aussi grand que tous les autres rayons réunis, j’ai tout de suite moins hésité …

Après avoir pris The Man With The Horn de Miles Davis, puis le dernier album de Pat Metheny, j’ai eu la bonne idée de lever les yeux et je suis tombé sur un double CD live de Michel Petrucciani

Je connais ce CD depuis longtemps, mais je n’avais jamais pu l’acheter.

Bon, matériellement, je n’aurais pas dû pouvoir l’acheter, mais la musique a ses raisons que les banquiers ignorent.

J’ai donc acheté ce merveilleux objet et je l’ai écouté en rentrant chez moi.

Ce CD contient l’un de mes morceaux de musique préférés, “J’aurais tellement voulu“.

We Thank You, Michel

Ce n’est pas un morceau écrit par Michel Petrucciani, mais sa version est – de loin – la plus belle.

J’hésite à employer encore des superlatifs à propos de lui, mais je pense que je vais avoir du mal à tenir jusqu’à la fin de cette note …

Je ne vais pas vous dire que sur ce CD, il reprend des classiques du jazz qu’il sublime, qu’il joue ses propres compositions qui sont un reflet de l’exceptionnel homme qu’il était, ou que son jeu de piano le place au niveau d’un Bill Evans et sans conteste parmi les plus grands pianistes de tous les temps …

Je voudrais simplement vous dire ce que représente Michel Petrucciani pour moi. Même si je sais que je vais avoir beaucoup de mal à traduire en mots tout ce que je ressens grâce à sa musique.

J’ai “rencontré” Michel Petrucciani pour la première fois en 1994, au cours d’une émission de notre actuel Ministre de la Culture, consacrée à Jean-Michel Jarre, à laquelle il était invité.

Et il avait joué ça …

Je dois dire que ça a été (et c’est toujours) l’un des plus grands chocs musicaux de ma vie : je suis resté littéralement bouche bée devant mon écran pendant toute la durée de la musique … et je me suis dit “on peut faire ça avec la musique de Jean-Michel Jarre ???

J’ai eu la bonne idée de le “rater” en concert deux fois : la première fois parce que je ne savais pas qui il était et la deuxième parce que j’avais encore des scrupules à avoir mon compte bancaire à découvert …

Et en 1999, il a été emporté par la maladie des os dont il était atteint depuis sa naissance et qui l’aura fait souffrir à chaque seconde de sa vie. Il avait 36 ans.

Depuis lors, j’ai acheté tout ce que j’ai pu de lui : albums (notamment celui avec Stéphane Grappelli, “Flamingo“), DVD et même le seul livre qui lui soit consacré, un livre d’entretiens inachevés …

J’ai écrit dans ma précédente note que Michel Petrucciani est l’une des rares personnes dont la seule évocation me fait monter les larmes aux yeux …

Cela peut paraitre excessif, mais c’est simplement dû au fait qu’il ne calculait jamais et que tout ce qu’il donnait à ceux qui l’écoutaient était pur, généreux et totalement authentique.

D’autres masquent leur absence d’âme par une technique hors pair … lui avait cette technique hors pair, mais on l’oubliait dès qu’il se mettait à jouer, tant cela débordait de vie, d’envie, d’espoir …

Je crois que c’est l’intensité qui caractérise le mieux Michel Petrucciani. Lorsque vous écoutez “J’aurais tellement voulu“, vous ne pouvez qu’être frappé par tout ce qu’il met dans les notes qu’il joue.

Du soleil mélancolique qu’il dessine avec les premières notes du morceau et qui dit tellement … jusqu’aux soupirs contenus dans les différents thèmes qu’il explore … en passant par l’impression que les nuages finissent toujours par s’éloigner … Tout est follement intense, vrai …

C’est un cadeau exceptionnel qu’il fait au monde, en lui offrant sa musique.

Sa musique est un immense rayon de lumière qu’il projetait en permanence, dans chacune de ses notes.

En même temps, vous ne pouvez que ressentir également chez lui une sorte d’espoir permanent. Malgré … malgré … malgré … Espoir de beautés, de joies, de bonheurs, de sourires … De vie, quoi.

Depuis hier, j’écoute ce CD en boucle dans ma voiture. Et je me sens transporté dans une dimension où toutes les souffrances, tous les délices et toutes les merveilles de l’âme humaine se cotoyent, dans un immense tourbillon à la fois d’une puissance phénoménale et d’une finesse, d’une délicatesse infinies.

Et toujours ce piano extraordinaire, cet amour inconditionnel et inépuisable de la vie …

Dans le texte de présentation du CD, il est notamment écrit : “Chercheur d’or infatigable, tenant entre ses mains des trésors dont on avait même pas osé rêver … Il nous les offre avec malice, avec ce grand rire qui résonne encore bien des années après … simplement pour nous dire combien il nous aimait.

C’est exactement ça : la musique de Michel Petrucciani est une déclaration d’amour à la vie, une déclaration d’amour à l’humanité toute entière.

D’un coeur à un autre coeur.

Pendant le concert, après que Michel ait asséné sa première salve (c’est-à-dire 30 minutes de musique qui vient d’on ne sait où …), il parle un peu avec le public. Il commence par remercier tout le monde, et notamment le public pour être venu.

A ce moment-là, une dame dans le public lui répond : “We thank you, Michel !”

Parce qu’un concert de Michel Petrucciani était un moment qui vous marquait à vie.

Moi qui, comme lui, suis français, grandis à Montélimar (du moins, j’espère), fait de la musique et joue du piano (et va s’y remettre très sérieusement, parce qu’il y a trop de choses qui me submergent actuellement et qui hurle littéralement pour sortir ), n’ai plus beaucoup de cheveux (hélas hélas hélas) et pour qui le prénom Michel a décidément une signification très particulière, je vais éviter l’anglais, pour une fois …

Je vous remercie, Michel.

Posted in Le Jazz Tagged: jazz, michel petrucciani, musique, piano

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