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Randy Weston et les Gnawas à Paris

Publié le 07 avril 2009 par Assurbanipal
Randy Weston et les Gnawas du Maroc (Tanger, Marrakech)
Vendredi 27 mars 2009.20h.
Théâtre du Quai Branly. Africa Jazz. Concert donné dans le cadre de l'exposition « Un siècle de Jazz » au Musée du Quai Branly.

African Rhythms Quintet


Randy Weston
: piano
Alex Blake : contrebasse
Niel Clarke : percussions africaines
Benjamin Powell : trombone
Talib Kibwe : saxophone alto, flûte
Ensemble Gnawa de Tanger :

Abdellah El Gourd
: hajhouj, chant
Ahmed Gdinou : karkbas, chant, danse
Nour Edine Touati : karkbas, chant, danse
Ensemble Gnawa de Marrakech :

Abbes Larfoui
: hajhouj, chant
Ahmed Ben Othman : karkbas, chant, danse
Mbarek Ben Othman : karkbas, tbil, chant
Randy Weston joue avec les Gnawa depuis 1967. Le pianiste Bobby Few est au nombre des spectateurs ce soir.
Ca commence sans les Gnawa. Randy Weston présente en anglais et en français « The African cook book », « Le livre de cuisine africaine ». Solo de piano pour commencer. Il travaille les graves dans un swing tranquille. Le contrebassiste joue assis comme d'un violoncelle. Le haut du manche se trouve placé curieusement loin de sa tête. Ce quintette joue une musique africaine telle que la rêvent des Noirs américains en quête de leurs racines.Le swing est léger, agréable. Randy Weston fait gronder le ventre du piano. Solo de percussions intéressant et varié des paumes, du bout des doigts, frotté, frappé. Son chant fait tout à fait bien aussi. Ca sonne beaucoup plus cubain qu'africain. Le contrebassiste en solo joue de la guitare Il gratte, slappe, griffe ses cordes tout en battant la mesure du pied. C'est original. Le public apprécie beaucoup mais c'est un peu de l'esbrouffe à mon goût.
Au tour des Gnawas de jouer sans les Américains. Ils sont assis en tailleur sur des coussins portant cheveux longs, costumes et turbans. Quatre hommes en blanc, un en rouge, le plus âgé, un en jaune. Le groove du désert est lancé. C'est très vite énorme. La pulsation vibre dans le ventre et ne vous lâche pas. Deux Gnawas se lèvent pour jouer et danser. Ils sont montés sur ressort avec des genoux en caoutchouc et des cuisses d'acier. Un danseur nous fait applaudir en mesure. Un classique des Gnawas : un homme danse en faisant tourner un pompon au bout d'une ficelle au dessus de son bonnet. Les touristes prennent des photos comme à Marrakech. Fin du morceau. Le danseur salue chapeau bas.
Les Jazzmen reviennent et jouent le même morceau à leur manière. Avec flûte et trombone, c'est plus léger, plus gracieux mais moins puissant. Contrebasse et percussions entretiennent la tension. Le piano ponctue alors que le trombone grogne, se déroule comme un gros chien au réveil. La flûte se fait mystérieuse avec un son venu de très loin puis devient plus aigue, plus joyeuse comme un oiseau sur sa branche au printemps.
« African sunrise » de Randy Weston, morceau dédié à Dizzy Gillespie, Chano Pozo, Machito. Solo de piano plutôt grave avec des réminiscences cubaines même si ça reste bien du Jazz. Citations bebop dans le solo de sax alto. Au tour du tromboniste, plus vieux, plus calme, plus grave que le sax. Son solo est plus profond aussi. Ca balance doucement entre piano, contrebasse et percussions. Ca s'éteint dans un murmure. Enfin les deux groupes vont jouer ensemble. Ca commence avec la guitare à une corde rejointe par les castagnettes métalliques. Les Jazzmen les rejoignent mais ont du mal à se faire entendre. Il y a une différence de puissance. Le sax alto face au Gnawa qui danse et joue ça donne. Le public bat la mesure. C'est la fête. Le piano entre dans la danse. Les deux « guitaristes » restent assis alors que les autres Gnawas dansent et jouent. Le saxo et les danseurs remontent les travées de la salle. C'est la fête. Une vieille dame Marocaine danse dans le public. Ca se calme doucement quand ils reviennent sur scène. L'homme en rouge sonne le tambour avec des baguettes courbes. Il fait cesser puis repartir la musique sans cesse. A plus de 80 ans, Randy Weston est debout sur la scène, applaudit et danse. Les Gnawa s'en vont. Retour au Jazz. Dommage. L'ambiance était lancée.
« Love.The mystery of » morceau en hommage à un percussionniste dont je n'ai pas capté le nom. Solo de piano. Randy Weston affectionne le registre grave. Swing léger. Flûte grave, mystérieuse. Ils s'en vont. Ca ne va pas se passer comme ça !
En rappel, un morceau Gnawa « Chalamati ». Les Jazzmen commencent puis les Gnawa les rejoignent. L'homme en rouge nous fait signe des mains pour battre la mesure.Les voix Gnawa s'élèvent au dessus du piano de Randy Weston. La fusion se fait calmement d'abord mais je sens que ça s'énerve. Le vieil homme en rouge recommence à danser au milieu des Jazzmen. Cet homme a un superbe tempérament de clown. Les castagnettes sont plus présentes. Le saxophone décolle, le piano brode. Allez, hop, tout le monde debout ! Seul un Gnawa reste assis pour maintenir le Groove. Les musiciens se font des calins et des bisous sur scène. Ca finit dans la joie et l'amour du dialogue Afrique/Amérique.
Concert intéressant mais pas assez de moments de fusion. J'ai souvenir d'un concert de Ray Lema, pianiste et chanteur congolais (Kinshasa), avec les Gnawa dans la cour pavée d'un hôtel particulier du Marais à Paris lors de la fête de la Musique 1998. Le voyage à travers l'Afrique du Sahara à la forêt congolaise a duré de la première à la dernière note. Un pur moment de magie.

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