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La berceuse, ce «doudou sonore »

Publié le 13 octobre 2007 par Willy
La berceuse, ce «doudou sonore » Enfance. La psychiatre Karine Leydier a consacré sa thèse à cette «pratique intemporelle». Par JACKY DURAND - http://www.liberation.fr/ La docteure Karine Leydier, psychiatre, vient de soutenir la première thèse consacrée à la berceuse (1), cette «pra­tique intemporelle et ­universelle» . Pourquoi une ­­thèse sur la­ berceu­­s­e ?  C’étai­t personnel. J’ai une maman qui m’a toujours chanté des berceuses et j’ai toujours eu en tête Une chanson douce d’Henri Salvador. Je me suis demandé pourquoi, à mon âge, elle me revenait toujours. Je me suis dit que la berceuse devait avoir un rôle dans notre développement psychique. En discutant avec des amies, j’ai compris que la berceuse était un moment important de la relation parent-bébé. A quoi sert la berceuse ?  Il y a trois aspects importants : du côté des parents, elle peut les rassurer car le rythme et la structure musicale propres à la berceuse déclenchent un effet physiologique apaisant. La berceuse sert de communication précoce entre parents et enfants. Du côté du lien, la berceuse favorise l’attachement entre parents et enfants, la construction d’une histoire commune. Et enfin, du côté du bébé, elle instaure la stabilité quand elle est répétée dans le temps, chaque soir. La berceuse a un effet de sécurité à long terme qui aide à la structuration de la personnalité, ­elle alimente la mémoire précoce. Cette mémoire est très sensorielle (odeurs, regards, chaleur…). Ce sont des moments très particuliers qui permettent de créer des enveloppes psychiques, partie intégrante du moi. C’est comme une peau sonore qui fait li­mite entre le soi et le non-soi. Bercer veut dire aussi «tromper», est-ce une illusion ?  Il y a un côté illusion dans le sens où c’est un temps transitoire : la berceuse au coucher est un moment de sécurité qui, paradoxalement, prépare à la séparation du sommeil. C’est aussi un moment de réalité qui active l’imagination. Y a-t-il des chansons plus appropriées que d’autres pour la berceuse ?  En général, ce sont des chansons avec lesquelles les parents ont un rapport particulier. J’ai aussi des amis qui ont inventé une chanson à leurs petits. Mais la berceuse peut également être simplement composée de sons associés au geste. Bercer est une pratique intemporelle, universelle avec son rythme lent et ses contours descendants (de l’aigu au grave, comme si on allait sombrer dans le sommeil). C’est pour ça qu’on est capable d’identifier une berceuse dans une langue qu’on ignore. Y a-t-il un âge pour ­­­la berceuse ?  Elle est particulièrement utilisée dans la première année de bébé, quand s’établit la communication et l’attachement avec les parents. Après, la berceuse devient un partage. Vous parlez de «formule magique»…  Un auteur a retrouvé, en Europe de l’Est, des écrits anciens de berceuses qui contenaient des incantations au sommeil, à la protection. Vous évoquez un «doudou sonore».  Quand l’enfant n’est pas bien, il veut son doudou, c’est pareil avec la berceuse, elle apporte la protection. Le doudou est un objet transitionnel pour l’enfant, un lien entre l’intime et l’extérieur. Il est sécurisant pour l’enfant, c’est un peu un substitut maternel. Il se dit : «Maman n’est pas là, ce n’est pas grave, j’ai mon doudou.» Idem avec les mots, les sons, la musique, ce sont des objets réconfortants. Vous affirmez que la berceuse permet d’accumuler des souvenirs qui nous soutiendront toute notre vie.  La berceuse fait partie de la mémoire sensorielle qui nous protège. Dans les moments où l’on n’est pas bien, on peut s’en souvenir. Quand on traverse une période difficile, on peut avoir besoin de se protéger en se souvenant. C’est humain de vivre de tels moments régressifs. Vous parlez de la voix comme de la métaphore de l’identité profonde.  Dans la berceuse, il y a la voix de la maman, celle du papa. Il y a une identification à cet alter ego. On se développe avec l’identification des voix qui nous entourent, celle de l’autre. Il y a plus que des syllabes qui passent dans la voix. Dans certaines familles, vous avez des gens qui ont la même façon de parler, à travers plusieurs générations. Bercer peut-il soigner ?  C’est une action qui a des aspects anxiolytiques et apaisants. La berceuse aide à déminer l’état de stress. C’est très important chez les prématurés (lire ci-dessous), la ber­ceuse peut aider à la nutrition, à la respiration et instaurer un climat sécure avec les parents. L’écoute de la musique permet l’augmentation de la succion, de l’alimentation et de la prise de poids. Quand un enfant ar­rive dans une famille, la berceuse est un mode de communication qui permet d’établir une histoire commune. Un enfant qui n’a pas d’attachement va présenter des troubles du développement. Au Canada, il y a des expériences qui sont ­menées, où la berceuse peut être utilisée pour créer une ambiance sécurisante quand l’enfant présente des troubles de l’at­tachement. Bercer permet-il aussi de lutter contre son propre déracinement ?  Oui. Même si la berceuse n’est qu’une musique, elle véhicule toute l’histoire des gens, leur culture. Bercer permet de retrouver ses propres repères, de faire du lien avec sa propre ­culture, les générations précédentes, de réactiver la représentation de sa propre enfance pour faire de même avec ses enfants. (1) Le Rôle des berceuses dans le développement psychique du nourrisson, juin 2007, université de Franche-Comté.

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LES COMMENTAIRES (1)

Par kiki-58
posté le 31 janvier à 13:01
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