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"L'abominable vérité"

Par Loulouti

Il y a parfois des étiquettes qui collent durablement à des genres cinématographiques. Il y a quelques jours j’ai vu une comédie américaine. C’est fait j’ai lâché la vilaine expression.
A force de globaliser, de caricaturer je suis persuadé que nous passons toutes et tous à côté de longs métrages qui valent le coup mais la tendance a vouloir tout ranger bien sagement dans des boîtes devient vraiment gonflante.
J’ai eu dés le début un très bon pressentiment à propos de "L’abominable vérité" de Robert Luketic. Je me suis documenté, j’ai lu quelques échos même si peux me permettre d’affirmer qu’un avis autre que le mien ne me forcera jamais, dans l’absolu, à voir un film ou à passer mon chemin. Je respecte tout ce que je lis, vois ou entend mais je me forge avant tout ma propre opinion.
"L’abominable vérité" n’est pas une comédie américaine de plus. L’œuvre se révèle vite être un long métrage drôle, original, avec du sens et de la forme, qui nous propose quand même une happy end (nous sommes à Hollywood, faudrait pas pousser grand-mère dans les escaliers tout de même) mais qui brille par une fraîcheur de ton et un jeu d’acteur irréprochable.
Abby Richter (Katherine Heigl) est une productrice de télévision dont l’émission connaît une sévère chute d'audience. La direction de la chaîne qui l’emploie décide d’engager Mike Chadwick (Gerard Butler) qui se targue d’être un expert en relations humaines et qui anime sur une télévision locale une émission "The Ugly Truth" ("L’Abominable Vérité") dans laquelle l’animateur assène un certain nombre de vérités dont toutes ne sont pas bonne à dire.
Le succès est immédiat mais la situation fait enrager Abby qui connaît de plus des problèmes avec son célibat de longue durée.
Entre Mike et Abby s’engagent une lutte d’influences et un subtil jeu de séduction qui va faire éclater bien des vérités, même si ces dernières sont parfois abominables.
Au premier abord vous pourriez me dire que le schéma est éculé mais c’est très loin d’être le cas. L’histoire passionne car l’osmose entre les personnages prend dès les premières secondes. Les situations sont loin d’être conventionnelles. Le long métrage ne déborde pas de bons sentiments hollywoodiens. Les scénaristes et le réalisateur ont conçu un projet et nous ont mis en scène un produit qui évite les clichés redondants, les images rébarbatives et les lieux communs. Le scénario se révèle d’une très grande finesse.
Mais le film se distingue d’autres films par la liberté de ton employée. Les hommes et les femmes se balancent à la figure des vérités qui font sourire quand le spectateur n’est pas concerné ou qu’il ne s’y reconnaît pas !!!
Les personnages se font des vacheries mais pas en dessous de la ceinture car "L’abominable vérité" n’est pas un long métrage gras aux blagues scatologiques lourdingues pour pré adolescents en mal de sexe et de blagues éculées.
Nous avons le droit à un affrontement des sexes et tout est permis. A chacun ses armes et ses règles du jeu. L’amour et la manière de séduire sont revisités avec une certaine efficacité. Le tout est savamment orchestré.
"L’abominable vérité" est avant tout un film très drôle. Le rire est franc et absolument pas déclenché mécaniquement à l'avance. Deux ou trois moments sont carrément irrésistibles. Je suis dur en matière de comédie mais la séquence du restaurant, qui fait écho à celle de "Quand Harry rencontre Sally", est absolument irrésistible. J’avais les larmes aux yeux. Le second moment désopilant est le passage du match de Base-Ball. Vraiment énorme.
Le long métrage a du rythme et les situations sont nettes et précises comme sait le faire le cinéma américain. Point de temps mort ni d'ambiguités. Le schéma narratif est clair.
Les dialogues sont truculents, incisifs et efficaces. Nous sommes parfois au bord du précipice (pour nos chers moralistes) car certaines phrases sont clairement osées. Les échanges verbaux entre les personnages fonctionnent admirablement bien. Les réparties font mouche à tous les coups.
Katherine Heigl et Gerard Butler forment un duo étonnant et détonnant. Ils s’emploient à jouer sur plusieurs registres. Leur "couple" fonctionne avec beaucoup d’entrain. L’actrice américaine dynamise son personnage et prouve son incroyable potentiel comique. Ses regards, ses tics verbaux, sa capacité à se transcender lui confère un nouveau statut dans la hiérarchie des comédiennes d’outre atlantique.
L’acteur écossais fait à la fois étalage d’une force toute masculine et de finesse empreinte d’empathie pour mettre en valeur les caractéristiques de son personnage.
L’intérêt du scénario se retrouve aussi ici car les protagonistes évoluent au cours des 90 minutes que durent le film.
Les deux vedettes sont entourées par des seconds rôles impliqués, sérieux et absolument pas décoratifs. Le réalisateur a su trouver la parfaite alchimie dans ce domaine.
"L’abominable vérité" est un long métrage séduisant, frais qui nous marque par la totale liberté dans l’angle d’attaque choisi. Les relations hommes femmes, ou femmes hommes si vous préférez Mesdames, n’ont jamais été présentées ainsi.
Le long métrage s’apprécie aussi car il s’agit d’un véritable divertissement familial, même s’il écorne quelques certitudes.


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