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Dominique de Villepin : une carrière politique entre les mains de la justice

Publié le 21 septembre 2009 par Delits

Villepin« Je me présente devant vous à un moment exceptionnel de l’Histoire ». C’est avec des accents churchilliens que Dominique Galouzeau de Villepin s’adresse aux députés dans sa déclaration de politique générale. Nous sommes en 2005, les Français sont encore sous le choc de leur propre audace, à la suite du rejet du traité constitutionnel européen. Le tout nouveau Premier ministre est alors au sommet de sa carrière. Il a endossé son costume préféré : celui de l’homme seul face à une nation manifestement blessée. Aujourd’hui, c’est lui qui pourrait se sentir blessé, à l’occasion de sa comparution pour  « complicité de dénonciation calomnieuse» , dans un procès qui va déterminer les responsabilités de chacun dans l’affaire Clearstream.

De la diplomatie au Quai d’Orsay

Avant d’avoir savouré les lumières, Villepin est longtemps resté dans la pénombre. Ancien diplomate, il entre dans le cénacle chiraquien en devenant directeur de cabinet d’Alain Juppé en 1993, alors ministre des Affaires étrangères. Après l’élection de Jacques Chirac en 1995, il est nommé secrétaire général de l’Elysée. Son passage y sera assombri par la dissolution, dont il était l’un des fervents partisans.

C’est la réélection de Jacques Chirac en 2002 qui lui permet d’entrer au gouvernement en tant que ministre des Affaires étrangères. Il tranche dans le panorama politique par son lyrisme et sa fougue. Ils donneront au personnage toute sa stature lors de l’affaire irakienne de 2003 : son discours à l’ONU, en défendant la paix, les valeurs que portent « un vieux pays, la France», et le droit international, restera dans les annales pour de nombreuses années encore. Il exprime à la face du monde ce que la très grande majorité des Français  (83% des Français à la fin du mois de février 2003) pense, et acquiert dès lors une notoriété et une respectabilité certaines.

Une ascension foudroyée

Deux ans plus tard, au lendemain du référendum sur le traité constitutionnel européen, cette union nationale n’est plus qu’un souvenir. Les résultats (la victoire du NON à 55%) apparaissent comme un révélateur d’une France profondément divisée : les élites et la « France d’en bas »  ne se comprennent apparemment plus. Villepin incarne le rassemblement : il est nommé Premier ministre par Jacques Chirac. Le Président, très affaibli politiquement, va désormais devoir se réfugier dans la figuration pour les deux dernières années de son mandat, laissant la première place à son dauphin.

Le nouveau chef du gouvernement adopte un style plus sobre, moins emphatique mais plus pragmatique. Le gouvernement Villepin doit faire face à des crises (telle celle qui embrase les banlieues), des humiliations (l’incroyable odyssée du porte-avion Clemenceau) ou des déceptions (l’échec de la candidature de Paris au Jeux Olympiques de 2012, alors que tous les médias prophétisaient une victoire probable). Face à la tempête, Villepin fait preuve de pugnacité et d’imagination, explorant de nouvelles voies, qui amènent à la création du Contrat Nouvelle Embauche, des pôles de compétitivité ou à l’émergence du concept de patriotisme économique. Le chômage diminue, sa popularité croît, atteignant jusqu’à 58% d’opinions favorables à son action (janvier 2006).  Chose rare sous la Vème République, il est à la fois plus exposé et plus populaire que le Président de la République (44%). Même une partie de l’électorat de gauche lui accorde du crédit. Une candidature à la présidentielle qui approche apparaît alors de plus en plus opportune… Mais le lancement du Contrat Première Embauche va briser le charme : les Français y sont très opposés et l’obstination du Premier ministre va faire fondre sa popularité (qui va tomber à 29 % d’opinion favorable en avril). Puis sans transition, éclate la bombe Clearstream. Si le CPE a été la campagne de Russie, c’est Cleastream qui fera figure de Watterloo, annihilant définitivement une potentielle candidature de Villepin à la présidentielle.

S’opposer pour exister

Pourtant, l’élection de Sarkozy en 2007 est l’occasion pour Villepin d’affûter ses armes. Il ne fallait pas se fier à sa nouvelle robe d’avocat. Non seulement il n’abandonne pas la politique, mais  surtout il s’oppose frénétiquement à la politique du nouveau gouvernement. Réforme de l’audiovisuel public, travail le dimanche, pleine réintégration de la France dans le commandement militaire de l’OTAN, amendement sur les tests ADN, rien n’est épargné par la verbe de Villepin. Ses passages sur les plateaux pour faire la promotion de son nouveau livre sur Napoléon sont autant d’occasions de tacler le gouvernement. Il dresse une toile de fond dramatique, en évoquant « un risque révolutionnaire en France ». Il signe, aux côtés d’un certain nombre de personnalités, dont Ségolène Royal, François Bayou et Nicolas Dupont-Aignan, un Appel à la vigilance républicaine, dans l’hebdomadaire Marianne. Il y est affirmé  leur «refus de toute dérive vers une forme de pouvoir purement personnel confinant à une monarchie élective ». Enfin, en avril dernier, il annonce son « souhait fort » de se présenter en 2012.

Plus populaire au Modem qu’à l’UMP

Sa cote de popularité, même si elle reste à un niveau correct, a sensiblement baissé entre juillet et septembre (49% d’opinions favorables, soit une baisse de 8 points en deux mois). Les prémices de la médiatisation du procès Clearstream et le silence observé de Villepin cet été peuvent expliquer cet effritement. Il se retrouve désormais derrière les autres leaders de droite (Borloo, MAM, Juppé, Bertrand…). On remarque que son niveau de popularité est assez homogène en fonction des différentes catégories de la population française. Son image est néanmoins un peu meilleure auprès des femmes (53% contre 45% des hommes), des ouvriers (53%) et dans le monde rural (61%). Par ailleurs, on ne constate pas de désaffection particulière de la part des jeunes, alors qu’ils étaient particulièrement mobilisés à l’encontre du CPE. Mieux : les 25-34 ans constitue la génération qui apprécie le plus l’ancien Premier ministre (57%). Quant aux sympathisants de gauche, ils ne le rejettent pas massivement puisque 46% d’entre eux en ont quand même une bonne opinion. En revanche, il est notable d’observer que Villepin est plus populaire auprès de l’électorat du Modem (59%) que de celui de l’UMP (51%). Les sympathisants de son propre parti se montrent donc, c’est le moins qu’on puisse dire, assez réservés sur le personnage.

A titre de comparaison, ces résultats sont très opposés à ceux, beaucoup plus clivés, qu’enregistre Nicolas Sarkozy. Ainsi, le Président de la République (47% de bonnes opinions en septembre) est particulièrement populaire auprès de certaines catégories, telles les personnes âgées (59%), les artisans / commerçants (56%) et surtout au sein de l’électorat UMP (90%). Et, contrairement à Villepin, il enregistre ses plus mauvais résultats dans les rangs du Modem (18%).

L’avenir politique de Dominique de Villepin dépendra beaucoup de l’issue du procès. En tout état de cause, il dispose d’un capital sympathie encore important dans l’opinion publique, en dépit de résultats assez médiocres parmi les sympathisants UMP. L’électorat de la droite parlementaire accorde en effet une grande  confiance au Président de la République. Les prises de position acerbes de Villepin ne poussent donc pas les sympathisans UMP à lui être favorable. S’il se cherchait un destin présidentiel, il lui faudrait ratisser très largement, au moins jusqu’au centre, en incarnant le rassembleur. Une crise nationale majeure constituerait une opportunité parfaite pour cet homme pétri d’histoire, qui n’est jamais plus talentueux que dans les circonstances exceptionnelles.


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