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Michel Chaillou, styliste et langagier

Par Joseph Vebret
Les phrases de Michel Chaillou exaltent un parfum entêtant, qui enivre parfois ; une saveur MICHEL CHAILLOU 2009 ZOULOU312 qui reste en bouche longtemps après avoir refermé le livre. Une musique. Guy Dupré me dit de lui que c’est un « langagier ». Venant d’un styliste, j’aime ce mot un peu désuet, une approche qui sonne juste, d’où affleure toute la modernité de la prose de Chaillou. Il écoute les livres plus qu’il ne les lit. Il cherche derrière les mots des traces de brume ou encore le souffle de la nuit, tout ce que l’œil du commun des mortels ne voit pas, ne verra jamais et que seul celui du romancier parvient à discerner. Le titre. Sitôt qu’il le possède, le livre entre en construction, inconsciemment, consciemment, qu’importe. Ce qui compte, savoir ce qu’il recouvre, ce qu’il dissimule. « En réalité, explique-t-il à Jean Védrines lors des entretiens sur la littérature qui composent L’écoute intérieure (Fayard), mes titres sont comme des énigmes enroulées sur elles-mêmes qu’ensuite je m’efforce de dérouler, d’élucider. Somme toute, c’est la poésie du roman à venir qui s’y cache. Et je commence toujours par la poésie. » En effet, les premières phrases de ses romans donnent le tempo, l’image du « tapis roulant » que l’on retrouve chez Proust, chez Gracq également. Le lieu. Sitôt qu’il le possède, il le met en conflit avec le titre et obtient le livre dont il sait que l’aventure s’écrira. L’alchimie de la littérature, cette société secrète dont il est plus facile de dire qui n’en est pas que d’identifier ses membres avec certitude. Ce creuset aux contours presque indéfinissable, si ce n’est par touches sédimentaires. Cet accès qu’entrouvre Michel Chaillou : « Un roman a besoin de secret et de confidence, que même une fois lu, si c’est un grand livre, il doit redevenir aussi muet sur lui-même qu’au début de la première phrase. Le relire sans cesse n’en épuisera jamais la confidence chuchotée. » Un grand livre est le contraire du best-seller. S’il le devient, « ce sera à la faveur d’un malentendu ». Jean Carrière et son maudit Épervier de Maheux qui ne cessa de le poursuivre, dont il ne se remit jamais d’être catalogué écrivain du terroir au détriment de la dimension métaphysique de l’œuvre ; et la critique, les lecteurs, attendant imperturbablement qu’il refît sans cesse le même livre ? « La littérature a besoin de confidence, poursuit Chaillou, c’est-à-dire d’être chuchotée à l’oreille de quelques-uns. La phrase élit ses lecteurs. […] Le best-seller au contraire, qui exploite le lieu commun, reste un livre du sujet, il n’en sort pas. » Cette idée selon laquelle le sujet apparent d’un livre n’est jamais le sujet réel, « le style dit déjà le sujet profond » ; à rapprocher de Carrière lorsqu’il m’expliquait que la littérature « c’est ce qui reste quand on enlève l’histoire». Je n’ai pas encore lu Le dernier des Romains (Fayard) qui vient de paraître. Je sors à peine de Virginité terminé voici quelques jours. Et déjà voici qu’il se tait, s’estompe, laissant place à des effluves, une émanation, un souffle.
(Photo © Louis Monier)

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