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En lecture sur internet, peut-on faire mieux que "La maison des feuilles" ?

Publié le 22 septembre 2009 par Claire Romanet

Internet, Twitter et les nouvelles façons de lire

''Cela commence avec un mail intitulé « Roman : le Génome de Crystal, épisode 1 » envoyé par un mystérieux inconnu (ou est-ce que j’ai encore laissé traîner mon adresse mail ?) dans ma boîte il y a quelques jours. Concept inédit : un « talentueux » Marc Pérez (c’est comme ça que c’est écrit) m’envoie gratuitement (merci monsieur) un épisode de son romanesque polar chaque jour par mail.
Une version audio est aussi accessible, sur le site de Mail-Story qui explique qu’après les 1ers épisodes, on peut s’abonner pour… 3,95 €. En cherchant un peu, on voit aussi qu’on peut proposer, chacun de nous, nos propres écrits.
Cela me rappelle une autre idée, tout aussi originale, vue cet été : Mark Stewart, un écrivain américain publie son bouquin « The French Revolution », à raison de 140 signes (c’ets le maximum permis par le système) transmis par twitter chaque jour, toutes les 15 minutes ! Bon d’accord, les accros à twitter feront remarquer qu’il n’a même pas un millier de followers mais bon, il faut dire que ce n’est pas si facile à suivre non ?
Autre exemple dans la série Twitterature, sachez que des étudiants américains se font houspiller en diffusant de grands auteurs tels Dante, Shakespeare, Stendhal ou J.K. Rowling (savais pas que Harry Potter faisait partie des grands classiques pour les américains ☺). Les œuvres sont condensées en 20 lignes (20 tweets), pour passer sur Twitter.
On peut mettre aussi comme (mauvais) exemple cet anglais qui s’est auto-publié en faisant imprimer ses 4100 messages passés en 2 ans.
Bon d’accord aucun intérêt. Par contre, c’est le moyen de rappeler une initiative, réussie celle-là.
(J'en profite pour remercier Christophe de m'avoir permis d'entrer dans le cercle des admirateurs de cet atypique ouvrage.)
L'initiative est donc celle d’un écrivain nommé Mark Z. Danielewski. qui rassembla dès 2000 une véritable communauté autour de son roman culte étrange et labyrinthique, un prenant et intelligent jeu de piste qu’il a commencé à rédiger sur internet, avec plein de liens hypertextes emmenant le lecteur de page en page.
« La Maison des feuilles » est l’histoire d’une famille habitant une maison cauchemardesque, dont l’intérieur est plus large que l’extérieur. Une exploration au tréfonds des âmes en même temps qu’une expérience visuelle incroyable : la mise en page extrêmement travaillée, partant dans tous les sens (des pages miroirs, des annotations créant à elles seules un autre ouvrage, effets graphiques, feuilles à l’envers, etc.). Subversif et impressionnant.
Allez commander cette prouesse éditoriale chez votre libraire (peu de chance que vous le trouviez en rayons), et ce dernier va vous faire un clin d’œil entendu…
La 4e de couv. :
« Je fais encore des cauchemars. D'ailleurs, j'en fais si souvent que je devrais y être habitué depuis le temps. Ce n'est pas le cas. Personne ne s'habitue vraiment aux cauchemars. .. Ainsi parle Johnny Errand au seuil de cette Maison des feuilles, et de poursuivre sa mise en garde : « Ça ne se produit pas immédiatement, mais sans prévenir vous vous apercevrez que les choses ne sont pas telles que vous pensiez qu'elles étaient. Livre subversif, livre défendu, le lecteur est prévenu... et bien entendu tenté.
Dans son introduction, Johnny explique comment il a trouvé un mystérieux manuscrit à la mort d'un vieil homme aveugle, décidé de le mettre en forme et de l'annoter de façon très personnelle. Le texte se présente comme un essai sur un film, le Navidson Record, réalisé par Will Navidson, un photoreporter, lauréat du prix Pulitzer.
Will, qui vient d'emménager avec sa famille dans une maison en Virginie, filme son installation, réalisant une sorte de "home movie". Tout s'annonce bien jusqu'à ce qu'il découvre une pièce qui jusqu'alors n'existait pas. Passé l'étonnement, il se rend à une évidence troublante : la maison est plus grande à l'intérieur qu'à l'extérieur. Navidson tente d'explorer les lieux mais, après avoir manqué se perdre, il engage des explorateurs professionnels. L'horreur commence alors. Aussi bien pour les membres de l'expédition que pour le lecteur - lui-même égaré dans le dédale des notes qui envahissent les pages comme un lierre maléfique. Que cache la maison? Quel est ce grondement qu'elle émet de temps en temps? Pourquoi Johnny a-t-il ces cicatrices ? Pourquoi le manuscrit de Zampanô semble-t-il le rendre fou?
A la fois jeu de piste, récit fantastique, dérive personnelle, essai faussement académique, La Maison des feuilles a pour effet de changer progressivement le lecteur en apprenti sorcier, monteur de salle obscure, détective amateur, spectateur. Une lecture littéralement habitée.
La maison des feuilles, Mark Z. Danielewski, éditions Denoël
(Patrick si tu me lis, j’attends toujours ton avis, et n’oublie pas de me le rendre ;-)).


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