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2012, provoquer l’espoir.

Publié le 16 août 2009 par Radicallibre77

La France est-elle condamnée à voir Nicolas Sarkozy réélu à la tête de l’Etat en mai 2012 ?

On peut se poser la question, vu l’état dans lequel se trouve l’opposition de Gauche. Je peux même dire l’opposition, tout simplement, car Nicolas Sarkozy, en politicien très calculateur, a réussi à faire disparaître toute contestation à Droite.

Dès 2007 et la campagne présidentielle, le candidat de l’UMP avait réussi un premier coup, celui de réduire le score du FN et de son propriétaire, Jean-marie Le Pen, le ramenant dans des proportions électorales tolérables. Le résultat eut été remarquable si la manière, elle, ne fut pas aussi contestable. A savoir, ramener les électeurs lepenistes à l’UMP, en utilisant, dans le même temps les idées et slogans du parti d’extrême-droite.

Depuis son élection, le Chef de l’Etat, n’a eu de cesse, à l’intérieur de son camp, de réduire peu à peu les contestations et les volontés d’exister des quelques leaders indépendants.

Il en va ainsi de Dominique de Villepin, dont les troupes clairsemées tendent à disparaître ou à tourner casaque pour un strapontin ministériel. Et sur lequel pèse toujours l’ombre de l’affaire Clearstream.

Ou d’Alain Juppé, replié sur sa mairie de Bordeaux et à qui, il a été donné la coprésidence d’une commission, avec Michel Rocard, chargée de réfléchir à la manière de dépenser le futur emprunt Sarkozy. Une façon comme une autre de l’occuper.

Jusqu’à Philippe de Villiers, dont le parti, sorti exsangue des Européennes de juin 09, vient de rejoindre l’UMP et sa puissance financière. Ce dernier va être suivi, sous peu, par les chasseurs du CPNT, achevant ainsi de réduire l’existence, hors UMP, d’une Droite nationaliste et poujadiste.

Une UMP qui s’apprête ainsi à faire le grand écart, entre les Radicaux valoisiens, dont l’essence sociale, laïque et européenne tend à se disloquer dans ce grand ensemble libéralo-populiste, et les Villieristes du MPF, anti-européens et traditionalistes.

Le dernier « opposant » de droite, non pas à la politique sarkozyste, mais à Nicolas Sarkozy même, est Jean-François Copé. Ce dernier croit pouvoir se construire un avenir politique national, au travers de sa fonction de Président du groupe UMP à l’Assemblée nationale. Mais, le Député-maire de Meaux ne vit qu’en étroite liberté surveillée, sous observation directe de l’Elysée ou de la direction déléguée de l’UMP.

Qu’en est-il de la Gauche ?

Sévèrement battue en 2002, la Gauche n’a pas eu le temps de se reconstruire en 5 ans, durant le second mandat de Jacques Chirac. Elle n’a pas su, par la force des choses, préparer l’élection de 2007. Et surtout n’a pas pu répondre aux coups qui lui a porté le candidat de l’UMP.

Depuis, mai 2002, la Gauche, suite à la défection de Lionel Jospin, se trouve sans leader naturel. L’ancien Premier ministre avait réussi, non sans difficultés, à rassembler les différents partis de gouvernement, PS, PCF, PRG, Verts et MRC, dans une alliance « La Gauche plurielle ». Celle-ci a tenu 5 ans, le temps d’une législature. L’aveuglement et le mépris du PS pour ses alliés ont fait que les partis de cette coalition ont présenté, chacun, une ou un candidat à la présidentielle de 2007, avec le résultat que l’on connait.

Les élections intermédiaires n’ont pu faire qu’illusion et un second coup, peut-être même plus fort encore que celui du 21 avril 2007, a été porté à la Gauche. Il s’agit du référendum sur le TCE, traité constitutionnel européen.

La Gauche s’est, le mot n’est pas trop fort, déchirée, sur la question du TCE. Les traces en sont toujours visibles aujourd’hui. D’un vide de leaders, cet affrontement a créé un trop plein. Les OUI, les NON, les presque OUI et les NON mais, chacun s’est cru autorisé à fonder sa chapelle, son courant, son parti, son mouvement. Chacun voulant tirer bénéfice de la victoire des uns ou de la défaite des autres.

Le cas, le plus spectaculaire, restant celui de Laurent Fabius. Premier ministre de François Mitterrand, ministre de l’Economie de Lionel Jospin, longtemps considéré comme un espoir de la Gauche, tribun de premier ordre, appartenant à la frange social-libérale du PS et européen convaincu, il a été le principal artisan de la victoire du NON et par là même de la division profonde et durable de son parti. Pourquoi un tel revirement ? Le calcul était assez simple. En prévision de la présidentielle de 2007, il lui fallait discréditer, à travers la victoire du NON, les partisans du OUI, c’est-à-dire, la direction du PS, pour ramasser le Parti socialiste afin d’en devenir le candidat.

Pas de chance, le mode de désignation du candidat, les adhésions à 20 euros et les sirènes médiatiques en ont décidé autrement.

L’inexpérience, sinon plus, de sa candidate, la division du Parti socialiste, le problème non réglé des alliances et l’inadéquation entre le programme de la Candidate et celui de son parti ont permis au candidat UMP de ramasser la donne au soir du second tour.

De plus, Nicolas Sarkozy, il faut lui reconnaître cette réussite stratégique, a réussi à brouiller les cartes lors de sa campagne. En se référant dans certains de ses discours à Blum ou à Jaurès, en donnant en exemple, le courage et le sacrifice de Guy Mocquet, aux jeunes Français, il confisquait à la Gauche, une partie de son héritage idéologique et culturel. Une Gauche, qui par crainte d’archaïsme, avait oublié ses valeurs. Comme le travail, non pas comme simple créateur de richesse, mais comme un moyen de promotion sociale. Ou la nation, non pas comme repli identitaire, mais comme communauté solidaire.

La Gauche de 2007 essayait de courir derrière la Droite sur des terrains qu’elle maîtrisait mal, avec quelques métros de retard et elle laissait à Nicolas Sarkozy, le soin de bousculer les dogmes et les frontières idéologiques. C’est-à-dire, en réaffirmant sa conception libérale de l’économie et du social, en reprenant les thèses du FN en matière d’immigration et de contrôles des flux migratoires et en dépossédant la Gauche de ses valeurs.

Les jeux étaient rapidement faits et le résultat sans surprise.

Il y a plus de 2 ans que cela s’est produit. Dans quel état est la Gauche aujourd’hui ?

Poser la question, c’est déjà y répondre.

La Gauche n’est pas en état ! Elle n’est pas en état de s’opposer d’une façon audible et constructive. Elle n’est pas en état de faire des propositions fortes. Elle n’est pas en état de préparer l’alternance pour 2012.

Après mai 2007, la Gauche s’est cantonnée à faire de l’anti-sarkozysme sont principal, sinon son unique, style d’opposition. Certes, au lendemain de la défaite, abattus et meurtris, sans projet et sans véritable porte-parole, les partis de Gauche ont choisi ce mode d’opposition caricaturale et facile. Il faut bien avouer que le nouveau locataire de l’Elysée les y aidait bien.

Cependant, ce style ne devait durer qu’un moment relativement bref et permettre la mise en place de propositions concrètes et d’une opposition, qui pour être franche, n’en devait pas moins être constructive et adaptée.

Tel ne fut pas le cas. Du moins de la part du principal parti de la Gauche, le Parti socialiste.

Les autres partis ayant rapidement pris leur distance avec cette opposition rigide et impuissante.

Ainsi le PCF, sous la pression de l’extrême-gauche, s’est rapidement tourné vers la lutte sociale. Il vrai que la politique gouvernementale, en matière de destruction des acquis sociaux, est vive et que la solidarité entre cette majorité et le MEDEF n’est pas qu’une vue de l’esprit.

Les Verts se sont de leur coté, détournés de l’écologie politique, la jugeant trop politique et pas assez écologique. Les effets du fameux et pompeux Grenelle de l’environnent étant passés par là. La suite leur a donné, cependant raison.

Pour sa part le PRG, s’est rapidement défait des habits de l’anti-sarkozysme primaire. Pour adopter, ceux d’une opposition ferme, mais constructive. Cependant, les Radicaux, auxquels le Chef de l’Etat a rapidement fait les yeux doux, donnent l’impression de naviguer entre 2 eaux. De votes ambiguës en retour d’ascenseur, la méthode constructive radicale, semble surtout axée sur une volonté de se démarquer, voire de se désolidariser du PS. Il ne faudrait pas que la doctrine radicale, à l’opposé même du sarkozysme fasse rimer opposition et compromission.

Reste le Parti socialiste. Exception faite de la situation économique et sociale de la France, le PS est la principale victime du sarkozysme. Les socialistes n’ont pas trouvé la parade aux multiples attaques que le Chef de l’Etat leur a occasionnées.

Les ministres d’ouvertures, tous issus du PS, dont les résultats sont plutôt médiocres, et qui par flatterie, collent au plus près des thèses de l’UMP, arrivent encore à trouver grâce aux yeux de leurs anciens camarades.

Les artistes, traditionnellement proches du PS, s’en détournent à l’occasion du vote de la loi Hadopi. Une loi où s’opposent les intérêts des majors du disque et de leurs distributeurs, et les libertés issues de la technologie internet.

La presse, dite de gauche, ne résiste pas aux sirènes de l’Elysée, sachant trop bien que sa survie passe par le financement public, prévu par les états généraux de la presse. Ce qui sauvera peut-être les titres, mais sûrement pas les idées. La récente interview de Nicolas Sarkozy dans le Nouvel Obs en est la plus flagrante preuve, dans ce qui fut un laboratoire d’idées pour la Gauche.

La nomination de vedettes socialistes, comme Dominique Strauss-Kahn au FMI, ou Michel Rocard, comme ambassadeur auprès des pingouins n’ont pas arrangé le moral des socialistes.

D’autant que nombre d’entre-eux ne cachent plus leur fascination pour Nicolas Sarkozy. Les uns pensant qu’il faudrait un leader de même envergure pour la Gauche, les autres pensant qu’ils sont cet éventuel leader.

Le PS récemment défait aux Européennes, profondément divisé depuis 2005, se coupant par arrogance de ses alliés et dont le fossé le séparant des classes populaires et moyennes se creuse chaque jour, ne semble plus être la seule réponse à la nécessité d’alternance en 2012.

Quelle opposition de Gauche pour demain ?

En premier lieu, la Gauche doit retrouver le chemin de l’union. Cela doit se faire au travers d’une confédération, regroupant les partis de la Gauche de gouvernement. Le système confédéral doit permettre à chacun de conserver son autonomie afin de préserver son identité, dans le respect de ses alliés.

Cette confédération devra avoir pour objectif premier de retrouver le lien avec les couches sociales populaires et moyennes, principales victimes de la Droite décomplexée et qui sont le socle de son électorat. La Gauche doit d’abord parler au Peuple de gauche. Il lui faudra réapprendre à dialoguer avec cette population, qui pense que les élites qui doivent le représenter l’ont abandonné. Ce dialogue peut se faire au travers d’états généraux, où militants, sympathisants et tous ceux qui se sentent proches des valeurs progressistes viendront exposer leurs envies, critiques et espoirs.

L’espoir, oui ! Le retour de la Gauche doit aussi passer par l’espoir qu’elle créera dans la population. Celui-ci passera par une dose d’utopie, qui de tout temps, a permis aux libertés et à la justice sociale de progresser. Les utopies d’aujourd’hui feront les progrès de demain. Et, c’est en préparant ce lendemain que la Gauche rendra la confiance perdue par nos concitoyens.

Ces états généraux aboutiront sur le programme de la Gauche. Programme que tous les partis et tous leurs militants s’engageront à défendre, en vue de l’élection présidentielle.

Election présidentielle que la confédération de Gauche préparera, pourquoi pas, en organisant des primaires. Ouvertes ou fermées, il en sera décidé. Ce qui faudra éviter de renouveler, c’est la désignation par les sondages de la candidate ou du candidat de la Gauche.

Union, respect, écoute, espoir, démocratie.

La formule n’est peut-être pas suffisante, mais elle ouvre sûrement une voie, qui en 2012 permettra de battre la Droite et de remettre la France sur la voie du progrès et de la solidarité.


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