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Peter Tremayne, Les cinq royaumes

Par Argoul

Connaissez-vous sœur Fidelma de Kildare, dont le frère est roi de Cashel en Irlande, et qui est dàlaigh ou avocat des cours de justice au 7ème siècle ? Cette jeune femme, parlant plusieurs langues dont le grec et le latin, a reçu le degré juste au-dessus du plus haut en matières juridiques celtes. Et c’est le grand mérite de la série que de nous faire découvrir la richesse préchrétienne de ces royaumes du bout des îles. En Irlande, par exemple, la femme était l’égale de l’homme pour maintes choses, le divorce était possible et les prêtres chrétiens pouvaient encore s’y marier. Rome n’avait pas encore étendu sa loi et ses moeurs méditerranéennes jusque là.

Peter Tremayne est le pseudonyme de l’érudit anglais Peter Berresford Ellis. Ses origines sont pleinement celtes mais éminemment mélangées entre bretons, irlandais, écossais et gallois, ce qui explique sa passion pour ce monde d’avant Rome. Il a créé le personnage de sœur Fidelma pour le faire connaître, sous la forme pratique et stimulante du ‘whodunit’ (who done it ? ou « qui l’a fait ? »), cet art du roman d’enquête où les Anglais sont passés maîtres depuis Agatha Christie au moins. Sœur Fidelma n’a pas froid aux yeux. Outre son érudition, et sa foi chrétienne, elle a grand sens de la justice et elle sait se défendre. Elle pratique assidûment ces disciplines druidiques qui disparaîtront bientôt sous la férule catholique et romaine : la méditation et le combat à mains nues. Mais c’est bel et bien ses « petites cellules grises » qui sont son maître atout.

« Absolution par le meurtre » avait l’unité de lieu et de temps classique d’une abbaye où un synode religieux allait décider du ralliement à la règle de Rome de communautés ecclésiastiques irlandaises et saxonnes. « Le suaire de l’archevêque » se passait à Rome, dans les palais du Pape, alors Valérien. Cette troisième enquête sur une série provisoire de quinze, se passe au sud-ouest de l’Irlande, dans cette partie sauvage qui a conservé encore de nos jours les traditions historiques les plus anciennes. Les îles Skellig, escarpées, sauvages, occupées par des moines qui fuient le monde et les femmes sont au large, la côte est découpée par la mer, le roc creusé de caves, la terre verte de prés à moutons.

C’est en cet endroit sauvage, tenu par des clans qui font allégeance à cinq rois, que des monastères maintiennent le savoir et la discipline. L’abbaye de Ros Ailithir est mixte et riche. Elle possède surtout une vaste bibliothèque où les manuscrits de parchemin côtoient encore ces baguettes de coudrier gravées de signes en écriture ancienne, l’ogham, que quelques-uns savent encore lire. Le vénérable Dàcan, irascible mais de grand savoir, y est venu passer deux mois pour étudier l’ancienne histoire des royaumes. Mais ne voilà-t-il pas qu’il est assassiné ? Et que ce meurtre déclenche une querelle politique pour savoir qui est coupable et, qu’au cas où le meurtrier ne serait point découvert, l’abbé responsable devrait réparation : pas moins que la cession d’un petit royaume ! Sœur Fidelma se met à l’œuvre sur ordre de son roi – qui est aussi son frère.

Ni l’action, ni la réflexion, ni les usages du temps, ni la psychologie humaine, ne seront oubliés. Cette enquête est l’une des meilleures de la série et tient en haleine avec art. Au fond, ce haut moyen-âge de l’année 665 après notre ère, en Irlande, n’était point si farouche.

Peter Tremayne, Les cinq royaumes, 1995, 10/18 2004, 363 pages

Suffer little children is a good whodunit, written by an expert in the old middle age of the so Celtic Eire. Sister Fidelma is investigating about the murder of an old scholar in a rich abbey. Men ambitions, royal inheritance and children massacres, will punctuate action but the truth will in the end be discovered.


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