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“Thirst”, bloody hell

Par Kub3

Auréolé du Prix du Jury à Cannes en mai dernier, le dernier Park Chan Wook ne manque ni de mordant, ni de passion. A l’image de Morse et d’un certain blockbuster (sortis en ce début d’année), le film de vampires s’offre un curieux retour sur les écrans. Le réalisateur sud-coréen le revisite ici à sa sauce et transcende le genre. Brillant.

“Thirst”, bloody hell

Sang Hyun est un jeune prêtre coréen assidu, désireux d’intensifier ses démonstrations d’altruisme. Dans un élan de zèle catholique, il s’envole incognito vers l’Afrique en tant que cobaye volontaire pour tester un nouveau vaccin, où il rejoint rapidement toute une cohorte d’autres mâles asiatiques suicidaires. On ne sait pas de quoi il s’agit, si ce n’est que les pustules putrides et les crachats de sang (dans une flûte-gouttière, magnifique image) sont manifestement mortels à terme. Sauf que, après une perfusion de sang mystère, le damné ressuscite. Revigoré, au top de son prestige religieux, il s’adonne à l’accomplissement de petits miracles psychologiques. Il se chargera notamment de la guérison d’un cancéreux qui se révèle être un ami d’enfance chez qui il allait manger des nouilles, et dont la sœur adoptive, Tae-Ju, est devenue largement attirante sexuellement, surtout pour un prêtre coréen ascétique en voie de vampirisation avancée…

C’est là que s’entame l’adaptation de Thérèse Raquin promise par Park Chan Wook, et que l’air de rien, un second film s’immisce subtilement dans le film. Au fil des dîners entre invités mahjongophiles, dans cette arrière-boutique d’une mercerie désertique et sordide, la nature des liens qui unissent ces personnages étranges apparaît, et la tension monte. Obstacle majeur à l’assouvissement des pulsions du mutant, Tae-Ju (soit Thérèse) a en fait épousé à contrecœur son abruti de frère entre temps (Camille), sans doute d’après une initiative de leur mère vodka-addict (Madame Raquin, pour ceux qui suivent). Nous avons donc : un débile au nez qui coule, une mère tyrannique névrosée au faciès impassible, une belle-fille lascive pseudo-somnambule à tendance automutilatrice, et un ex-prêtre à la recherche d’une initiation sexuelle solide et de globules rouges régénérateurs (Laurent). Difficile d’en révéler davantage sur l’intrigue sans en dévoiler des évènements clés constituant l’issue de ce sulfureux cocktail zolesque modernisé.

L’étonnante cohésion qui ressort de ce film aux ambitions multiples et risquées est admirable : adapter un roman naturaliste de 1867 aux codes du film de vampire, tout en modernisant le genre et en diversifiant les registres de l’horreur (en s’amusant comme un petit fou) relève d’un défi brillant. On s’attend d’abord à l’exploitation de la problématique morale du prêtre déchiré entre son ascétisme et ses passions, donc à plus de scènes blasphématoires, ou d’autoflagellations morbides. Mais au lieu de s’appesantir sur ces outils classiques, le film s’épanouit dans une histoire d’amour fusionnel avant tout et jusqu’au bout, où l’horreur devient moyen d’expression de la passion des deux monstres l’un pour l’autre. Le romantisme s’invente alors autour d’échange de chaussures nocturne, de tours de manèges célestes, de courses poursuites sanglantes, et autre guet-apens fatal du médecin dans le salon à néons… La malice et la poésie s’infiltrent jusque dans le drame final.

Un film intense et audacieux, d’une esthétique rare, rythmé par de brillantes pointes d’horreur écœurante ou de fantaisie délicieuse. On y croit. On s’émeut. On mord son voisin. Tout du moins, on passe les trois jours suivants à boire bruyamment du jus de raisin à la paille pour faire genre, et à vérifier ses appuis de fenêtre. Sang pour sang pour !

affthirst


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