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Féfé, l’interview

Publié le 12 octobre 2009 par Chroniquemusicale @chronikmusicale

Féfé


Invités à la conférence de presse pour les médias web, nous avons rencontré Féfé et découvert un artiste simple, réfléchi, authentique, assumant pleinement ce qu’il est, ce qu’il veut.

Dans cette interview, il revient avec beaucoup de sincérité sur son album, sa source d’inspiration, sa transition du rap à la chanson, et bien d’autres choses.

Merci à Ping-Pong pour l’organisation de cette rencontre.

Est-ce qu'en faisant un album solo, tu ne t’es pas redécouvert en tant qu’artiste ?

Féfé : C’est vrai que je me suis redécouvert dans cet album, parce que pendant Saïan (Saïan Supa Crew), j’étais cantonné à un certain rôle.Parfois je donnais des mélodies, je faisais surtout des beats, et mon petit couplet de rap. Parce que j’entendais tellement de mecs forts chanter à coté de moi, et c’est pas de la modestie, c’est la vérité, Sly il a l’oreille absolue, rien que ça tu vois ça te calme et Sir Samuel, c’est Sir Samuel, donc en chant, il n’y avait pas la place.

La fin de Saïan m’a permis de m’assumer, de me montrer, et d’explorer. J’ai toujours chanté, même avant Saïan j’étais dans un petit groupe de soul, j’étais au piano, je pianotais et faisais les cœurs. Mais ça m’a vite saoulé, car le hip hop était plus en phase avec ce que j’étais à l’époque. Je voulais dire des choses.

J’ai toujours kiffé le chant, c’est une vraie passion. C’est pendant cet album que je me suis vraiment découvert. J’essaie surtout de prendre du plaisir à ça. Moi, je ne m’écoute pas chanter, je ne sais pas ce que les gens entendent. C’est les gens qui réagissent qui me disent où je suis. J’essaie juste de bien le faire et de kiffer quand je le fais.

Et là, à écouter tous les gens qui ont écouté l’album, tu en es où ?

C’est une mauvaise question. Pourquoi ? Parce que je suis ultra perfectionniste. J’essaie d’apprécier quand on me dit c’est bien, mais j’écoute toujours le mec qui va me dire « ah ça c’est pas bien. ». C’est comme tous les artistes, on peut te dire 1000 fois c’est bien, si un mec dans la journée te dit que c’est pas bien, tu te prends la tête, tu te dis « qu ‘est-ce qu'il veut dire ? ».

Maintenant je me prends un peu moins la tête, car je m'attends à ce qu’on me dise avec cet album « ohhh comment ça, qu’est-ce t’as fait ?! » . Mais pour l’instant, bizarrement même pas. Ça fait plaisir.

J’avoue que ce qui me fait le plus plaisir, c’est de toucher le peuple, les gens tout simplement. Ça me fait plaisir si les gens aiment, mais toucher le peuple, quand les mecs qui s’en foutent s’il y a de la finesse, si j’ai pris un peu de ci, ils se sentent touchés.

Même si je ne fais pas ça pour être coté chez les jeunes, ou dans le rap, j’ai besoin qu’ils sentent que c’est vrai. Parce que j’ai la conviction que venant moi-même à la base de là, que quand un truc est vrai, sincère, on le sent, même en bas. C’est ça qui m’importe le plus.

Ta vidéo « Ma Bio » c’est assez inédit, c’est un concept qui te tenait à cœur ?

Je ne sais pas si ça me tenait à cœur. Pendant 2 ans j’ai eu une petite errance, j’étais dans le désert un peu. Franchement après la fin de Saïan, personne ne t’appelle, t’es le pote de plus personne. Je pensais autoproduire cet album au début, je me disais « personne va comprendre ». Et ma manière à moi (j’aime bien la vidéo) de faire un peu ma pub, c’était de faire des petites vidéos avec les moyens du bord, iMovie. Je prenais des photos à droite à gauche et je parlais par dessus.

«Ma bio » est venue de là. Mon chef de produit m’a dit « ce serait bien que t’essaies de faire une bio, que tu t’expliques comme ça». Après 2 ans de petites vidéos, c’était une évolution normale. Il faut faire ma bio, alors je vais me raconter le plus simplement possible, pour re-situer les gens.

Et les gens ont kiffé la bio. Il y a eu beaucoup de retours, j’ai halluciné moi-même.

N’importe qui peut le faire avec son mac, iMovie, c’est vraiment bête. En fait c’est raconter sa vie.

Les paroles de l’album sont très intimes? Tu te racontes beaucoup sur cet album ?

J’étais obligé. Je me disais « qu’est ce que je vais raconter ? Ca fait 10 ans que je ne vis plus en banlieue ». Normalement un rappeur son fond de commerce c’est ça. Et je ne voulais pas mentir aux gens. Y en a qui le font tant mieux, moi je ne peux pas. Je me disais « ben je vais me raconter moi », bizarrement, même si je suis extrêmement pudique.

Il y a des morceaux qui paraissent marrants, mais c’est ma vie que j’étale comme ça. C’était ce que j’avais sous à la main à ce moment-là et ce que je voulais dire à ce moment-là. Je me disais « c’est mon premier album, c’est ma carte de visite, que les gens m’aiment ou ne m’aiment pas que ce soit pour les bonnes raisons, pas pour un truc, un costume que je me serais mis ». Donc j’étais obligé de me raconter un minimum.

C’est vrai qu’après ça a été un exutoire. Par exemple sur Etre Père. Ca fait 30 ans que je promène ce boulet avec moi, qui me coince dans la tête. Et là, juste après avoir fini cette chanson, je me suis senti léger d’un seul coup. « Ah ça y est ! Je suis en paix avec moi-même, j’ai grandi ». Cet album ça a été beaucoup ça, c’est vrai : me dévoiler, mais sans non plus entrer dans tous les détails, mais mettre un peu de vérité quand même.

Je voulais aussi casser les mythes des stars « j’ai une vie comme ci, comme ça », je déteste ça. Moi, je suis hyper simple, je promène mes enfants dans la rue. Je suis un rappeur, je fais la vaisselle. Je voulais un peu casser le « Je suis un rappeur, je fais des trucs de oufs ! ». Pas faire le looser non plus, je voulais juste dire « ma vie elle est comme ça, elle est toute simple, banale presque ».

Avec cet album, tu voulais enlever la casquette Saïan ?

La casquette Saïan, je ne pourrais jamais me l’enlever, c’est comme un tatouage. Je suis hyper fière de ce qu’on a fait avec Saïan. Franchement je suis trop fier. J’me dis on a fait un beau truc. On est sorti de nos cités, où on mangeait des cacahouètes, et du jour au lendemain on voyage dans le monde entier.

Mais je voulais surtout ne pas faire du Saïan. Parce que je respecte tellement ce groupe et cette époque que cela aurait été ridicule pour moi d’essayer de faire un peu comme avant… non non ça ne m’intéressait pas.

Déjà il fallait que je vois ce que je veux dire. Et c’est des choses que je n’aurais pas pu donner sous Saïan, parce qu’on avait une certaine étiquette, un certain truc. J’ai dû tuer l’image Saïan dans ma tête et Féfé sous Saïan pour laisser Féfé naître, tout simplement. Je voulais être moi, et être moi ce n’est pas être avec 5 mecs tout le temps avec moi sur scène en train de sauter. Moi sur scène je me découvre aujourd’hui, je suis à la gratte, je lis mes pages, je rate des trucs, mais c’est moi. Après que ça plaise à tant ou tant de personnes, ce n’est même pas grave, c’est juste moi, et c’est ça l’essentiel.

Je ne voulais pas surfer sur la vague Saïan, même si je serai dessus, car les gens ils vont d’abord venir parce que je suis du Saïan. Là c’est Féfé, Féfé c’est ça.

Pour moi Saïan c’est une époque, et tu ne peux pas reproduire une époque. Une époque elle est passée. Aujourd’hui on est dans une nouvelle époque, il faut faire ce que tu peux faire aujourd’hui, tout simplement. Je vois des jeunes qui me disent « eh vas y refaites un Saïan », mais non, ce serait nul, on vous ferait pitié. Je ne veux pas de ça. Je préfère partir sur à peu près une bonne image.

Tu disais que tu ne savais pas trop ou te positionner ?

Je suis un rêveur. J’ai appris ça sur moi, je suis un rêveur. Pas naïf, parce que je grandis, je connais les réalités de ce monde, mais je suis un rêveur, et je pense que quand tu crées tu as besoin d’une partie de rêve. C’est comme ça que je fonctionne. Si tu n’as pas ce petit coté que ça peut changer, ça peut s’améliorer, moi je ne pourrais pas.Pour ça même qu’il y a des aspects positifs dans ma musique, c’est que quelque part, même si je sais que c’est dur, j’y crois, j’ai besoin d’y croire même.

Cette difficulté à te positionner se retrouve dans tout l’album

C’est exactement ça, c’est pour ça que VPC (Vilain petit canard) est un morceau important. J’ai, comme beaucoup de gens, envie de trouver ma place. J’aime pas rentrer dans des tiroirs. Si je pouvais faire un tiroir Féfé je le ferais . Je sais où je suis moi, mais par rapport aux tiroirs qu’on a et qui existent aujourd’hui, non, je ne sais pas où je suis, c’est clair. C’est comme je suis un jeune, mais plus trop jeune. –25 ans tu as plein de promos, plus de 50 ans tu as plein de promos et tout ce qu’il y a entre, c’est « débrouillez vous !, c’est la merde pour vous, vous êtes où ? » Donc c’est pas rapport à ce que j’ai en face de moi que je ne sais pas où est-ce que je suis. Personnellement je suis grave dans mes baskets, je suis exactement où j’ai envie d’être. Je sais que les gens vont avoir du mal à me situer. Tu es obligé d’être dans un mouvement, dans une certaine mouvance.

Ce que je fais là, je l’ai en tête depuis quasiment mes débuts. J’ai toujours voulu faire une musique. Mon vrai rêve, c’est un rêve prétentieux, c’était d’inventer une musique. J’hallucinais sur les gens qui inventaient des courants. Je me disais « mais d’où ça sort », le reggae, d’où ça sort. Quitte à faire des choses, autant faire des grandes choses, se fixer des buts quasi inatteignables pour aller vers le haut. Le hip hop je suis venu à ça parce que je me disais « quelle liberté ! je peux chanter ce que je veux ». Pour moi le hip hop c’était voué à ça, à créer une autre sorte de musique. Après.. il va là ou il va et tant mieux.

Pour moi c’est fait dans un esprit hip hop ce que je fais là, parce que c’est le hip hop qui m’a appris à faire de la musique, un peu bizarrement. J’ai commencé en samplant et petit à petit avec ma guitare j’ai voulu créer mes samples, c’est en ça que c’est hip hop. Bien sûr que ça reste de la zik, tout simplement. Ca va pas plus loin que ça.

Que penses tu du rap actuel ?

Le rap actuel est là où il doit être aujourd’hui. Je l’ai connu à une époque où c’était pas vendeur. Quand j’écoutais du rap dans ma cité, on m’appelait « Zoulou ». Tu imagines l’époque, la mentalité. Aujourd’hui tout le monde écoute du rap. Aujourd’hui le rap vend, il a vendu, les cainris ils vont parler de grosses voitures, car c’est leur vie aujourd’hui, et je comprends qu’il soit là où il est, et ce n’est pas ce qui m’intéresse aujourd’hui. Il m’a intéressé au début parce qu’il me parlait et que j’avais l’impression qu’on pouvait créer, l’emmener dans des directions. Aujourd’hui il est bien ancré et est presque devenu l’inverse de ce qu’il était quand je l’ai connu au début. Je ne peux pas faire semblant de dire « ouais moi j’kiffe ». J’accepte, mais je ne veux pas faire ça.

C’est comme tous les mouvements, au début il y a une vraie force, une vraie énergie et puis après ça vend, c’est rattrapé, ça s’installe, ça grossit, ça se met bien. Et moi j’aime les trucs où il y a du combat un peu, où il y a des trucs à faire, où on prend des risques, où on essaye, on invente encore.

Comment s’est passé la relation avec Dan The Automator (réalisateur de l’album) ?

Ca s’est mal passé au début, enfin mal passé, même pas. C’est genre on a discuté, on était pas d’accord. Ca commençait bien. Après on a travaillé, j’étais à San Francisco, j’ai ramené mes sons, j’avais fait mes beats tout ça et lui les a vraiment gonflés, il leur a donné une vraie touche, exactement le son que je cherchais , un son qui soit live, mais en même temps programmé. Je voulais un truc qu’on compose, et en même temps comme pour le rap, qu’on mette des gimmicks là, qu’on fasse ça et ça, qu’on crée des samples, qu’on cherche le son de la guitare.

Et dans les beats, il m’a surtout aidé. J’avais mes beats, que je trouvais forts et j’ai vu que j’étais nul. Il m’a calmé. Il a une technique, que je ne peux pas vous raconter en 5 minutes, qui fait qu’il y a de la vie. Il va trouver le bon son de caisse claire, la bonne grosse caisse, qui fait que le truc ne va pas mal vieillir. C’est comme ça qu’il m’a bouleversé, je t’avoue. Je n’arrive pas à écouter les choses de la même manière maintenant à cause de lui.

Donc ça c’est bien bien passé.

J’avais un peu peur, car les cainris ils viennent cachetonner, comme on dit. Prendre leur cachet, « ah un petit Français, allez je te fais ça vite fait ». Mais en fin de compte on a eu une vraie alchimie. On s’est entendu, on a discuté, on voulait la même chose. Il m’a mis du plomb dans la cervelle, pour y aller le bras en l’air et voilà, je le remercie.

Quelques précisions sur les musiciens ?

Félipé, dit Pepito, il a travaillé avec moi sur l’album, il a fait la plupart des guitares et des basses, parce que c’est un multi-instrumentiste, et il a été là tout au long, pendant ces deux ans pour me donner du courage, parce que je vous jure que c’est difficile quand tu viens du rap de te dire « ça y est, je vais chanter, je vais prendre la guitare ». Et tu as besoin de gens qui te disent « allez vas y, vas y essaye ». Des fois, j’entends des accords que je ne connais pas, que je ne savais pas faire, alors il me montrait. Félipé c’est mon sauce.

A quoi va ressembler le live ?

Ce que j’ai en tête, l’idéal, ce serait une sorte de « band » de rock. C’est à dire que je veux que les musiciens chantent. Je ne veux pas des choristes, je veux que mes musiciens chantent, que ce soit un peu sale. J’exagère, mais j’aime bien ce coté un peu comme Bob Marley, quand des fois ça chante, ça frotte un peu bizarre, mais c’est la vibe qui est bonne.

Pour l’instant je tourne juste avec un guitariste et un DJ. Je voulais un mélange aussi entre acoustique et beat MPC pour me sentir à l’aise. Et j’espère avoir après un batteur.

J’ai toujours rêvé de chanter et derrière tu as ton batteur qui chante avec son micro. C’est peut-être bête, mais je vous jure que pour moi, ca me fait kiffer. Y a une énergie, ya un truc qui se passe. J’aimerais ça, des mecs qui ont une culture hip hop, parce que je ne veux pas que les mecs soient bavards en musicien, je veux juste qu’ils jouent le truc à jouer, mais même si c’est simple, on met tout dedans, et une culture rock juste pour le coté « je m’en fous ». J’aime bien ce coté aussi.

Pour moi rock, rap, il y a beaucoup de choses très similaires. La preuve pour moi,c ‘est que le blues est à la naissance de beaucoup de musiques modernes. J’ai envie de retrouver ce grain là, ce coté là. Un truc très rythmé, très droit, coté hip hop, et en même temps ça peut partir en couille, les musiciens ils prennent la relève et ça part sur autre chose. C’est ça que j’aimerais au final sur scène.

Je pense que je vais devoir conquérir mon public par le live. Pour moi, c’est ce qu’il y a de plus concret, de plus palpable. Petit à petit, si tu donnes des bons lives, que tu donnes quelque chose aux gens tu as un public qui vient. Même s’il est petit c’est ton public et il est autre que le public de radio qui lui peut te zapper du jour au lendemain. J’étais le premier étonné quand Dans Ma Rue passe passe passe à la radio. Je me sens plus comme un artiste de scène. C’est là où il n’y a pas de tricherie.


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