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Sinnlos #3

Publié le 13 octobre 2009 par Menear
J'ai maintenant l'impression de perdre pieds. D'être plongé à mon tour dans l'image tachycarde érigée fond d'écran, comme ces héros de fictions, caméra renversée contre-plongée, qui voient défiler l'environnement autour d'eux mais qui, eux, statiques, perdus, drogués souvent, ne bougent pas un muscle. Je suis un narrateur à mon tour errant dans les rues au ralenti pendant que les corps que je traverse pulsent accélérés sur les boulevards bondés.
Comme l'année dernière, l'année d'avant, il recommence à faire froid, je n'ouvre pas les fenêtres. Le vent s'engouffre même absent parfois. Je vois passer en contrebas les quelques voitures qui circulent à trente kilomètres/heure. Je me pose la question du combien de boulons, combien de vis, combien d'huile pour faire tourner les moteurs qui s'accumulent mais n'ose jamais lever d'hypothèse chiffrée qui concrétiserait les ombres. La tôle disparaît, peut-être dans d'autres champs de visions se froisse-t-elle causant d'inimaginables carambolages.
Je transite d'un écran à un autre, d'un clavier à un autre, tactile ou non, résolution différente, pixel plus ou moins palpable sur le bord de l'ordinateur. Les corps s'agitent encore autour de moi, je les vois mal, je répète appliqué des gestes qui n'ont plus besoin de sens pour fonctionner. Il m'arrive de retourner, en vain, sur le portail en ligne de l'ANPE, quand bien même l'ANPE ne s'appelle plus l'ANPE, je ne sais plus quoi y chercher. J'avais dit à N., il y a un an quasi jour pour jour, vouloir faire « quelque chose d'utile », un an plus tard je n'ai toujours pas trouvé ce que ça pourrait être, sans doute quelque chose dont on ne pourrait pas dire, apprenant la nature de « ce que je fais dans la vie », que « ce n'est pas un métier ». Je pourrais essayer d'écrire sur commande des textes courts à caser ici ou là mais je n'essaye pas, plus. D'ailleurs je n'écris pas beaucoup. D'ailleurs je lis mal, comme de travers, une ligne par dessus l'autre, Sanctuaire était une exception. D'ailleurs je m'assois contre l'écran pour raconter mon vide et j'abrège, je m'arrête passé le premier paragraphe, Coup de tête n'est pas prêt de trouver ici sa fin : je me dissipe dans d'interminables relectures où je m'amuse à remplacer points par virgules et parenthèses par points. Je fixe le blanc du mur, y lit des I wish I was special, so fucking special, etc. mais ça c'est une posture, une posture qui fait sourire, alors je baisse le volume de ma chaîne stéréo bon marché.
J'ai souvent fantasmé être ailleurs (plus exactement être à côté), toujours cru que cet ailleurs aurait pu me permettre de faire, être, réaliser ce que je voulais vraiment. Par exemple si je vivais seul je pourrais, etc. Ou si je ne faisais pas tel boulot, tel nombre d'heure je pourrais, etc. Ou si je n'étais pas ici mais là plutôt je pourrais, etc. A présent devant l'écran, le mur vide et blanc, quand je me pose la question du quoi faire ou quoi être je peine à retomber sur mes pattes, c'est à dire que je patauge, c'est à dire que je me noie. Je ne trouve jamais vers quelle direction me tourner, j'attends qu'un point cardinal de lui-même émerge. Peut-être que si je prochain train vers Ailleurs, si je chambre d'hôtel là-bas, si je mon ordinateur près de la fenêtre, si je quelques phrases à aligner, j'en viendrais à fantasmer cette vie là, celle-là précisément, celle de l'inactivité. Les corps autour de moi recommencent à bourdonner. Là-bas j'entalerais la rédaction d'un journal fictif ou au fond je ne trouverais jamais rien à faire, rien à (me) pardonner, je l'appellerais Journal des sens, et ce serait bouclé.

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