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Si tu me vois faire un truc comme ça…

Publié le 13 octobre 2009 par Boustoune

Vous connaissez cette pub débile pour une marque de glaces diffusée avant les projections, où un type se moque d'un couple d'amoureux en pleine romance gnian-gnian et dit à son pote «Si tu me vois faire un truc comme ça, tu m'arrêtes tout de suite...», avant de se laisser lui aussi emporter par les élans du coeur et de finir par manger une crème glacée sur une plage (oui je vous l'ai dit, c'est débile...)
Ben moi, c'est pareil, je vous aurais bien demandé de m'empêcher d'aller voir des comédies sentimentales telles que La proposition ou (500) jours ensemble, redoutant l'avalanche de guimauve sucrée et écoeurante. Et j'aurais eu tort, car je serai passé à côté de deux jolis films romantiques...
Oh, je vous vois sourire devant vos écrans. Vous êtes en train de penser que ce n'est pas possible, que je vous fais marcher, que je n'ai pas pu aimer ces trucs aussi commerciaux, aussi formatés, aussi truffé de clichés... Stop! Là, c'est c'est moi qui vous arrête tout de suite. Oui, j'ai bien aimé ces deux films et car ils évitent justement l'écueil des clichés et de la morale cucul inhérente à ce type de production. Chacun à leur façon, ils jouent avec les codes du genre, mais les détournent grâce à une narration originale et inspirée et/ou un ton qui tranche avec ce qui se fait habituellement.
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Le scénario de La proposition n'a rien de fondamentalement original. Il repose sur la rencontre de deux personnes que tout oppose et qui finissent par tomber amoureux l'un de l'autre. Un grand classique de la comédie américaine, largement exploité par des maîtres hollywoodiens comme Howard Hawks ou Leo Mcarey... Ici, le piment vient du fait que l'union du couple de personnages est factice. Quand Margaret, éditrice dans une grande compagnie new-yorkaise, apprend que son permis de travail va expirer et qu'elle va devoir retourner dans son Canada d'origine, elle décide de forcer Andrew, son assistant à l'épouser afin d'acquérir la nationalité américaine. Le jeune homme n'est au départ pas très emballé à l'idée de devoir épouser cette chef séduisante mais tyrannique et désagréable. Mais il finit par accepter contre la promesse d'une promotion.
Seul problème : les services de l'immigration considèrent cette union comme hautement suspecte et veulent très vite vérifier le degré d'intimité du couple. D'où l'obligation pour eux de réviser en vue de cet interrogatoire à hauts risques. Cela se fera lors d'un week-end dans la famille du jeune homme, qui se bouclera avec l'issue attendue : Margaret et Andrew vont apprendre à se connaître, à s'apprécier et finalement, tomber réellement amoureux l'un de l'autre.
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Le scénario est donc très linéaire, mais distille néanmoins un charme fou. Grâce déjà au décor choisi : une petite ville côtière d'Alaska – ça change des classiques plages tropicales et des grandes cités urbaines. Grâce aussi à une irrésistible galerie de personnages : un père ronchon et aigri, une mère modèle, adorable, une nonagénaire encore dynamique et surtout Ramon, un homme qui s'avère posséder des talents euh... multiples. Grâce enfin aux échanges verbaux entre Margaret et Andrew, loin des mots doux servant habituellement à l'établissement d'une idylle passionnée... Et puis le film bénéficie d'un atout de charme en la personne de Sandra Bullock.
Sandra Bullock, c'est un peu la Rolls des actrices pour une comédie romantique, à égalité avec Meg Ryan. Sauf que les liftings de Miss Bullock n'ont pas altéré l'expressivité de son visage, alors que l'héroïne de Quand Harry rencontre Sally, elle, a beaucoup perdu de son attrait en recourant à a chirurgie «esthétique»...
Le charme de la divine Sandra opère donc toujours et on s'attache vite à son personnage de dragon tyrannique dissimulant un coeur d'artichaud, d'autant que le duo qu'elle forme avec le jeune Ryan Reynolds, très à l'aise lui aussi, fonctionne à la perfection.
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Tout concourt à faire de La proposition non pas un chef d'oeuvre, ni même un grand film, mais un divertissement enjoué et sympathique.
Pas de quoi faire surchauffer ses neurones, mais parfois, cela a du bon...
Il faudra les faire fonctionner un peu plus pour remettre dans l'ordre les séquences de (500) jours ensemble. Le premier long-métrage de Mark Webb est en effet un film-puzzle dont les séquences s'enchaînent selon une chronologie éclatée, racontant, comme le titre l'indique, cinq-cent jours de la vie d'un couple, de la rencontre à la rupture.
Stop ! Je vous arrête (encore) tout de suite ! Je devine que là, vous êtes en train de râler : « Rhôô, l’autre, il est dingue de nous raconter la fin du film. Ca va nous gâcher la projection, ça… Et puis d’abord, c’est quoi cette histoire de rupture ? Tu nous parlais de comédie romantique, mais c’est pas très gai, cette affaire… ». Bon, déjà, ça se termine sur une note positive, donc c’est une comédie. Ca parle de rencontre, de sentiments, d’amour, et c’est truffé de séquences passionnées bercées par de sympathiques « love songs ». Bref, c’est romantique. Donc, il s’agit bien d’une comédie romantique…
Ensuite, je ne dévoile absolument rien. La voix-off annonce la couleur dès le début, en précisant que « ce n’est pas une histoire d’amour ». Et on sait que les deux tourtereaux vont rompre dès les premières séquences du film, puisque le film effectue sans cesse des sauts temporels entre la première partie, idyllique, de la relation unissant Summer et Tom, et la seconde, plus sombre, plus grise, où la romance cède sa place à la frustration amoureuse. On passe ainsi sans ciller de l’euphorie du premier baiser, retranscrite par une belle séquence musicale, hommage aux comédies musicales d’antan, à la déprime de la séparation – grisaille, pluie battante et gueule d’enterrement…
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Mais Mark Webb et le scénariste Scott Neustadter sont des petits malins et se gardent bien de nous dévoiler le jour 500 avant la toute fin du film. En fait, comme on est constamment balloté entre la joie et la tristesse, l’amour et le dépit, les couleurs vives et le gris-nuage, un peu comme sur des montagnes russes, on se demande comment va bien pouvoir se boucler le film. Tom va-t-il reconquérir Summer ? Ou bien leur relation est-elle a jamais vouée à l’échec ? A vous de le découvrir… Ben oui, vous ne croyiez quand même pas que j’allais vous dévoiler le climax de l’intrigue quand même !?
Ce que je peux vous dire sur le film, en revanche, c’est qu’il sonne juste. On sent que le scénariste a puisé dans ses propres expériences pour écrire le scénario, et que le cinéaste a vécu une histoire similaire, lui qui, à travers l’excellent texte introductif, fait une dédicace originale et euh… pas du tout rancunière à celle qui l’a inspiré pour ce film. Tous les sentiments complexes que l’on peut éprouver dans une relation amoureuse sont parfaitement retranscrits : l’attirance du premier contact, la peur d’aborder l’objet du désir, la gêne du premier contact, le jeu de la séduction, l’espoir de pouvoir conquérir l’autre, la fébrilité du premier baiser, la joie d’aimer et d’être aimé en retour,… Puis le désarroi de voir l’être aimé se détacher, prendre ses distances, la prise de conscience de l’échec d’une relation, la douleur du dépit, l’absence insupportable, la colère d’imaginer son adoré(e) dans les bras d’un(e) autre… Ici, la passion retrouve son sens premier : une souffrance. Mais une souffrance que l’on ne peut s’empêcher de s’infliger tant l’amour est un besoin primal, essentiel. Il est en effet difficile – voire impossible - de vivre sans aimer, sans recevoir d’amour. Alors on s’attache à d’autres, on tombe amoureux. Parfois ça fonctionne, parfois non. Il arrive que l’on tombe de haut, que l’on se blesse profondément, mais on finit toujours par se relever, à aller de l’avant, et à s’investir dans de nouvelles relations…
Ces sentiments sont universels. Tout comme le sont les sujets abordés par le cinéaste : le fantasme idéaliste du « Grand Amour », la peur de compromettre sa liberté dans une relation exclusive, la peur de s’engager, l’usure du couple, …  Du coup, chaque spectateur aura la possibilité de se reconnaître dans tout ou partie des séquences décrites par le scénario, de s’identifier aux personnages et donc d’adhérer pleinement à l’œuvre.
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Mais si (500) jours ensemble fonctionne aussi bien, c’est surtout grâce à l’inventivité dont fait preuve le metteur en scène. Si l’astuce du montage puzzle permet surtout d’insuffler un rythme et une tension narrative, le film brille surtout par sa façon de recycler les pires clichés du genre avec humour, audace, brio et même, on le verra, une pointe de cinéphilie.
On retrouve dans le film bon nombre de figures imposées de la comédie romantique : les inévitables copains du héros qui l’assistent en cas de coup dur, la petite sœur déjà bien mûre et donneuse de leçon, les collègues attentionnés… Mais ici, point de mièvrerie. Les dialogues sont souvent empreints d’une pointe de fiel qui pimente les relations entre les personnages. Les mots prononcés sont souvent blessants. Comme quand Tom rejette les conseils de son ami en lui rappelant qu’il n’est pas le mieux placé pour parler d’amour, vu que sa dernière relation date du lycée. Bam ! C’est beau l’amitié…
Même le lieu symbolique de la romance entre Tom et Summer ne répond pas franchement aux critères usuels du genre. Ici, pas de pont de Brooklyn ou de sommet de l’Empire State building. A la place, un parc ordinaire avec vue sur des immeubles assez quelconques et des parkings, qui auraient pu être jolis, mais non…
Mais attention, il ne s’agit nullement d’une œuvre cynique, loin de là. Le ton adopté est certes souvent mordant, mais toujours empreint d’une certaine tendresse, un peu à l’image de la relation Tom/Summer. Ce mélange d’ironie et de respect se retrouve aussi dans cette incroyable séquence de pastiche de film, où le duo d’amoureux se retrouve projeté dans de grandes œuvres du cinéma européen, des Enfants du Paradis de Carné au Septième sceau de Bergman ! La référence n’est pas anodine. Bergman a su mieux que quiconque disséquer les relations humaines à l’écran. Et a inspiré bien des auteurs, à commencer par Woody Allen qui a poursuivi à sa manière, avec humour et décontraction, le travail de son maître scandinave. De fait, on est plus proche ici des œuvres du cinéaste new-yorkais que des bluettes sucrées qui encombrent les écrans.
Evidemment, les dialogues ne sont ici pas aussi brillants que dans les comédies alleniennes. Mais ils tiennent la route et le film possède de toute façon d’autres atouts, à commencer par une belle bande-originale, qui compile tubes entraînants et chansons langoureuses, des Smiths aux Doves, de Feist à Regina Spektor en passant par… Carla Bruni ! Oui, notre Carla B., la femme du nain le plus célèbre de l’hexagone. Un autre clin d’œil à la culture européenne : après la Suède avec Bergman et Ikea – le magasin de meubles -, la France avec Carné et « Il y a quelqu’un qui m’a dit »… Enfin, voilà un autre point commun avec Woody Allen, qui devrait prochainement diriger la première dame de France dans sa nouvelle réalisation.
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Le film de Mark Webb peut ensuite et surtout compter sur ses deux comédiens principaux.
Dans le rôle de Tom, Joseph Gordon-Levitt est tout à fait charmant et attachant, confirmant tout le bien qu’on pensait de lui après ses performances dans Mysterious skin ou Stop loss. Et il y a la délicieuse, la pétillante, la craquante Zooey Deschanel, dont le regard azur inonde littéralement l’écran. On ne peut pas vraiment parler de révélation, puisque la demoiselle a déjà une belle filmographie à son actif, mais elle trouve ici son plus beau rôle. A la voir si légère, gracieuse, drôle et pleine de vie, on comprend très bien que le personnage principal en tombe instantanément amoureux… et se retrouve si mal quand elle décide brusquement de disparaître de sa vie, en lui balançant au passage, en tout innocence, des mots assassins. Une femme fatale, en somme, mais dénuée de la perversion des figures mythiques de films noirs… En tout cas, elle m’a rappelé un ou deux premiers rôles féminins du film de ma vie privée, tout aussi attirantes et tout aussi fatales… Mais là, je diverge et comme disait Desproges, c’est beaucoup pour un seul homme…
Alors revenons à la toute mimi Zooey, à son sourire, à ses gestes en douceur, lentement dirigés, sensualité, hum... Aaaah ! Zooey ! Les yeux de Zooey ! Je vous ai parlé des yeux bleus de Zooey ? Moi je dis oui à Zooey !...
… Et je dis oui à Sandra, aussi… Et oui à la comédie romantique quand elle est aussi enthousiasmante, aussi touchante, aussi féroce, aussi inventive que La proposition et (500) jours ensemble ! Alors, si vous me voyez faire la queue pour aller voir un film comme ça, n’essayez surtout pas de m’arrêter. Venez plutôt le voir avec moi…
Notes :
La proposition : ÉtoileÉtoileÉtoileÉtoile
(500) jours ensemble : ÉtoileÉtoileÉtoileÉtoileÉtoile

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