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Le petit coin des collectionneurs : le (Yves) Chaland qui passe N° 4

Par Hongkongfoufou
Par GoudurixYZ
Le petit coin des collectionneurs : le (Yves) Chaland qui passe N° 4
Après avoir passé 6284 heures sur les pages Chaland d'Ebay et être tombé 12256 fois sur "le chaland qui passe", vous l'avez compris plus vite que moi (l'émotion !), me voici enfin vengé. L'heure de la rédemption a sonné. Je suis donc fier de vous présenter le "(Yves) Chaland qui passe". Chaque mois, un collector rien que pour vous. Je viens de faire les comptes, cette rubrique devrait durer 12 ans et 3 mois. PS : Nous cherchons toujours un volontaire pour "La place du Stanislas (Barthélémy)".

Années 50. Pendant que Blake et Mortimer essayent de sauver le monde libre dans "SOS Météores", d’autres dramatiques événements se déroulent un peu plus au sud. Le cadavre d’une jeune Tunisienne est retrouvé morte (ah ah c’est pour voir si vous suivez encore) sur la plage de Cassis. Cassis outragé et martyrisé.

 "Quis, quid, ubi, quibus auxillis, cur, quomodo, quando ?" prononce un Freddy Lombard dubitatif en page 25. Qui, quoi, où, par quels moyens, pourquoi, comment, quand ? Mais… C’est incroyable ! C’est  l’introduction de ma  rédaction  quand j’avais eu 10/20 en 5ème avec monsieur Moninger, à la grande joie de mes parents. C’est un signe du destin. Pour une fois, oublions les considérations matérielles. Profitons-en pour nous intéresser au fond plutôt qu’à la forme de l’album le plus ambitieux de la BD moderne. Le plus ambitieux, mais aussi le plus incompris : "Il y a quand même des fans de l’album (une minorité puisque la critique nous a éreintés) mais qui n’ont jamais compris le fin mot de l’affaire" raillait Chaland. Bigre, il y a du pain sur la planche à dessin. En tout cas, si vous ne comprenez rien à la suite… heu, c’est fait exprès !

- La méthode QQOQCCP permet la collecte exhaustive et rigoureuse de données précises en adoptant une démarche d'analyse critique constructive basée sur le questionnement systématique. Elle …ron ron ron… Goudurix, vous dormez ?

- Heu… non, exhaustif, rigoureux, c’est mon truc m'sieur.

- Bon, ça va… Elle est basée sur les circonstances définies par le rhéteur grec Hermagoras de Temnos et transmises par St Augustin : Quis, quid, ubi, quibus auxillis, cur, quomodo, quando. Goudurix ? Qu’est-ce que vous lisez ? Pif Gadget ? Vous viendrez me voir après la classe.

- Oui, m'sieur...

Heu, revenons à nous. Tout ceci se révèle fort utile quand on sait que cette méthode – hexamètre mnémotechnique -  sert à instruire une enquête criminelle. A la bonne heure, nous avons bien affaire à un crime. Celui d’Ava, la jeune Tunisienne. Quel est le crime ? Où a-t-il été commis ?  Par quels moyens ? Pourquoi ? De qu’elle manière ? A quel moment ?

Tout est  simple. Sauf que nous ne sommes pas dans Derrick. L’auteur, les auteurs, puisqu’il faut y ajouter Yann qui signe de son vrai nom en guise de pseudo, ne s’embarrassent pas avec ce genre de questions. Le scénario n’est pas aussi clair que la ligne du dessin. De là à se demander si Freddy Lombard ne s’interroge pas tel le lecteur plongé en pleine perplexité, il n’y a qu’un pas. De quoi y perdre son latin.

- Goudurix, contentez-vous d’un COQ : Comment ? Où ? Quand ? Ce sera déjà pas mal. Du Coq à l’âne il n’y a qu’un pas. Ah ah ah ah ah ah ah.

- Oui, m'sieur...

? Commençons par le commencement. 1951, pour sa dernière histoire, "Spirou et les hommes-grenouilles", Jijé emmène Spirou et Fantasio sur les bords de la Méditerrannée, dans les calanques de… Cassis-sur-Mer. Ils vivent dans une grotte et cabotent sur le Fantasia. C’est là où trouvent refuge Freddy, Sweep et Dina sans le sou. Le bateau s’appelle désormais le Freddy Lombard. Chaland marche  sur les traces du maître de Marcinelle 35 ans après.

Quand ? 1956. Qui dit mieux ! Un petit détail  de la page 12 nous donne la clef de l’énigme. L’orchestre radiophonique nous apprends sur fond de "Je voudrais revoir Syracuse" qu’Imre Nagy  entre-aperçoit  des chars russes. Plongeons-nous, comme Sweep à la recherche d’amphores, dans le dictionnaire. On apprend que ce sera lui (Imre Nagy, pas Sweep) qui se retrouvera à la tête du gouvernement provisoire de la Hongrie insurgée entre le 24 octobre et le 4 novembre 1956. Date à laquelle  il sera enlevé par le KGB et déporté en Roumanie. Quelle époque ! Imaginez Nicolas Sarkozy enlevé par la CIA et déporté sur une banquise au Canada… Petit problème anachronique pour une histoire sensée se passer à la fin du mois de mai (le crime a eu lieu dans la nuit du  24). Gros problème anachronique, Syracuse d’Henri Salvador ne date que de 1962. Alors qui croire : le chanteur de charme ou le politique. Il y a bien longtemps qu’on ne se pose plus ce genre de question. Cette découverte fondamentale nous permet d’apporter une preuve péremptoire à l’excellent site www.sosmeteores.netet d’affirmer qu’ "SOS Météores" de Jacobs date de 1956, apocalypse climatique oblige.

Nous voilà donc au comment. Oui, nous y voilà…Ou comment savoir si ambition et  réalisation font bon ménage. Flaubert, Euripide, Jijé, Jacobs… Les  références ne manquent pas. La Comète de Carthage,  c’est un peu comme si E.P Jacobs avait dessiné Spirou. Rien de moins. D’ailleurs pour l’occasion le style s’éloigne du style Atome et plonge dans la nuit. Chaland, comme Hergé en son temps, poussera la perfection jusqu’à redessiner plusieurs  pages entre la prépublication dans Métal Hurlant et la sortie de l’album dans un louable souci de lisibilité. Comme pour "L’île noire", une troisième version qui ne verra jamais le jour était prévue.

Si le point de départ de l’histoire n’est qu’une macabre découverte, comme dans n’importe quel roman de la Série Noire, celle-ci n’est qu’un prétexte. Non pas à une banale enquête afin de découvrir l’assassin, mais le point de départ d’une pièce à huis clos - Cassis est coupé du monde - où les personnages entretiennent des rapports privilégiés et un peu plus ambigus que ceux de Michel Vaillant et de son frère Jean-Pierre à propos de la Vaillante mystère. Si le désespoir de Dina à la page 18 est bien tangible (on apprendra dans le rapport de police de l’édition de luxe du testament de Godefroid de Bouillon qu’ils ont étés mariés), les états d’âmes de Carrier-Deleuze sont hadaux (j’ai fait un clic droit pour trouver un synonyme d’insondable). Il faut attendre la découverte que fait Freddy Lombard à la page 32 d’une fiole de morphine et d’une seringue sur sa table de nuit,  pour avoir un début d’explication. "Non, je ne peux pas vous expliquer qui est Phidias, tout comme je ne peux expliquer à chacun de mes lecteurs, les mots compliqués qu'ils n'auraient pas compris. Les lecteurs doivent faire des efforts et tant pis pour eux, s'ils ne les font pas. Cela m'indiffère totalement". Bien…

Pour une fois, le personnage principal de l’histoire n’est pas un simple faire valoir à une bande d’excentriques comme Haddock, Fantasio ou Pirlouit. Aussi déconcertant et  imprévisible que Steevy dans Loft story, Freddy Lombard met à mal le parti-pris des auteurs. "Avec Yann Lepennetier nous avons essayé d’avoir la vision la plus sèche possible". Un comble pour une histoire où il pleut tout le temps. Exit donc descriptifs et bulles de pensée. Petit problème, tout cela ne peut tenir dans les 46 pages de l’album. C’est au lecteur de s’y  coller pour boucher les trous d’un découpage aussi cinématographique soit-il. On appelle ça elliptique paraît-il. Et vas-y pour la fouille des affaires de Freddy par Alïa (vient elle rechercher sa bague ?), vas-y pour la bamboula avec Carrier Deleuze, pour la silhouette qui observe Alaïa à la première case de la page 22 (le siphonneur ?), pour le smoking de Carrier Deleuze en page 42. Meurt-il à la fin ?… Mystère et boule de gomme à papier. Echappe à la règle, le comportement d’Alaïa  qui en fin de compte relève  d’une parano et d’une inconstance toute... féminine. Hum, désolé d’avoir gâché la fin. Ne m’en veuillez pas, je suis un peu fatigué.

C’était le (long) coin du petit scribouilleur… C’est grave, docteur ?

Indice de rareté : 1/5

                                             

Qui ira voir dans la cave de l’ancien hôtel particulier de Dionnet s’il ne reste pas des cartons entiers d’invendus pour sauver la face du service marketing des Humanos ? Si tout le monde avait fait comme moi, il ne serait pas bradé aujourd’hui sur Ebay.


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