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Giacometti, tout beau, tout propre

Publié le 22 octobre 2007 par Marc Lenot

au Centre Pompidou jusqu’au 11 Février.

L’atelier de Giacometti, c’était une pièce sombre, poussiéreuse, sale, au sol en terre battue, un antre, une tanière, où statues et tableaux s’entassaient. Relisez par exemple James Lord, Jean Genet ou, mieux, Michael Peppiatt. Cette exposition-ci a pas mal de pièces intéressantes, en particulier beaucoup de plâtres retravaillés au canif où on sent presque la main de l’artiste. Mais c’est une exposition aseptisée : murs blancs immaculés, oeuvres tenues à distance. Comment a-t-on pu décider de l’intituler “L’atelier de Giacometti” ? La salle éponyme est à vous faire fuir : certes il y a de nombreuses statues, certes des pans de mur de l’atelier ont été découpés et sont montrés ici, avec ses croquis, ses esquisses à même le revêtement. Mais la salle en question fait dix fois la taille de l’atelier; la salle voisine, témoin ridicule, est, elle, à l’échelle de l’atelier, sans aucune oeuvre mais avec, aux murs, les photos prises juste après sa mort : merveilleux témoignage du bordel qui y régnait. La trop grande salle est trop lumineuse, immaculée, les statues y respirent amplement alors qu’elles devraient se chevaucher, être à touche-touche. Certes, c’est difficile de faire de la scénographie sale, un peu voyoute, et la commissaire, qui vient de la Fondation Giacometti, n’a pas su ou voulu le faire. Mais il aurait suffi d’aller voir un peu plus loin pour s’inspirer de l’atelier de Brancusi, parfaite réussite.

Cette aseptisation est à l’image de toute l’exposition. Si j’ai bien compris, il y a de telles querelles entre d’une part la Fondation Giacometti, qui a organisé cette exposition, et d’autre part l’Association Giacometti et bon nombre de collectionneurs publics et privés, que ne sont montrées ici que des oeuvres appartenant à la Fondation ou presque. Comme Philippe Dagen le notait, on voit de ce fait des bronzes sans leur plâtre et des plâtres sans leur bronze. La salle dénommée “Médailles et foulards” ne montre qu’un seul foulard et aucune médaille, seulement des dessins, c’est absurde. Le thème du socle, essentiel chez Giacometti, auquel une salle prétend être dédiée, n’est absolument pas mis en valeur, étudié de manière critique, compris.

Alors, certes, il y a de beaux ensembles. Les portraits d’Annette et de Diego sont passionnants. Ceux du Japonais Yanaihara, au visage impassible, montrent remarquablement le défi de Giacometti face au portrait. Je garde en mémoire le récit par James Lord de son portrait par Giacometti (ci-contre Giacometti tenant le 15ème état du tableau, qui en aura 18): c’est un des plus beaux livres que je connaisse sur l’acte créatif, avec un artiste toujours insatisfait, se disant incapable de capter l’essence de son modèle, jour après jour. Quand je regarde les photographies de Giacometti (et l’exposition en a à profusion), il me semble qu’aucun photographe, ni Cartier-Bresson, ni Irving Penn (ci-contre, 1950), ni aucun autre n’est parvenu à capter l’essence même de Giacometti : celui-ci semble toujours poser, il travaille pour la caméra, il ne se livre pas.

Dans ma mémoire reste le souvenir de l’exposition en 1991/92 au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris; 16 ans après, je me souviens de l’alignement de ces hommes et femmes, minuscules ou gigantesques, dans la salle courbe du Musée. Je relis chaque mot du texte toujours actuel de l’artiste Rémy Zaugg, un des commissaires d’alors, sur le respect que le commissaire doit à l’artiste (”l’esthétique sans éthique n’est que cosmétique”). De cette exposition-ci, par contre, quelle que soit la qualité de bien des oeuvres présentées, je ne garderai, je crois, aucune image marquante, hélas.

Photo 1 de Daniel Frasnay, 1966 (au lendemain de la mort de l’artiste). Photo 2 de James Lord, le 28 Septembre 1964. Photo 3 d’Irving Penn, 1950.


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