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Western nouille

Publié le 25 octobre 2009 par Boustoune

Tout juste trois semaines après la sortie en salles de l’adaptation du Petit Nicolas, c’est au tour d’un autre héros né de la plume fertile de René Goscinny de prendre chair et de s’attaquer aux sommets du box-office : Lucky Luke (1).
Le cowboy le plus rapide de l’ouest n’en est pas à ses débuts sur grand écran. Il a déjà été la vedette de plusieurs dessins animés et même d’un film avec des « vrais » acteurs, signé par Terence Hill en 1991 (2). Ce n’était cependant pas très fidèle aux BD originales, juste un prétexte à une resucée de la série des Trinita, dont l’acteur italien était le héros.
Fan de la série de Morris et Goscinny, James Huth a donc décidé de réaliser sa propre version « live » des aventures de Lucky Luke, en s’engageant à respecter l’univers des deux auteurs, soit un mélange de faits réels et d’histoires fantaisistes abordées avec humour et distanciation parodique.
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On est donc plutôt surpris par le début du film, où le cinéaste nous raconte la genèse de Lucky Luke. D’entrée de jeu, il prend le risque de heurter les fans purs et durs du personnage, car, à ma connaissance, les éléments ne sont dans aucun des albums de la série....
C’est parce qu’il a vu ses parents – un fermier et son épouse indienne – se faire tuer devant ses yeux que le petit John Luke a décidé de se ranger, une fois adulte, du côté de la justice et de l’ordre. Et surtout de ne jamais tuer. Le fait qu’il ait échappé au terrible gang des tricheurs lui a valu son surnom de « Lucky » (« chanceux »). Evidemment, ce destin tragique similaire à celui de Bruce Wayne/Batman lance le film sur un ton assez sombre, plus proche des westerns baroques de Sergio Leone et de Sam Peckinpah que du flegme humoristique de la BD originale.
Le premier tiers du film continue d’ailleurs un peu dans cette veine, le scénario revisitant les thèmes classiques du western. En gros, Luke est chargé par le président des Etats-Unis de rétablir l’ordre à Daisy Town, point de jonction prévu de la ligne de chemin de fer New York – Los Angeles, avant l’inauguration de la ligne. Avec son fameux six-coups, il va nettoyer la ville des bandits qui y ont élu domicile, mais les choses vont se compliquer avec l’intervention de Pat Poker, un notable influent qui entend bien conserver son pouvoir sur la bourgade. Ceci permet à James Huth de s’appuyer sur les références du genre, piquant ça et là des figures de style aux plus grands metteurs en scène, de Ford à Eastwood.
Pour le reste, il s’applique à restituer l’ambiance visuelle des œuvres de Morris et Goscinny. La ville est typique des albums de Lucky Luke, avec son panneau d’entrée dans la ville, ses habitants barricadés chez eux, son croque-mort prenant les mensurations des nouveaux arrivants, son saloon bruyant et surpeuplé de bandits hargneux… Le même soin a été apporté aux costumes et aux allures des personnages, assez ressemblants à ceux des BDs.
On appréciera notamment, la nonchalance de Jean Dujardin dans le rôle-titre ou la prestation de Daniel Prévost, hargneux et machiavélique à souhait en Pat Poker.
En fait, la seule chose qui semble manquer à cette première partie est l’humour de l’œuvre originale. On est plus dans l’hommage respectueux que dans la parodie débridée.
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Conscient de ce déséquilibre, Huth essaie de changer la donne dans la seconde partie du film, et là, ça tourne au désastre. Le scénario, déjà, effectue un virage vers le grand n’importe quoi. L’homme qui tire plus vite que son ombre décide de raccrocher les armes pour vivre le grand amour avec une danseuse de saloon prénommée Belle (Alexandra Lamy, assez fade). De façon absurde, il devient une chiffe molle pathétique et vaguement abrutie. Ce qui attire ses ennemis à débarquer pour se venger. On voit notamment débarquer Billy the kid et Jesse James, deux personnages outranciers qui donnent à leurs interprètes, respectivement Michaël Youn et Melvil Poupaud, de se livrer au concours du cabotinage le plus éhonté et de la blague la plus éculée.
Du coup, pour ne pas être en reste, Dujardin se met aussi à faire du Dujardin. Oublié, Lucky Luke ! Place à une sorte d’OSS 117 au far-west ou un Brice de Las Vegas. Vannes foireuses, sourires idiots, répliques débiles… Toute la panoplie du nouveau cinéma comique français affligeant… Seule Sylvie Testud relève un peu le niveau, incarnant une Calamity Jane à la fois très virile et attachante. La vraie calamité, c’est le jeu des trois nigauds précités…
On aurait pu leur adjoindre un quatrième larron, Bruno Salomone, qui prête sa voix à Jolly Jumper, le cheval de Luke, mais son rôle est tellement peu développé qu’on ne peut guère le blâmer de sa prestation… Même dans la version de Terence Hill, Jolly Jumper était mieux exploité. C’est dire !
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La dernière partie redresse un peu la pente, mais c’est trop tard. Le scénario est déjà trop mal engagé et ses rebondissements auront déjà été anticipés par les spectateurs les plus sagaces (ou les plus agacés…). Le cinéaste meuble alors le film avec des fusillades mal orchestrées et de nouvelles références cinématographiques à outrance, élargissant le champ à d’autres maîtres comme Hitchcock et Welles. Comme si invoquer les dieux du cinéma allait pouvoir faire tomber une pluie d’indulgence noyant la nullité du second tiers de l’œuvre…
James Huth a raté son pari. Il n’est pas arrivé à amalgamer les composantes de son film pour en tirer quelque chose de cohérent, à la fois amusant et révérencieux.
Pas assez fidèle aux BD pour les fans de Lucky Luke, pas assez rythmé pour les amateurs de comédie, pas assez drôle pour le jeune public, trop lourdingue d’une manière générale et porté par un casting hétérogène, le film risque de décevoir tout le monde.
Dommage, car le Lucky Luke de James Huth est quand même moins nul que ce que l’on aurait pu craindre. Alors que l’on s’attendait à devoir supporter mauvais goût et humour débile tout au long du récit, on est surpris des ambitions artistiques manifestées par le cinéaste et de sa maîtrise des codes du genre. Même si le résultat nous laisse évidemment sur notre faim, même si le film finit par être plombé par ses blagues potaches pas drôles, Lucky Luke est quand même bien supérieur à des navets comme Astérix aux Jeux Olympiques ou Les Dalton (bon d’accord, ce n’est pas bien difficile non plus…).
Disons que le film se laisse voir sans trop de déplaisir et que ce n’est déjà pas si mal. Quant à l’utilité de cette adaptation, hormis toute considération sonnante et trébuchante, c’est une autre histoire…
Note : ÉtoileÉtoileÉtoile
(1) : « Lucky Luke » est une série de BD dessinées par Morris scénarisées majoritairement par Goscinny. 70 albums (31 chez Dupuis, 39 chez Dargaud). La série a été récemment reprise par Achdé et Laurent Gerra (3 albums chez Lucky Comics / Dargaud)
(2) : Il faut ajouter l’apparition du personnage dans le calamiteux Les Dalton de Philippe Haïm, dans un rôle secondaire et, de manière détournée, sous un autre nom, dans Le juge de Jean Girault, en 1971.
Lucky Luke

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