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"Suite française" d'Irène Némirovski

Publié le 08 septembre 2009 par Colinzonska

Plus qu'un livre sur la Seconde Guerre mondiale et l'Occupation allemande en France, Suite française d'Irène Némirovski est la peinture romanesque de différents personnages, toute classe sociale confondue, pendant la fuite de Paris précédant l'arrivée des Allemands, cette guerre où rien ne semble se passer au début, et pendant l'Occupation.
Ce qui est remarquable dans ce roman, malheureusement inachevé en raison de la déportation de l'auteure à Auschwitz, c'est qu'il est dénué d'ironie et d'animosité vis-à-vis de l'Occupant. Avoir un tel recul et une telle perspicacité sur les événements d'alors tout en y étant plongée jusqu'au cou n'est pas donné à tout le monde. Les descriptions et analyses psychologiques des protagonistes sont d'une précision et d'un réalisme hors du commun. On y voit le comportement des personnages, obligés de quitter leur demeure, ne sachant quand ils la retrouveront et les différentes réactions des mères et des épouses face à l'ennemi à qui la guerre a enlevé un fils ou un mari, retenu prisonnier ou tué, l'incertitude étant omniprésente.
Se mêlant au drame de l'Histoire, la découverte et la promiscuité de l'ennemi peut prendre des allures tragicomiques, les Français au début surpris par la courtoisie de l'Occupant, somme toute par son "humanité" dans le quotidien, loin de l'image de monstre sanguinaire qu'ils s'étaient représentés. En tout cas, dans les premiers temps. Même si la chronologie du livre se situe pendant les deux premières années de la guerre, la persécution et l'arrestation des juifs n'est pas abordée dans le roman en lui-même. Pourtant en 1940, les lois antisémites du gouvernement de Vichy sont en vigueur. Irène Némirovski doit porter l'étoile jaune et ne peut plus publier d'ouvrages. Agnostique, elle se convertie avec sa famille au catholicisme, espérant ne pas être assimilée au peuple juif, ce qui restera sans effet, puisqu'elle finira par être arrêtée par la gendarmerie française et par être déportée.
L'auteure évoque la vision de soi à l'intérieur d'un tout national, d'une communauté en soufrance, spoliée par l'ennemi, ou le refus de cette appartenance qui ne va pas forcément de soi, selon la narratrice. Ce dilemme prend dès lors tout son sens quand les femmes esseulées ne sont pas insensibles au charme, voire à la beauté de l'ennemi, surtout qu'on les enjoint de le détester au risque d'être rejetées par la communauté. Des existences individuelles y sont décrites dans le quotidien avec leurs peurs, leurs doutes et leurs faiblesses. Un roman et une biographie à lire et à relire pour rafraîchir la mémoire de ceux qui ne voient en leur Histoire nationale qu'une série de passages héroïques.     

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