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"Reflections in a golden eye" ("Reflets dans un oeil d'or")

Par Vierasouto


Film dérangeant et oppressant, tiré d’un roman de Carson Mac Cullers, on y retrouve les mêmes obsessions que chez son homologue Tennessee Williams, en plus névrosées encore, dans une ambiance totalement claustrophobique bien que les évènement se passent en grande partie en plein air… 
Parqués dans une garnison du sud des Etats-Unis, les protagonistes trompent leur ennui mortel en plongeant dans la dépravation. Dans un univers qui donne extérieurement le change, les officiers et leurs femmes mènent apparemment une vie normale, entachée des fantasmes les plus lourds. C'est la force du film de Huston d'avoir réussi à monter l'innommable, l'inavouable, tout en ayant l'air de ne pas y toucher. Leonora trompe son mari avec le colonel Langdon, un officier ami du Major Waldon Penderton, son mari, pendant que lui-même, n’assumant pas son homosexualité, se réfugie dans le masochisme et la cleptomanie à l’occasion. Alison, la femme du colonel, grande dépressive qui vit couchée, férue de musique classique et des romans à l’eau de rose, entretient des relations ambiguës avec son majordome, Anaclecto, un jeune philippin efféminé et poète. 


Rarement au cinéma, on aura eu cette impression plombée d’ennui abyssal et de langueur, de lenteur moite du sud, où le temps ne passe pas, où l’on peine à trouver quelque chose à faire pour s’occuper. Leonora s’affale au jardin au retour de sa promenade à cheval avec son amant et empoigne une bouteille de scotch pour écrire des invitations à une party qu’elle organise deux fois par an. Waldon s’enferme dans son bureau et se plonge dans la contemplation d’une boite à secrets avec une photo jaunie, une cuiller en argent volée à un collègue. Pour passer le temps, le colonel et Leonora font le soir une partie de cartes, Leonora triche, Alison, lasse, veut rentrer, Waldon, qui tourne en rond, la raccompagne, prétexte un dossier urgent pour aller prendre l’air avec l’espoir d’apercevoir le soldat Williams. Ce soldat qu’on voit dès la première image est un leit-motiv obsessif omniprésent qui ne tarde pas à oppresser le spectateur. Paresseux et veule, chargé de petites corvées de jardinage le jour par Waldon, Williams, rode toutes les nuits dans l’écurie ou sous les fenêtres de Leonora qu’il désire en secret. Le jeune homme, plutôt antipathique, présenté comme encore puceau, monte nu à cheval en cachette, ce qui va renverser Waldon quand il l’apercevra dans la forêt.
Beaucoup de scènes sont dures et angoissantes, le comble étant atteint quand Waldon frappe à mort le cheval de Leonora, Firebird (Etalon), pour se venger de sa femme. En retour, Leonora le défigure à coup de cravache devant tous les invités de sa party, Waldon ne bronche pas. Si Alison et les deux hommes sont des névrosés tristes et déprimés, la sottise et la mesquinerie sauvent Leonora, préoccupée uniquement de se faire plaisir, qui est alors la seule à ne pas s’effondrer. Liz Taylor est époustouflante dans ce rôle de femme sotte, vulgaire et arrogante, les cheveux noirs longs aux épaules, le décolleté mortel, le regard incandescent, elle exsude d’une sensualité provocante et gluante qui lui colle à la peau, au cerveau. Comme le dit la bande-annonce "Leonora, le genre de femmes que tout le monde peut avoir sauf son mari". On a dit souvent et c’est vrai combien dans cette période Liz Taylor est au top en jouant notamment dans les adaptations des livres de Tennessee Williams ("La Chatte sur un toit brûlant", "Soudain l’été dernier"), voir dans "Cérémonie secrète"de Losey (où elle s’appelle aussi Leonora). La période où Liz Taylor forme à la ville un couple explosif avec Richard Burton. Dans les films, elle a des partenaires prestigieux, Paul Newman dans "La Chatte sur un toit brûlant", Montgomery Clift dans "Soudain l’été dernier", par exemple. Ici, face à Marlon Brando, on est au sommet, l’acteur concocte une géniale composition d’homme usé, dépravé, déprimé, avec un regard ailleurs, une voix traînante, hésitante, engluée dans des pensées parasites.


Le film n’est pas facile à voir bien qu’à l’époque on ne montre pas grand chose à l’écran comme aujourd’hui, ce qui justement démontre bien le pouvoir de la suggestion, on peine à tenir tout le film sans se lever de sa chaise et s’aérer… Surchargé en névroses, en perversions et en allusions sexuelles violentes et explicites d’un bout à l’autre du récit, l’air est rapidement irrespirable. Bien qu’à sa sortie, les distributeurs y aient renoncé pour des couleurs normales, TCM passe en ce moment la version d’origine de Huston avec une image complètement voilée par une lumière cuivrée superbe, ces "Reflets dans un œil d’or", en l’occurrence, celui du cheval qui observe tout.
BA

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