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Les lectures pour "Jeux d'épreuves" sur France Culture

Publié le 14 novembre 2009 par Irigoyen
Les lectures pour "Jeux d'épreuves" sur France Culture

J’ai participé à l’émission littéraire de France Culture « Jeux d’épreuves » qui a été diffusée le samedi 14 novembre 2009. Le principe est simple : chacun des chroniqueurs – ce jour-là : Josyane Savigneau, Jean-François Colosimo, Alexis Lacroix et bien sûr Joseph Macé-Scaron en chef d’orchestre – vient défendre un livre et doit pouvoir parler des ouvrages présentés par les autres intervenants. Cet exercice difficile était une grande première pour moi. L’expérience a été passionnante car il est bon de pouvoir échanger les points de vue (> Lien vers le site de l’émission. Attention ! vous n’avez qu’une semaine pour (ré)écouter).

Livre que j’ai choisi :

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J’en parlerai plus tard dans une série de chroniques consacrées à l’auteur.

Livre choisi par Josyane Savigneau :

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Le livre m’est littéralement tombé des mains. Je ne suis donc pas allé jusqu’au bout. Dommage car la quatrième de couverture promettait une « belle » histoire dans la Roumanie des années Ceaucescu. J’ai eu beaucoup de difficultés à me concentrer sur les personnages. Comme si à l’instar d’un réalisateur de films, l’auteur avait du mal à faire le point sur eux.

Livre choisi par Alexis Lacroix :

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C’est l’histoire de John Stocking, dit Johnny Bel-Œil, espion durant la guerre d’indépendance américaine. Espion mais pour le compte de qui ? Des Britanniques ? Pas sûr. Des futurs Américains ? Pas sûr non plus.

« C'est dans ta nature d'être un espion qui espionne d'autres espions. Ton allégeance ultime n'est vouée qu'à toi-même. »

Ce questionnement identitaire traverse tout le livre, véritable roman d’aventures où John Stocking semble autant à l’aise auprès de George Washington, l’homme au destrier blanc, « le fermier en chef » qu’auprès de certains agents du renseignement de George III.

Il y a une dimension théâtrale très forte ici. D’ailleurs, le livre s’ouvre sur la liste de personnages que l’on va croiser. Rebondissements très théâtraux entre le personnage principal et Clara, jeune femme qui réside au « Jardin de la Reine », une maison close tenue par Gertrude, la mère de Johnny Bel-Œil.

Vous goûterez sans doute avec délice aux parties de 21 entre le père de l’indépendance américaine de 1776 et sir William Howe, chef d’état-major de l’armée britannique, deux hommes qui se retrouvent aussi au même moment chez Gertrude et ses filles.

Bref, un bon moment de lecture offert par cet auteur qui dit, dans la postface, écrire depuis l’âge de neuf ans. Jerome Charyn nous apprend par ailleurs qu’il y a vraiment eu un quartier chaud à Manhattan nommé « Terre Sainte ».

Livre choisi par Jean-François Colosimo

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Merveilleux hommage à la Turquie, à l’islam, dans ce roman que le plus ignorant des questions religieuses comme moi peut tout à fait attaquer sans s’imprégner, durant des heures, des dogmes.

Gürsel questionne l’origine, y compris la sienne, lui le petit-fils d’un avocat et ancien combattant de l’Empire Ottoman durant la première guerre mondiale. Ce sont ses aïeux qui lui ont transmis cette histoire religieuse où l’on croise Al-Lat, al-Uzza et al-Manat, les trois filles d’Allah mais aussi Abraham et bien sûr Mahommet. Une histoire religieuse mise en doute par un des amis de l’auteur, Ismaïl, qui lui enseigne, durant leur jeunesse, que les enfants viennent davantage du « trou des femmes » que de l’islam.

Magnifique hommage, également, à l’arabe, langue du Coran, langue pourtant parlée par les ennemis de ce grand-père qui assura la défense de la Mecque en 1916 contre les bédouins emmenés par sir Lawrence.

J’ai été subjugué, comme je l’ai dit dans l’émission, par la rencontre dans la grotte, entre Mahomet et l’archange Gabriel, ce dernier disant que « Allah a créé l'homme à partir d'un caillot de sang. »

Nedim Gürsel nous rappelle l’urgence de revenir au texte sacré. Il nous précise que, selon Coran, « tuer un homme c'est tuer l'humanité entière ». Il nous dit aussi que l’on peut aimer l’islam sans exclusive et que, comme le lui enseigna son grand-père, le droit prime sur la religion.

Je ne saurai que trop vous conseiller une autre lecture. Celle de : Le paradoxe persan, Un carnet iranien de Jean-François Colosimo :

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Jean-François Colosimo a effectué un voyage en Iran pour réaliser un film-documentaire dans la suite de ses précédents travaux consacrés à l’idée de Dieu (L’Apocalypse russe et Dieu est américain).

Très instructive balade pas seulement à Téhéran, parfois rebaptisée Los Angeles du Moyen-Orient  ou encore Irangeles, pour essayer de comprendre ce pays très souvent à la « Une » de l’actualité ces derniers temps.

Les acteurs souvent de haut-rang rencontrés ici nous parlent de « la Constitution de 1979, à la suite de celle de 1906, qui entérine l'existence des autres communautés « monothéistes » et va jusqu'à leur réserver des sièges au Parlement : un aux zoroastriens, un aux juifs, deux aux Arméniens, un aux Assyriens ». L’auteur nous explique, témoignages à l’appui, ce « sentiment angoissé de disparaître à moins de se dépasser », cette peur de l’enfermement.

Pour saisir cette montée en puissance de la république des mollahs, il faut toujours garder à l’esprit que « L'Iran veut la reconnaissance que seule garantit la puissance. » Une phrase qui fait écho à ce que dit plus loin Jean-François Colosimo : « Ce carnet prétend moins consigner l'Histoire que démêler comment se fabrique, dans l'inconscient d'un peuple, le sentiment de destinée. »

Les rencontres rendent possible le retour dans un passé récent. Ainsi, l’auteur rappelle que la Perse sera, en 1906, « le premier pays du Moyen-Orient à se doter d'une constitution et d'un parlement». Le lecteur, lui, apprend que c’est le 26 mail 1908 que le pétrole se met à jaillir des forages perses, faisant de l’Iran le premier pays producteur de pétrole historiquement.

On suit avec beaucoup d’intérêt comment les Britanniques se sont servis en or noir. On se souvient que les Russes ont occupé, un temps, une partie du pays. On revit la fin du régime du Chah qui décide subitement de changer le calendrier et de ne plus compter à partir de l’Hégire, le coup de force en 1953 de Mossadegh, « patriote libéral et laïque et populiste qui essaie de nationaliser le pétrole. »

Et puis, on n’oublie pas que c’est Valéry Giscard d’Estaing qui donne les capacités nucléaires à l'Iran, tout cela avec la bénédiction de Richard Nixon. Que Donald Rumsfeld, Dick Cheney et Paul Wolfowitz, les faucons de l’administration Bush, ont été les avocats du nucléaire iranien durant le règne du Chah.

Cette lecture est indispensable, aussi, pour comprendre la vague d’attentats à Paris dans les années 80 qui suivit le refus, par la France, de fournir l'uranium enrichi à l'Iran comme elle s’était pourtant engagée à la faire.

On sera surpris de lire que, « quand il arrive au pouvoir, Khomeiny interrompt le programme nucléaire initié par Mohamed Reza et condamne, selon une jurisprudence islamique constante, l'arme atomique comme Halam, interdite parce que impie ». Plus loin : « Les moyens de destruction massive sont catégoriquement proscrits par l'islam, même en cas de conflit armé, même pour se défendre. La bombe représente un pêché impardonnable », dit un interlocuteur de Jean-François Colosimo.

Enfin, le lecteur prend conscience d’une différence d’approche du temps entre l’Iran et une grande partie de la communauté internationale. Car, comme le rappelle l’auteur, les Iraniens ont signé le Traité de Non Prolifération certes. Mais pour eux il s’agissait d’une suspension temporaire. Alors que la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne pensaient à un arrêt définitif.

A (re)lire de toute urgence pour ne pas sombrer dans la caricature.


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