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My WORST 2000'S ::: Le MP3

Publié le 16 novembre 2009 par Gonzai

Parce que démonter le présent reste un sacré pari sur l'avenir. A l'heure du droit d'inventaire, en marge des bilans d'une décennie qu'on n'a pas bien compris, plutôt que de s'épancher sur des listes aussi grosses que Jackie Sardou et Carlos, Gonzaï s'arrête l'espace de quelques instants sur le pire des 2000's. Objets stupides, groupes éphémères, modes improbables et croyances absurdes, Gonzaï brule dix ans de vide rétro-futurisme, toutes les semaines et jusqu'au premier janvier 2010. Cette semaine, Ursula parle du MP... du MP quoi déja?

Les années 00 ont vu pousser des myriades de princesses Leïa casquées, dans les bus, sur les trottoirs, arrimées à leur baladeur MP3. Le sillon est devenu laser puis octet. Musique partout, tout le temps, en individualiste s'ostracisant volontairement du monde.

My WORST 2000'S ::: Le MP3
Avant ca, j'ai dragué sur la toile des inconnus dont le physique photoshopé n'avait plus grand-chose d'humain, j'ai « poké » des « friends » que je n'avais pas encore rencontré. Parfois le soir je faisais un raid avec des trolls pour défoncer un donjon. Bref la virtualité a grignoté progressivement ma réalité. L'écran est devenu ma fenêtre sur le monde. Pourquoi pas finalement, il faut bien vivre avec son temps. Là où l'inquiétude vrombit, c'est quand mes oreilles font aussi le grand saut vers le digital. Dans l'ordre des choses, le vieux walkman s'est fait dégager par la technologie Pod.

Problème, ce support moderne phagocyte les autres modes d'écoute. A la maison, on branche son MP3 sur son ampli. Chez des amis, on lance une playlist Deezer. Finies les quelques secondes de crépitement de la galette noire en contact avec le saphir. Finie l'invasion sonore de chaque miette de l'espace par une musique ample qui diffuse ses notes au large. On se prostre désormais autour de son ordi comme des mohicans autour d'un feu de camp pour prêter l'oreille à une mélasse uniformisée.

La musique compressée altère, détruit les fines variations, l'acoustique du lieu d'enregistrement, pour ne rendre que la couche de surface. En supprimant les sons que l'on n'entendait pas, le MP3 fait du gain de stockage la qualité primordiale. Toujours plus, de musique ou de son ? On pèse sa musique comme un vulgaire kilo de pommes de terre (« J'ai 6Go de ziq ! »). Du coup, le zapping musical est devenu un sport international:

« Et celle là, tu la connais ? »

Autre victime collatérale de cet engouement virtuel, la pochette (déjà salement réduite à sa part congrue avec le cd) devient invisible, inexistante. Art visuel qui a sauté dans le train avec le pop art et la commercialisation grand format des 60', il a offert des pages vierges à de nombreux artistes. Andy Warhol et sa banane pour le Velvet, Robert Crumb pour Big Brother & the Holding Company, Robert Mapplethorpe pour le Horse de Patti Smith, Anton Corbijn pour Depeche Mode...

La mode de « télécharger plus pour écouter plus » a progressivement raison de nos esgourdes. On linéarise la musique là où elle devrait être profusion de nuances. On fait des sauts de puce d'un artiste à l'autre, d'un tube à l'autre, sans profondeur et la curiosité en berne. Notre œil se contente d'une pastille colorée de 2cm dans un programme déroulant faisant office de visuel album. Si la démocratisation quantitative de la musique doit se faire sur la destruction qualitative, alors antidémocrate je deviens et révolutionnaire, je m'arme...en silence.


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