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Dans l’eau Pinet râle…

Publié le 08 août 2008 par Chaponoff

Dès que je l’ai vu, j’ai su qu’il y aurait un « avant » et un « après ». Lorsqu’il vous serre la main, Bernard Pinet vous enveloppe de son amitié. La main est confortable, la lèvre est avenante, l’œil humide débordant d’affection et le cheveu gras (juste ce qu’il faut et sans pellicule). La voix est chaleureuse avec juste une pointe d’accent du Sud (une pointe d’ail déforme parfois, à partir de midi, son haleine… mais sans plus)

Son bon visage rubicond et sa faconde avenante auront tôt fait de vous séduire.

Cinq minutes passées en sa compagnie suffisent à vous le faire adopter. Désormais, il fait partie de la famille, de cette grande famille des cousins fanfarons, des Tartarin sans Tarascon, des Don Quichotte de comptoir, des Zorro de boulevard…

Bernard Pinet est comédien

On l’a vu fonder la Compagnie du théâtre de l’Actuel et jouer dans Le baiser du chien dans la nuit. On l’a connu élève de Jean Périmony. Plus tard, il accompagne Andréa Ferréol et Michel Galabru dans le pagnolesque Cigalon.

Lauréat du concours national d’animateur de Radio Monte-Carlo (et très brièvement tenté par la carrière radiophonique) il retrouve le chemin des studios et tourne successivement avec Richard Anconina et Pierre Arditi. Il est ensuite le Lucien Cheval du Dîner de cons de Francis Véber, mis en scène au théâtre par Pierre Mondy. Il joue alors aux côtés de Jacques Villeret, et de Michel Roux. Continuant à produire ses propres spectacles, on le voit incarner des personnages truculents dans À l’heure des cigales ou dans Le patron du Bar de la marine.

C’est d’ailleurs lors d’une de ses représentations au Théâtre de Trévise à Paris que nous nous sommes rencontrés. Un soir où Étienne Aubert (mon voisin de strapontin, particulièrement en verve) avait réussi à agacer, par des commentaires ironiques et déplacés, les spectateurs des rangs alentour. Lors du pot de l’amitié clôturant cette dernière représentation, je faillis me faire lyncher par des spectatrices hystériques (n’est-ce pas un pléonasme ?) qui m’avaient confondu, à cause de la pénombre, avec ledit Étienne. Je ne dois ma survie que par la grâce de l’intervention d’un Bernard Pinet, séducteur et rassurant, qui tel un baume apaisant aux parfums de cannelle et de mandarine (en fait c’était plutôt pinard et saucisson sec, mais la littérature est indulgente avec les auteurs quand il s’agit de digressions poétiques mêmes si elles sont incertaines) réussit à calmer les furies.

Plus tard, je fis partie de l’aventure lorsque Bernard Pinet décida de mettre en place Pétanque et sentiments, sa nouvelle œuvre inspirée d’À l’heure des cigales ou du Patron du Bar de la marine. Je me souviens des représentations d’essai au sous-sol d’un restaurant, proche de la Gare de l’Est, que je ne cite pas, tant la patronne était mesquine. L’imaginatif Sam Bernett organisait les séances et prodiguait ses conseils, Jean-François Fonlupt peaufinait les textes, Elias Attig réglait les lumières, Jean-Louis Oliver vérifiait le « pétanquement correct » de l'ensemble, votre serviteur filmait. Chaque semaine nous conviions des amis à assister à ces séances suivies d’agapes (toujours dans ce restaurant que je vous souhaite de ne jamais connaître). Je me souviens de nuits passées dans mon appartement de la rue Dauphine, avec Sam, Bernard ou Francis Blanchard, à visionner les rushes(épreuves de tournages pour les canadiens) et à les monter pour en tirer la substantifique moelle.

Vous pouvez vous aussi regarder ce résumé et me faire des commentaires. J’ai tout filmé avec une seule caméra à partir un seul point de vue juste en faisant varier le zoom. Je préfère cette version qui me semble plus fraîche et spontanée à celle que vous trouvez sur le site de Bernard.

Depuis, Pétanque et sentiments a pris son envol. C’est une sorte d’ode vivante à la pétanque. Certains d’entre nous ont quitté l’aventure. Je conserve un fort souvenir de ces moments d’échanges, de partage, de construction et parfois de désaccords.

En vrai comédien jusqu'au bouliste, Bernard Pinet est toujours à la recherche de l’ivresse. Pas de cette ivresse que les distillats anisés ne suffisent plus à lui procurer, mais de celle qu’il tire du regard du public.

(NDLR : oui lecteur attentif et fidèle, sache que le public est, pour l’homme de théâtre, à la fois une denrée rare et une drogue dure).


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