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Arme de dérision massive

Publié le 29 novembre 2009 par Boustoune

En mars 2003, les Etats-Unis déclenchaient une intervention militaire destinée à envahir l’Irak et à destituer le dictateur Saddam Hussein, avec l’appui de quelques alliés comme le Royaume-Uni et l’Australie. Un conflit contesté par de nombreux pays, dont la France, et sujet, à l’époque, de nombreuses controverses sur sa justification, via la présence hypothétique d’armes de destruction massive destinées à des attaques terroristes d’envergure.
Alors que le peuple américain commence à voir d’un mauvais œil leurs GI’s se faire massacrer en vain en terre étrangère et que la polémique revient aujourd’hui sur le devant de la scène au Royaume-Uni, avec l’enquête d’une commission parlementaire qui a conclu que l’ex-premier ministre britannique avait menti à propos desdites armes de destruction massive, un humoriste anglais revient sur les circonstances qui ont mené l’ONU à voter le recours à la force et cautionner cette invasion de l’Irak.
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Dans In the loop, Armando Iannucci relate toute l’histoire de manière comique, en dépeignant le quotidien des assistants de cabinets ministériels, des assistantes, du petit personnel, à la solde des pantins installés au pouvoir et en suggérant que tout ce cirque a été orchestré par des idiots complets. C’est une description assez juste de la vie de bureau, avec ses rivalités, ses fayotages avec la hiérarchie, ses coucheries secrètes, ses alliances et mésalliances, ses tentatives de camoufler de petites bévues lourdes de conséquences, ses engueulades dantesques…
Le ton adopté, cynique et politiquement incorrect, ressemble un peu aux romans de Matt Beaumont, l’auteur du drôlissime « E-mail story » (1), qui reposaient sur la confrontation de personnages plus stupides les uns que les autres.
Au départ, il y a la gaffe de Simon Foster (Tom Hollander), le secrétaire d’Etat britannique au développement international, qui déclare aux média que « la guerre au Moyen-Orient est imprévisible ». Ceci lui vaut une belle réprimande de la part du directeur de la communication et de la stratégie, Malcolm Tucker (Peter Capaldi) – fortement inspiré par Alastair Campbell, et provoque une belle pagaille dans les coulisses du pouvoir des deux côtés de l’Atlantique.
Du fait de ses propos ambigus, le pauvre Foster se retrouve coincé entre deux camps qui essaient de le manipuler comme un vulgaire pion : les équipes de la sous-secrétaire d’Etat américaine Karen Clarke (Mimi Kennedy) et du général Miller (James Gandolfini) voient en lui le symbole des opposants à la guerre, tandis que son homologue Linton Barwick (David Rasche) l’utilise pour mobiliser ses troupes et engager au contraire le pays sur les sentiers de la guerre… Le gouvernement britannique, lui, cherche surtout à étouffer l’affaire tant que les négociations sur la stratégie à adopter ne sont pas officiellement dévoilées.
S’engage alors une course contre la montre pour obtenir le vote des membres de l’ONU en faveur ou en défaveur d’une intervention militaire au Moyen Orient et tous les coups sont permis…
A côté de cela, Foster, inquiet de son image, ne cherche qu’à rattraper ses bévues et redorer son blason, aidé par sa fidèle assistante Judy (Gina McKee) et par Toby (Chris Addison), son nouveau conseiller en communication, tout juste sorti de l’école. Mais chacune de leurs interventions tourne à la catastrophe et ne fait que complexifier les choses, précipitant le vote et obligeant pacifistes et va-t-en guerre à utiliser des procédés grossiers et des mensonges honteux pour parvenir à leurs fins… Une parodie de démocratie…
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Cette agitation est parfaitement retranscrite par un montage nerveux, une narration rythmée et une abondance de dialogues hilarants. Car, outre la charge politique féroce contre un système totalement à côté de la plaque, la grande force de ce film anglais pertinent sur le fond et impertinent sur la forme, c’est l’incroyable flot d’insultes et noms d’oiseaux que les personnages se déversent les uns sur les autres. Allez, quelques-unes pour le plaisir :
« Garde ce ton sarcastique et je t’enfoncerai tellement de coton dans la gorge qu’une queue de bunny girl te sortira du derrière… »

« - Quel est le problème, Mr Tucker ?
  
- Le problème, c’est que je devais vous rencontrer et qu’à la place je sors d’une réunion
    
avec un gamin de neuf ans !
   - Vous parlez d’AJ. AJ est un jeune homme brillant. Il a fait Stanton et Harvard. C’est l’un
    
de mes meilleurs assistants.
   - Eh bien, ses notes étaient écrites en pâtes-alphabet, et j’ai failli me prendre les pieds dans
    
son cordon ombilical en partant. (…) Apparemment, il est trop occupé par ses tétées et ses
    
power rangers pour faire le boulot correctement… »

« Votre « consentement » ? Où croyez-vous que vous êtes ? Dans un putain de drame en costume du XIXème siècle ? Vous êtes dans un bureau gouvernemental, pas dans un de ces putain de romans de cette putain de Jane Austen ! Alors permettez-moi de passez un joli petit chapeau sur votre « consentement » et de vous l’enfoncer bien profondément dans le fion avec une bite de cheval lubrifiée ! »
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A ce petit jeu, James Gandolfini s’avère plutôt convaincant, mais la palme revient à Peter Capaldi, irrésistible en chef tyranique qui maîtrise mieux que quiconque l’art de la répartie cinglante et de la pique humiliante. Cela donne envie de découvrir la mini-série anglaise qui a inspiré le film, « The thick of it » (2) où il incarnait déjà le même personnage.
Certains trouveront probablement le film trop bavard. Il ne peut que l’être puisque que l’intrigue ne repose que sur le dialogue, la négociation, la joute verbale. Mais la majorité des spectateurs apprécieront ce condensé d’humour british déclamé avec fougue par des acteurs survoltés et se laisseront entraîner par cette incroyable sarabande de mots. On peut d’ailleurs saluer le travail accompli par Harold Manning, qui a signé les sous-titres français du film. Une gageure que le traducteur a su relever brillamment en respectant le sens et l’essence du texte original.
Intelligent, corrosif et finalement, de l’aveu même de certains fonctionnaire et technocrates ayant vécu ces événements, assez proche de la réalité, In the loop est une excellente comédie satirique qui devrait, à défaut de provoquer la détente dans les relations internationales de certains pays du globe, contribuer à décrisper vos zygomatiques. A voir, donc…
Note : ÉtoileÉtoileÉtoileÉtoileÉtoile

(1) : « e-mail story » de Matt Beaumont – éd. Calmann-Lévy.
(2) : « The thick of it – season 1» d’Armando Iannucci – 3 x 60 mn – DVD Zone 2 – version anglaise uniquement – éd. 2 Entertain video

In the loop

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