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David lean, l'imagier prestgieux

Par Abarguillet

Portrait de David Lean. Collection Christophe L.   1908 - 1991

Consacré en 1957 par le triomphe mérité du Pont de la rivière Kwaï,  David Lean fut d'abord assistant -opérateur, puis monteur - c'est dire qu'il connaissait dans les moindres détails la technique cinématographique - avant de passer derrière la caméra et de devenir le metteur en scène prestigieux qui compte à son actif quelques-unes des oeuvres majeures du 7e Art. Son sens inné du visuel lui permet de traduire avec exactitude des atmosphères très diverses et de peindre avec une minutieuse exactitude les manies et les obsessions de ses personnages dont il saura choisir, pour les camper, des acteurs de premier plan. Doué d'un souffle impressionnant, il démontrera à des critiques, parfois agacés par son exubérance et son lyrisme, que l'art de l'imagerie n'a rien de péjoratif.
Dès 1945,  Brève rencontre  marquera une génération entière. Tourné dans une grisaille appropriée, ce film était en phase avec la mélancolie de l'immédiat après-guerre et marquait une rupture avec les comédies précédentes  Heureux mortels  et  L'esprit s'amuse  qu'il avait réalisées en collaboration d'écriture avec  Noël Coward. Dans un registre assez proche,  Chaussure à son pied  sera une savoureuse comédie boutiquière servie par la clarté du montage et la direction d'acteurs, traditionnelle mais ferme. Par la suite, deux adaptations de romans de Charles Dickens lui fourniront l'occasion d'affirmer son talent. Ce seront  Oliver Twist  ( 1947 ),  qui reste aujourd'hui encore la plus grande réussite du genre, fidèle en tous points à l'oeuvre littéraire et  " Les grandes espérances" ( 1946 )  qui bénéficie d'une interprétation exceptionnelle, dont celle de Jean Simmons.  Avec  Les amants passionnés,  Lean laisse apparaître son romantisme dans un déploiement lyrique qui force l'émotion. Il retrouvera cette veine, traversée d'une cruauté assez proche de celle d'Henry James, dans  Vacances à Venise  ( 1954 ),  où il joue du contraste entre une austère vieille fille ( Katharine Hepburn ) vivant un amour douloureux avec un séducteur sans scrupule dans une Venise opalescente.


 

Warner Bros. France
 
Collection Christophe L.
 
DAVID LEAN, L'IMAGIER PRESTGIEUX
 
DAVID LEAN, L'IMAGIER PRESTGIEUX


Le pont de la rivière Kwaï  ouvre une page nouvelle dans sa carrière. Dès lors le réalisateur, qui ne produira plus qu'une oeuvre tous les quatre ou cinq ans,  se consacre à donner une ampleur épique à l'histoire la plus simple ; ainsi  La fille de Ryan  sera d'abord un projet modeste avant de prendre les proportions d'une métaphore cosmique. En 1965,  Le docteur Jivago,  film qui touchera tous les publics par son universalité et le souffle qui l'anime, achèvera d'asseoir sa renommée planétaire. Tiré du roman de Boris Pasternak, interprété par un trio inoubliable formé par Omar Sharif, Julie Christie et Géraldine Chaplin et servi par la musique de Maurice Jarre, ce film illustre à merveille ce qu'un imagier méticuleux et inspiré peut produire en alliant tous les arts : ensemble ceux de l'écrivain, du peintre, du musicien et du comédien. Dans  Lawrence d'Arabie  (1962 ),  le parti pris de mettre au service d'une oeuvre sévère une illustration grandiose est parfaitement menée. Lean y confronte le mystère d'un héros obsédé par la grandeur à l'étendue énigmatique du désert, en ne perdant rien de sa sensibilité et de son humour dans la magnificence de l'imagerie.
Son dernier opus en 1984  La route des Indes  d'après le roman de E.M. Forster est à la fois sobre et exalté. La volonté d'opposer des personnages quelconques à un décor qui les dépasse y trouve sa justification dans les rouages complexes et subtils du récit. Ainsi, le cinéaste aura-t-il réussi à être à la fois populaire, audacieux, psychologue et homme de spectacle dans ce qu'il a de plus complet et de plus ambitieux. Un challenge conduit de main de maître.


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