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Série TV : "L'Homme de Nulle Part" ( 1995 )

Par Charlyh

 « Je m'appelle Thomas Veil. Ou du moins, c'est ce que je croyais. Je suis photographe. J'avais tout : une femme, Alyson, des amis, un métier passionnant. Et en l'espace d'un instant, on m'a tout pris. Tout ça à cause d'une photo. J'ai le négatif. Ils sont prêts à tout pour l'obtenir. Je tiens ce journal pour prouver que ces évènements sont réels. Je sais qu'ils le sont, ce n'est pas possible autrement... »
Ainsi débutait le générique de chaque épisode de l’excellente série paranoïaque et fugitive que je vous propose ce soir :

« NOWHERE MAN » ( 1995 )

Création de Lawrence Hertzog ( producteur qui nous a quitté en avril 2008 à l’âge de 56 ans ), déjà connu pour avoir produit et écrit des séries comme « Le Juge et le Pilote », « Nikita, La Femme » ou « Painkiller Jane », cette série, « L’Homme de Nulle Part » ( « Nowhere Man » en VO ), reste l’une des meilleures séries méconnues que l’on ait connu et que je suis content d’avoir découvert lors de sa rediffusion en 1998 ( ou 1999 si ma mémoire ne flanche pas ) sur Canal Jimmy – après une première diffusion dès avril 1997 sur Canal Plus.

Forte d’une seule et unique saison de vingt-cinq épisodes, heureusement complète dans son écriture et répondant à toutes les intrigues que la quête du protagoniste Thomas Veil a pu soulever, cette série américaine aura donc rempli les cases horaires du réseau américain UPN d’août 1995 à mai 1996, ave c une audience toute relative que la complexité éventuelle du scénario et son coté feuilletonnesque auront pu déstabiliser le téléspectateur lambda.
Car même si la télévision nous a déjà diffusé des séries paranoïaques, comme « Le Prisonnier » et son cultissime Numéro 6 ( Patrick McGoohan ) ou les aventures de protagonistes fugitifs comme les référentielles et cultes ( aussi ) « Le Fugitif » des sixties avec David Janssen et « L’Incroyable Hulk » des eighties avec le duo Bill Bixby et Lou Ferrigno interprétant les deux faces du même personnage, la fuite et chasse, à la fois, du photographe Thomas Veil pourra, il est vrai, en déstabiliser plus d’un.

Victime d’une conspiration occulte comme il le présente dans l’introduction narrative de la série, Thomas Veil n’en reste pas moins un élément perturbateur dans la machiavélique machination dans laquelle il est entrainé.
Parce que ce photographe célèbre a effectivement pris ce qui pourrait être le cliché de trop, comme mentionné dans l’introduction, l’exécution de quatre hommes par l’armée américaine en Amérique du Sud ( un cliché appelé Hidden Agenda ou L’Envers du Décor en français, que je vous présente en haut de l’article ) et que ce cliché fait partie de sa dernière exposition, Thomas Veil voit donc sa vie exploser !!
Ainsi, au soir de cette exposition, ce fumeur
( et si je le mentionne c’est car cela a de l’importance dans sa déchéance ) et son épouse s’en vont diner dans son restaurant favori. Mais alors qu’il prétexte aller se laver les mains pour s’en griller une, en fait, sa vie bascule, donc, puisqu’en ressortant des toilettes ce n’est plus sa femme ni même lui qui son a leur table habituel et pire le personnel de l’établissement prétend ne pas le reconnaître. Vous voyez que fumer n’est pas bon.
Imaginant d’abord une mauvaise blague de la part de son épouse ou d’un ami ( qu’il retrouvera mort plus tard dans le pilot ), Thomas Veil décide de rentrer chez lui… où sa vie va devenir encore plus horrible : son épouse lui ouvrant effectivement la porte de cette maison - que ses clefs ne parviennent plus à ouvrir - mais accompagnée d’un autre homme, son mari !! Le couple appelant la police pour faire fuir cet individu dangereux et dérangé.
Dés lors poursuivi par la police, Thomas Veil va tenter de découvrir ce qu’il se passe en fait.
Découvrant que si sa vie a été effacée c’est à cause ou pour ce cliché ( L’Envers du Décor ) mais surtout par une organisation occulte, appelée L’Organisation tout simplement, dont il va essayer de remonter la trace… pour découvrir la vérité, démanteler le réseau mais aussi et surtout récupérer sa vie d’avant : ayant, oui, perdu sa femme, sa maison, son travail, mais aussi sa mère, ses cartes de crédits et papiers d’identités n’existant plus pour l’administration américaine, sa vie ayant été éradiquée tout bonnement.
Tentant d’échapper à ses hommes qui le poursuivent et tiennent absolument à le capturer même si pour cela il leur faut le maltraiter, Thomas ne restera pas toujours une simple victime, multipliant les petits boulots au fil de ces villes que son enquête lui fait traverser ou des identités qu’il usurpera à son tour, se rapprochant petit à petit du cœur de l’Organisation
jusqu’à découvrir l’incroyable et effroyable vérité dans ce dernier épisode « Gemini », dont le titre pourrait hélas être un spoiler.

Car si cette série, vous l’avez compris et remarqué, fait irrémédiablement penser au « Prisonnier » où un agent secret voit sa vie lui être volée et lui-même enfermé dans un bien étrange et inquiétant village sous la surveillance de Big Brother le jour il décide de quitter son poste ( l’allusion étant poussée jusqu’à enfermer Thomas Veil dans un village composé d’autres personnes ayant vus leur vie éradiquée, pour son bien, dans le cinquième épisode « Les Portes du Paradis » ou à travers l’anecdotique plaque d’identification militaire numéro six du soldat dont il usurpe l’identité dans le quatorzième épisode « Embarquement pour l’Enfer » ), « L’Homme de Nulle Part » use aussi des codes narratifs de la fuite d’un homme changeant à chaque épisode de travail pour survivre et multipliant les rencontres fortuites ou qui l’aideront dans son enquête – comme dans ces séries qui vous l’aurez compris ont bercé ma jeunesse télévisée : « Le Fugitif » dans ses deux interprétations, « L’Incroyable Hulk » ou cette « Malédiction du Loup-Garou », bien sûr.
Mais l’œuvre de Lawrence Hertzog, brillamment écrite également par Joel Surnow ( qui en ayant commencé sur « Equalizer », « Miami Vice » de Michael Mann, « Falcon Crest » est aujourd’hui le créateur de « 24 Heures Chrono » ), Art Monterastelli ( dont on a déjà mentionné dans les pages de ce blog le travail sur « Total Recall 2070 » ) et David Ehrman ( qui a déjà travaillé avec Hertzog sur « Nikita » mais aussi sur le remake du « Fugitif » ), sait se démarquer de ses références en créant sa propre mythologie manipulatrice, car oui il est bel et bien question de manipulation mentale et autres dans cette série. Un documentaire américain allant jusqu’à enquêter plus loin que la série en se posant la question « Nowhere Man : Fact or Fiction ? » en réponse expérimentations de contrôle mentale de la CIA.
La manipulation se distillant à travers le scénario ( Tom étant interné dès le pilot par le Dr Bellamy pour lui faire cracher le morceau, avant d’enquêter dans d’autres institutions psychiatriques et autres cliniques d’expérimentations sur un jeunesse élitiste, tout en découvrant sa vie transposée en série télévisée, cette mise en abyme pouvant laisser le téléspectateur se poser la question sur ce qui est vrai ou faux aussi, etc, etc ) et autres contrats que certains anciens éradiqués s’en vont proposer à notre héros pour faire avancer son enquête ( dans le treizième épisode « Le Dissident » ) tout comme le mensonge et la trahison ne sont jamais loin : l’arrivée dans le village précédemment cité ne résultant en fait que d’un piège tendu par ces éradiqués ( Tom étant enlevé après être intervenu pour soigner une petite fille tombée de son vélo ou qui sera tombée exprès ) ou Karin ( dans le quatrième épisode « La Rencontre » ), cette femme dont il va s’éprendre, se révélant n’être qu’une création de l’Organisation !!
Encore plus que dans « X-Files », il ne faut absolument faire confiance à personne et le téléspectateur ne pas prendre pour argent comptant tout ce qu’il va pouvoir découvrir dans l’épisode, du moins jusqu’au générique de fin voire l’épisode final.

« Le Prisonnier », « Le Fugitif », « X-Files » ou même les écrits du pape de la paranoïa littéraire Philip K. Dick ( « TOTAL RECALL » pouvant être inclus dans les références sous-entendues de cette série ) ne sont pas de mauvaises bases il me semble pour écrire et décrire cette série.
Le travail de qualité des réalisateurs n’ayant fait qu’accroitre chez moi mon addiction télévisée pour les mésaventures de Thomas Veil.
Le créateur de « MASSACRE A LA TRONCONNEUSE », Tobe Hooper, ayant eu la charge d’en réaliser les deux premiers épisodes ( le pilot de 65 minutes et le second, « Ellen », qui donnera aux autres épisodes leur format de près de 44 minutes ) quand Thomas J. Wright ( dont j’ai déjà parlé du travail sur des séries comme « Space 2063 », « Millennium » ou « Les Experts » et « NCIS » ), James Whitmore Jr. ( réalisateur de séries comme « 21 Jumpstreet », « Un Flic dans la Mafia », « Code Quantum » ou « Le Caméléon » et les deux déclinaisons de « NCIS » ) ou Michael Levine ( qui des « Nouvelles Aventures de Zorro » en 1990 en passant par « Forever Knight », série vampirique sur laquelle je pourrais revenir, finira dans l’univers récréatif et mythologique de Sam Raimi : « Hercule » et « Xena » ) seront des artisans de la construction visuelle de la plongée dans la quête d’identité de Thomas Veil.
Thomas Veil étant incarné par l’acteur canadien Bruce Greenwood, que personnellement j’aurais découvert dans cette série.
Après des débuts comme gardien de cellule maltraitant le vétéran John Rambo dans le premier film du nom en 1982, il aura été ironique et drôle de retrouver celui qui affronte une conspiration prônant la manipulation mentale dans le rôle du Dr. Edgar Caldicott dans le film « COMPORTEMENTS TROUBLANTS » en 1998. L’acteur pouvant vous dire quelque chose dans des films comme « I, ROBOT » en 2004, « DEJA VU » en 2006 et plus récemment le « STAR TREK » de J.J. Abrams.
Parmi les guests venant épauler l’interprétation admirable de Bruce Greenwood on pourra noter les participations de Dean Stockwell ( qui si ses débuts dans le film « THE BOY WITH GREEN HAIR » en 1948 ne vous dira rien sauf si vous avez assisté aux mêmes cours d’anglais que moi, vous vous en souviendrez beaucoup plus comme Al l’hologramme protecteur dans « Code Quantum » en 1989 ou membre théologien des Cylons nouvelle formule de l’excellente « BattleStar Galactica » ) en éradiqué venant en aide à Tom dans le neuvième épisode « L’Ange Gardien », Dean Jones, lui, se faisant passer pour le père de notre héros ( dans le dixième épisode « Mon Père » ) après avoir été amoureux de la plus célèbre des « COCCINELLE » dans les années soixante, ou l’inénarrable Looping de « L’Agence Tout Risque » Dwight Schultz ( trop rarement vu dans diverses séries de la saga « Star Trek » mais très actif dans les voix de dessins animés ) étant de l’épisode charnière de la mythologie, « L’Envers du Décor », le dix-huitième épisode faisant se cesser l’errance de Tom pour une confrontation finale avec l’Organisation, dont il se rapproche trop pour jouir encore de sa liberté.
A noter la prophétique ( ? ) participation dans l’épisode de réalité virtuel, « La Rencontre », de l’actrice canadienne Carrie-Ann Moss, qui après cette série et la série « Models Inc. » ne brillera dans le firmament du geek addict et fan que le temps de la trilogie surestimée « MATRI X ».
L’épouse de Tom, Alyson Veil, ayant été aussi l’épouse télévisée d’un autre héros en quête de vérité, Frank Black, dans « Millennium » : l’actrice Megan Gallagher ayant été des deux séries avant de se perdre dans la figuration à travers d’autres ( « Les Experts », « 24 Heures Chrono » ).


Avec une telle équipe artistique ( scénaristes créateurs, réalisateurs et casting auquel on ajoutera la partition musicale de l’excellent Mark Snow, célébré sur « X-Files » et toutes les séries de Chris Carter mais aussi le film « COMPORTEMENTS TROUBLANTS » ) et en faisant le choix de n’exploiter la série que sur une seule et unique saison, a contrario de la boursouflure scénaristique qu’est devenue la série qui aurait pu être exceptionnel « Prison Break » si elle n’avait pas dépassé la première voire seconde saison, cet « Homme de Nulle Part » ne fera pas partie des séries hélas écourtée trop vite ( « John Doe » ou « Le Caméléon » par exemple ) mais dont la durée trop courte sur la saison n’incitera guère les chaines à la rediffuser encore, le téléspectateur lambda préférant revoir à outrance les mêmes épisodes de ces procedurials entrecoupés de temps de publicités pour des sodas tous les trois ou six mois que risquer de prendre un choc télévisuel duquel il risque de ne pas voir ressortir la critique d’une manipulation constante et insidieuse des mentalités et des autres.

Car si toute vérité n’est pas bonne à dire pour reprendre un hebdomadaire se prétendant journalistique pour les frustrés des poitrines dénudées, elle l’est encore moins à montrer ( en référence au cliché L’Envers du Décor ) voire dévoiler ( et là je songe au twist final de la série : une des claques scénaristique et télévisuelle qui aura marqué le sérievore que je suis ) et comme le clamait Chris Carter : « Trust No One » !!

Vous pouvez maintenant éteindre votre télévision et ne faire confiance à personne…
La fiche IMDB ( en anglais ) de la série
Un excellent lien ( en français ) vers une fiche de la série

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