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Darroze-Estèbe: 10-0

Par Estebe

Coucou, les téléphonistes avisés

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C’est l’histoire d’un über provincial (quasi suisse, même) qui monte à Paname pour les fêtes. Et qui aimerait bien offrir à sa petite famille un gueuleton de rêve ans dans un resto dont on cause.
L’histoire d’un plouc affamé, en somme.

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Premier essai, quinze jours avant le départ.
Driling driling…
Musique d’ascenseur, qui chante Darroze, Darroze, Darroze. Voix féminine enjouée, façon aéroport: «Restaurant Hélène Darroze, Relais et Château, bonjour» Même chose avec l’accent english. «Ristorainte Hélène Darroze, Relais and Château, hello.» Pause musicale. «Pour le menu en français, tapez 1; for the meniou in ingliche, press tou
Le menu? On voudrait commencer par réserver une table avant de lire le menu. On réfléchit à tout ça, un petit moment. La zizique chantonne. Puis le silence se fait. On pige enfin. On tape sur 1.
La zizique redémarre. «Pour faire une réservation, tapez sur 1»
Ouf, nous y voilà. On tape sur 1, ravi.
La voix enjouée nous avertit en substance que personne n’étant disponible pour le moment, il faut poireauter ou rappeler plus tard. A la St Glinglin, par exemple. Il y a aussi la possibilité de taper sur 0 pour parler à un être humain. Paf, sur le zéro. On attend dix sonneries. Voire plus. On se dit que ça commence à plomber la note. On raccroche, vaguement agacé.
Fin du premier coup de fil.
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Deuxième essai, le lendemain, en début de soirée.
Darroze, Darroze, Darroze, hulule le chœur des vierges dans l’écouteur.
Ha, ha, on connaît le disque par coeur: toc sur le 1.
«Pour une réservation…» Hi, hi, on toque derechef sur le 1.
La nana-robot nous explique patiemment qu’il n’y a toujours par un chat pour nous causer. Mais ce coup-ci, on peut laisser un message. On se racle la gorge; on attend le bip; et on se lance d’un gosier ému.
«Je souhaiterais une table pour 5 personnes le 26 décembre à midi, au nom d’Estèbe.» On ajoute au moins trois numéros de téléphone. On dit au revoir, très poliment. Et on attend un signal sonore indiquant que la bafouille est enregistrée. Silence intersidéral à l’autre bout du fil. Très long, le silence. Très anxiogène, le silence. Le compteur tourne. On raccroche, vaguement agacé.
Fin du deuxième coup de fil.
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Troisième essai, le sur-lendemain, vers 17 h 30.
On vous passe les manœuvres apéritives. Pour en arriver direct au message. «Cinq personnes. Le 26 à midi. Oui, au nom d’Estèbe, ESTEBE, E comme Escroquerie, S comme Stupidité, T comme Téléphonie inhumaine, E comme Entourloupe technologique, B comme Bécasse d’opératrice, etc.» Nouveau silence dans les limbes parisiennes. On raccroche, vaguement agacé.
Fin du troisième coup de fil
Quatrième essai, une semaine plus tard, en pleine aprème.
Ce coup-ci, après le rituel manège numérique, une voix vivante nous répond. Incroyable. C’est une dame, un rien corsetée dans son tailleur. Mais bon. On réitère notre demande, d’un ton badin, en brossant au préalable un rapide résumé de nos mésaventures téléphoniques passées. Pour la distraire. L’interlocutrice, pas attendrie pour un sou, tranche aussitôt. «Mais nous sommes fermés le 26 décembre (sous-entendu, mon pauvre monsieur). Au revoir.»
Comme si c’était là une évidence cosmique. On est peu de chose, nous autres indigènes extra-frontaliers.
Comme quoi, dans les restos étoilés, la douloureuse commence avec la note de téléphone.
Bien mes respects chez vous


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