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Anthologie permanente : Bernard Hreglich

Par Florence Trocmé

ÉPURE, FRAGMENT

On laisse dans l’écriture venir fleuves et chimères
Et bientôt des formes oblongues ne se nommant pas ;
On perçoit dans la parole des sonorités arbitraires qui persécutent
Le sens, qui durcissent le régime d’une langue inaccessible
À l’espèce la plus commune dont on trouble les desseins
Par corruption des cadences et glissements sémantiques
Jusqu’au jour où le plus simple est de parler avec ses mains.
Le mot trahit son statut, la séquence inimitable
Parvient à se dérouler loin des cibles originelles
Et l’incohérence gagne les sons fragiles qui segmentent
Un discours désarticulé si le code ne s’alimente
Que de scories et fragments. Certains pensent du fragment
Pis que pendre, d’autres veulent en cultiver la substance,
Niant le rôle de l’épure. Autrement dit la rigueur de l’édifice.
On ne visite pas le verbe sans garder par vigilance
Ce masque neutre qui nous épargne les sarcasmes du tout-venant
Et pour éviter l’image circulaire, corrompue par la durée
On installe dans l’azur ou dans la noirceur des abysses
Une syntaxe personnelle aux circuits libres d’abstraire
Le mot comme pure énigme ou d’en exalter la sève.
ISOLÉ DANS L’INNOVATION

Je sais que tu vas mourir entre l’aube et la rivière
Dans un bleu confidentiel, sans abandonner ton masque,
Sans écouter les abstractions venues noyer la métaphore
Par un simple sacrifice entre deux passions extrêmes.
Rien de bien considérable, une épave que l’on coule
Laissant dans l’indécision, l’étonnement et le malaise
Ceux qui ont tourné le dos aux prodiges de la nuit
Et n’articulent ton nom qu’avec infiniment de peine.
Il me reviendra de croire
À ces phrases bienfaisantes qui éloignent les sarcasmes,
La multitude des sens, des non-sens, des symboles en apostille
Et ce charroi d’épisodes exprimant les tumeurs verbales
Lorsque brillent et s’illuminent dans l’ombre des abbatiales
Les autels électroniques, les tambours contemporains.
Je serai peut-être seul, peut-être cerné d’aubépines
Et de ces rubans fertiles, noués afin de contraindre la vie
À fournir un récital qui ne soit pas de fortune,
De perversions des échanges sous un ciel de cristaux liquides.
Tel est mon rôle d’en prendre note et de vouer aux gémonies
La rigueur d’un réveil hostile dans la cruauté des os.
Bernard Hreglich, Un ciel élémentaire, Gallimard, 1994, pp. 40 et 99

Contribution de Jean-Pascal Dubost


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