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Top Ten des meilleurs albums en 2009

Publié le 04 janvier 2010 par Bertrand Gillet
Entre chaud et froid, bons coups et coups d’éclat :
Une année pas si zéro que cela.
Top Ten des meilleurs albums en 200909, année hétéroclite. Mollassonne. Comme une bandaison sans conviction face à la platitude des contenus offerts par les mass médias. Et malgré les jappements enjoués et hystériques de la presse à l’égard de formations plus que moyennes, The XX pour ne pas les citer, il aura fallu se confronter à une année de création musicale, l’écouter avec patiente et discernement, percevoir dans la multitude sonore les progressions harmoniques, distinguer les étoiles montantes et les galaxies pandémiques de la noire nullité ambiante. Pour arriver à une sélection juste et digne mais néanmoins nourrie aux partis-pris, j’ai décidé d’opter cette année pour une thématique Face A/Face B. Une première face pour les classiques, les œuvres fondamentales. Une deuxième habituellement réservée aux seconds couteaux, moins définitifs, mais à maintes raisons tout aussi séduisants. Là encore la notion de Top Ten se veut aussi flexible qu’un libéralisme sitôt endormi se réveillant avec vigueur. Onze albums retenus, deux premiers ex-æquo. Décidément, les années se suivent et ne se ressemblent pas. Tel est le rock : encore prompt à nous surprendre après quarante années d’existence tumultueuse. Cette année, la surprise est venue de Liverpool avec un tout jeune groupe qui vient d’aligner en douze moins pas moins de sept classiques inusables d’inventivité et de modernité. Il s’agit bien entendu de A Hard Day’s Night, Help, Rubber Soul, Revolver, Sgt. Pepper’s Lonely Heart Club Band, The Beatles et Abbey Road que l’on doit aux Fab Fours. Sept classiques parmi une discographie riche de treize précieuses galettes remasterisées, quelle ironie de constater à quel point les Beatles peuvent être, trente six ans après, toujours aussi frais. Cocasse d’imaginer que nous aurions pu leur consacrer la primeur de ce classement. Chose possible et même envisageable mais nous n’allons pas jouer les vieux réacs éclairés à la légendaire faconde. Après avoir dominé leur propre décennie, l’emprise des Beatles sur notre époque prouve au moins une chose : après tant d’années de révolution musicale, pop, punk, rap, indie, électro, le rock n’ose plus se réinventer. Aussi préfère t-il rejouer chacun de ses actes sans flamboyance, mais avec un réel respect pour les codes édictés.
Face A… Eux, les premiers, les meilleurs.
Au fond, il existe deux critères permettant de juger une œuvre comme profondément et durablement originale : a) Sa capacité à s’affranchir de ses modèles car tout artiste né dans l’admiration de ses ainés ; b) Son étonnante aptitude à écrire de vraies chansons, cet art éminemment pop, des morceaux que l’on écoute, que l’on réécoute, qui nous accompagnent, que l’on siffle dans le silence de nos destins personnels et dans la platitude de notre réalité contemporaine, dominée par le buzz, les médias et leurs slogans abrutissants. Les trois premiers groupes en tête de ce classement peuvent prétendre à ces qualités qui les distinguent de la masse. En première position, Grizzly Bear avec Veckatimest et Sourya avec Dawdlewalk puis, tout juste derrière, Local Natives avec Gorilla Manor. Des œuvres significatives gravées par trois formations survolant leurs confrères malgré tout présents dans ce panthéon. Grizzly Bear en est à sa troisième livraison, la plus forte, la plus pure et resserrée. Veckatimest est à n’en point douter un grand, un immense disque. Peu s’y sont trompés : il figure en tête de la majeure partie des best of de la presse rock française. Dawdlewalk est le premier effort de Sourya qui fascine par son insolente facilité à enfiler les tubes et les titres ambitieux. Clore la décennie de cette façon me fait dire qu’ils en écriront forcément la suite et de quelle manière : avec vitalité et éclat. Les cinq albums qui suivent n’en demeurent pas moins passionnants. Local Natives nous vient de Los Angeles et Gorilla Manor, leur premier album sorti fin novembre en Angleterre, détail assez insolite, devrait inaugurer fièrement l’année 2010. Nantie de douze titres dont dix totalement parfaits, cette tentative est plus que concluante : on en ressort ébloui avec cette fâcheuse tendance à murmurer crétinement des mélodies faites pour cela. Tel est l’enseignement de la pop, l’évidence d’une chanson qui a su s’imposer. Troisième position. Les Flaming Lips. Ils n’en sont pas à leur galop d’essai, défrichant le rock depuis vingt ans. Avec Embryonic, ils méritent cette quatrième place. Un double album expérimental, roboratif qui aura raison de vous. Jeté à terre par tant d’audaces, vous n’oserez jamais le balancer dans la poubelle virtuelle de votre Mac Book. A la quatrième place, Dark Was The Night, une compilation. Choix me direz-vous risqué. Il n’en est rien puisque les frères Dessner ont réuni les plus grands noms de la scène Indé américaine. Je ne reviendrai pas sur l’excellence du contenu, ayant déjà glosé récemment sur ce disque. Je vous inviterai donc à renouveler la confiance que vous avez placé en moi en vous procurant l’objet, au demeurant fort beau, et en ne vous disant qu’une seule chose : un best of qui propose deux morceaux de Sufjan Stevens dont un de plus de dix minutes ne doit pas être foncièrement mauvais. Passons à l’album suivant : May Day. Deux mots qui n’ont rien d’un appel au secours pour Peter von Poehl, jeune homme fin, délicieux et talentueux. Avec une amabilité et une réserve admirables, ce jeune musicien suédois continue son petit bonhomme de chemin en laissant derrière lui, tel un petit poucet pop, des chansons pour nous aiguiller. Sa dernière livraison en déborde et la grâce ineffable qui les caractérise marque plus que jamais l’auditeur chanceux qui a délibérément tendu l’oreille à son passage. Basse ronronnante, batterie mate et guitares savantes, acoustiques ou électriques, constituent l’indispensable écrin à ces mélodies merveilleusement ouvragées. Dans la lignée des troubadours solitaires qui composent dans le silence de leur retraite quelque précieux album, vous trouverez Any Version Of Me. Ce jeune parisien travailleur a privilégié, faute de moyens conséquents, le modèle digital pour sortir ses productions. Home Alone est la deuxième qui marche dans les pas des songwriters américains. Magnifique de bout en bout, cet album mériterait les honneurs de la critique (officielle). Voilà pourquoi il prend ici tout naturellement sa place.
Face B : les autres, mais autrement intéressants.
Les B-sides sont souvent réservées aux seconds couteaux. C’est une des nombreuses vérités du rock. Parmi elles, se sont souvent glissées des perles arrivant à tutoyer le Roi Single. Ici, les perles sont des albums entiers. Entrons dans le gras du sujet. Afin de céder avec une vanité à peine feinte aux sirènes chatoyantes de la hype la plus stupidement roublarde, il convient de décerner plusieurs palmes à la scène de Brooklyn. Prenons The Pains of Being Pure At Heart et son album éponyme. Eponyme et pour cause : avec un nom à rallonge, cela aurait relevé du narcissisme bouffi que d’y ajouter un titre comme The Mystic Astrologic Life Of A Free Troubadour From Williamsburg. Mais à y regarder de plus près, on trouvera dans leur patronyme quelque explication sur leurs orientations musicales : Pains illustrant ce shoegazing âpre et rugueux et Pure justifiant pour sa part un amour immodéré pour les mélodies pop sucrées. Ce sont nos années lycées que nous retrouvons là, enfin, dans un style très ricain avec poules blondinettes aux balcons généreusement pourvus et nerds transi d’amour et de sexualité visqueuse. Juste derrière, déboule Crystal Stilts. A l’écoute de leur musique, noir et narcotique, on se sent le désir de se glisser dans un Cheap Monday brut se finissant comme un jeune puceau à mèche sur une paire de boots effilées comme des crans d’arrêts, de visser à son visage des lunettes de soleil velvetiennes et d’aller roder dans les bas-fonds suintant de New York en proie à une faim vampirique de drogues en tout genre, ces furieuses piqûres dont parlait Ginsberg dans Howl. Un brin putassier, parce que génialement revival, ce premier opus envoie grave et nous balance direct dans ces zones sombres, ces faubourgs inquiétants sans faire de quartier. Les tambourins faméliques sont notre point de repère pour ne jamais sombrer dans cette catalepsie sinueuse, ce coma arythmique. Comme un soleil après les ténèbres arrivent les Fiery Furnaces. Avec classe et brio, Matthew et Eleanor Friedberger pondent une fois de plus l’une de ces bizarreries incongrues dont ils ont le secret. I’m Going Away s’en va, il est vrai, mais dans un univers moins touffu, moins expérimental que les précédentes productions. Résolument rock, l’album n’en propose pas moins douze magnifiques morceaux avec couplets et refrains, hé oui messieurs, c’est chouette, en place, simple, honnête et très honnêtement jouissif. Jetez une oreille à Drive To Dallas, chanson à la Sinatra interrompue par un solo de guitare à la Satriani, en songeant au reste, forcément à l’avenant. Définitivement cool. Hippies horribles et malgré tout potes de MGMT, les membres de la tribu Amazing Baby viennent de sortir leur premier album, Rewild. Pas franchement Amazing, il n’en est pas moins digne d’intérêt. Dans sa track list, vous aurez le plaisir de redécouvrir toute la panoplie des effets truffant les productions psyché des années 60s : fuzz, phasing, percussions impressionnistes, claviers prédominants et chœurs nimbés. A un petit détail près. Des mecs chantant « We write songs for fun, we are the living sun » ne peuvent pas être fondamentalement mauvais. A écouter avec attention donc. Enfin pour clore cette face B, le cas d’école de The Horrors. Voilà des anglais, longues tiges gothiques, qui sont passés du statut de petits copieurs des années garage à celui, plus prestigieux, de grands imitateurs de la guilde de la cold wave. Leur deuxième opus, Primary Colours, abonde dans ce sens avec ses nappes de claviers ascendantes et ses guitares tranchantes. Plus significatif encore, le groupe s’attache sur chaque titre à proposer une ébauche d’esquisse de bout de chanson mais a surtout le bon goût de sortir un seul single pour promouvoir l’album, Sea Within A Sea, long de 8 minutes. Et cela vaut bien tout l’or mélodique du monde.
Epilogue en forme de remise à plat. 
« Top Ten !!!! Il n’aurait pas tendance à se foutre de notre gueule, Arbane » me direz-vous. Car à l’arrivée, ils sont onze à se presser dans la file traditionnellement compacte des Top quelque chose. Ok, cela rentre aux forceps, mais le résultat est là. Et ne bougera plus. Pour une remise en cause fondamentale du rock et de son programme, vous attendrez la prochaine moisson. Dans douze petits mois.
Rappel du classement 2009 :
1/ Grizzly Bear, Veckatimest & Sourya, Dawdlewalk
2/ Local Natives, Gorilla Manor.
3/ Flaming Lips, Embryonic
4/ Various Artists-Dark Was The Night
5/ Peter von Poehl, May Day
6/ Any Version Of Me, Home Alone
7/ The Pains of Being Pure At Heart, s/t
8/ Crystal Stilts, Alight Of Night
9/ Fiery Furnaces, I’m Going Away
10/ Amazing Baby, Rewild
11/ The Horrors, Primary Colours

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