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L'Ostalgie: stigmate de l'allemagne de l'est

Publié le 05 janvier 2010 par Xylophon

9 novembre 89-9 nov 2009, l'Allemagne fête die Wende-le tournant de son histoire-et la chute de cette cicatrice en béton qui a divisé longtemps une ville et construit une vision d'un monde antagoniste. Au delà des discours ampoulés des différents chefs d'État, de ce lyrisme mal inspiré notamment pendant le discours de N.Sarkozy, au delà de la joie des allemands et particulièrement des Berlinois, la réunification reste encore un objet en construction.

En réalité, le rapprochement entre l'Allemagne de l'est et l'Allemagne de l'ouest au delà de ce "bonheur national des retrouvailles" est le produit "d'un processus souvent inégal, marqué par la bonne volonté et l'enthousiasme mais aussi par des malentendus et des ressentiments". Il y avait donc chez moi lundi soir comme un malaise, en regardant Sarkozy puis Gordon Brown, crier victoire. Quand on connait un peu l'histoire de l'Allemagne et de réunification, il est difficile d'être si catégorique. Bien sûr, la Stasi n'existe plus, bien sur les magasins ont gagné en achalandage, mais il reste dans les esprits et dans la vie quotidienne des deux cotés de cette Allemagne, des murs qui subsistent.

Quand on visite Berlin, les stigmates d'un passé différent entre Allemagne de l'est et de l'ouest sont encore prégnants. Il suffit pour s'en convaincre d'aller sur Alexander Platz ou de longer la Karl Marx Allee.
http://lexilousarko.blog.fr/2007/05/15/retour_d_exil~2277249/

Mais ce dualisme ne s'exprime pas seulement dans l'urbanisme, il est présent dans les pratiques des allemands de l'est qui restent-et cela malgré la réunification-attachés à leur identité est-allemande. En témoigne la Jugendweihe. A l'image de la confirmation pour les protestants, ce rite de passage était en allemagne de l'est sous le régime communiste quasi-obligatoire pour les adolescents de 14 ans. Avec la chute du régime communiste, on aurait pu croire que la Jugendweihe disparaisse, il n'en fut rien. Au contraire, elle connait même un certain succès et même si cette pratique n'est pas restée conforme à celle existante sous la Deutsche Demokratische Republik, elle révèle en réaction à une unification qui ne s'est faite que dans un seul sens, une revendication d'une spécificité culturelle Est-Allemande.

Stigmates encore d'un passé qu'on a voulu effacer, la résurgence en politique de l'idéologie communiste. Dès 1994, la montée en puissance du Parti du Socialisme Démocratique (PDS), parti issu directement du Parti Sociale Unifié d'Allemagne paraissait plus qu'étonnante. La présence de ce nouvel acteur politique seulement 5 ans après la chute du mur avait quelque chose d'inattendu. En octobre 1994, le PDS obtient 4 mandats directs (tous à Berlin Est, ce qui lui permit d'être représenté au parlement par 30 députés. Certes aujourd'hui,le PDS s'est transformé en Die Linke, mais sa présence dans la paysage politique allemand permet de comprendre combien les allemands de l'est ont été marqués par une histoire qu'ils ne peuvent pas effacer en un seul jour.

Pour comprendre, la résurgence de ces stigmates, il faut revenir à l'histoire de la réunification de l'allemagne. Celle-ci s'est faite dans un seul sens. Les élites Ouest allemandes ont été transférées rapidement à l'est. L'unification s'est donc faite au dépend de la culture et d'une identité est-allemande qui a été niée.

L'Ostalgie est une réaction contre cette unification, qui sans nier l'apport positif de la chute du mur en matière de liberté des personnes et des biens, questionne un système qui n'offre plus certaines garanties. Derrière cette Ostalgie se cache la réalité sociale d'un pays. En Allemagne de l'est, les chômeurs sont deux fois plus nombreux, les pauvres beaucoup plus présents que dans le Bade-Wurtenberg.

Derrière les beaux discours, derrière les feux d'artifice, et la porte de Brandebourg, il reste encore des déçus de l'unification de part et d'autre. Mais « ces pionniers de la démocratie » sont sur un long chemin.

Après Die Wende, l'apprentissage des différences de l'autre, l'Allemagne est sur la bonne route. Il faudra donc encore du temps à cette jeune démocratie, n'en déplaise à nos hommes politiques, qui aiment les figures héroïques et les symboles médiatiques, pour dépasser ses différents propres à une histoire commune qui aujourd'hui les réunit.

Pour aller plus loin:
http://www.lemonde.fr/europe/article/2009/11/11/berlin-capitale-inachevee_1265728_3214.html
http://www.monde-diplomatique.fr/2004/08/LINDEN/11494
http://www.cairn.info/resume.php?ID_REVUE=RFSP&ID;_NUMPUBLIE=RFSP_533&ID;_ARTICLE=RFSP_533_0383#

les pionniers de la démocratie

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