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Stockhausen et les débuts de Can

Publié le 11 janvier 2010 par Kfigaro
Stockhausen et les débuts de CanCe qui est frappant en réécoutant les premiers disques de Can, c'est de constater non seulement à quel point Siouxsie and the banshees leur sont redevables - il suffit simplement d'écouter les riffs de basse dans les aigus de Holger Czukay sur Mother sky pour s'en convaincre - mais également leur étonnante faculté de transcender leurs rares influences d'alors (Hendrix, le Velvet, la musique ethnique et les Mothers essentiellement). En passant d'ailleurs en revue les éditions européennes du Velvet Underground, je me suis rendu compte que l'Allemagne était bien mieux lotie que l'hexagone puisqu'on trouve des éditions allemandes du fameux album à la banane dès 1967 alors que chez nous, les férus de rock ont dû attendre le début des années 70 avant de pouvoir l'écouter. En tout cas, un titre comme Father cannot yell est fatalement très marqué par European Son (le dernier morceau du premier opus du Velvet). Seulement, tout comme Siouxsie n'a jamais réellement plagié servilement ses modèles, Can se sert de cette influence comme d'un tremplin pour se catapulter à des années lumières du groupe de Lou Reed.
Comment continuer à dénigrer les vertus du métissage culturel quand on connaît les parcours respectifs de Irmin Schmidt, Holger Czukay, Michael Karoli et Jaki Liebezeit ? Schmidt était un chef d'orchestre classique bardé de prix de conservatoire et connaissait très bien la musique ethnique, Holger Czukay avait également un cursus classique et tout deux ont suivi l'enseignement de Karlheinz Stockhausen, seul le jeune Michael Karoli possédait une culture "rock". Quant à Jaki Liebezeit, il venait du jazz et avait même jadis accompagné Chet Baker. Il en avait assez des tempi déstructurés du freejazz et la légende (rapportée par Cope) raconte que son jeu tribal venait du fait qu'un auditeur lui avait conseillé de jouer de façon plus "monotone". Ils fondent tout d'abord le groupe Inner Space et enregistrent plusieurs disques particulièrement obscurs (dont Prehistoric Future June 1968 et le single Agilok & Blubbo) ayant entre temps rencontré le sculpteur et chanteur afro-américain Malcolm Mooney. Après un second 45T I'm Hiding My Nightingale (en réalité la BO d'un film porno), le combo enregistre son ébouriffant premier album officiel Monster Movie de 1968 à 1969 sous le nom de The Can. Bien des années plus tard, sortira en outre l'excellent LP Delay 1968 regroupant sept pistes enregistrées un peu après et avant Monster Movie.
Tout ayant déjà été dit chez Gutsofdarkness ou Xsilence sur les débuts de Can , j'insisterai simplement sur le rôle de Stockhausen, non seulement sur le plan musical mais également sur le plan idéologique. Lorsque le musicien a enseigné en Californie, Cope raconte qu'il avait beaucoup apprécié la scène psychédélique de la côte ouest (deux membres du Grateful Dead ont notamment fait partie de ses élèves). Stockhausen avait également encouragé Schmidt et Czukay à monter leur projet de groupe rock et n'avait pas hésité à jouer de ses relations pour pouvoir régulariser le chanteur Damo Suzuki (qui faisait alors la manche dans la rue afin de se payer le voyage en avion vers son pays natal). Cela dit, wikipedia rapporte que Simon Stockhausen considére que son père avait également une conception plus "adornienne" de la musique pop même s'il n'en parlait jamais. Mais est-ce que l'hypnotique et inclassable Yoo Doo Right ou la splendide Mary, Mary so contrary (qui a tellement marqué les pistes les plus mélancoliques des deux premiers albums de Roxy Music) relèvent encore de la musique "pop" au sens strict ?
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