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Venise et les ecrivains

Par Abarguillet

VENISE ET LES ECRIVAINS VENISE ET LES ECRIVAINS  VENISE ET LES ECRIVAINS VENISE ET LES ECRIVAINS VENISE ET LES ECRIVAINS

Elle les a inspirés presque tous, les poètes et les écrivains, venus des quatre coins du monde pour que leurs mots disent à leur tour ce que cette muse unique au monde ne pouvait manquer de leur dicter. La littérature vénitienne commença, il y a plus de sept siècles, dans une geôle génoise : c'est là qu'en 1295 Messire Marco POLO, citoyen de Venise, croupit en attendant sa libération et trompe son ennui en couchant par écrit le récit de son épopée en Orient qui le mena jusqu'à la cour du grand Khan, empereur des Mongols. C'est ainsi que naît " Le livre des merveilles ". Depuis lors, les écrivains vont se suivre sans se ressembler, fascinés par la cité et les mystères qu'ils y devinent. On pourrait presque - parodiant le titre d'un récent ouvrage - écrire  "Venise ou la tentation de l'écriture". Chacun d'eux aura sa propre vision de la Sérénissime. Ainsi DANTE, fasciné par celle infernale de l'Arsenal, PETRARQUE séduit par les institutions et la beauté de la cité des eaux, un mirage qui tient ses promesses, COMMYNES ébloui par le Grand Canal et ses palais qu'il décrivait : " la plus belle rue que je crois qui soit en tout le monde, et la mieux maisonnée ". Il est vrai que le mirage vénitien a de quoi enflammer l'imagination. Peu de temps après lui, MONTAIGNE sera saisi par le spectacle de la place Saint-Marc, l'ARETIN qui, arrivé à Venise en 1527 et tient son nom de sa ville natale Arezzo - y rédigera et y fera imprimer " Le maréchal " et "La courtisane" qui figurent parmi les comédies les plus réussies du XVIe siècle. L'ARETIN sut, en effet, utiliser de manière vivante la langue dite " vulgaire" et la mettre au service d'une indéniable liberté de pensée et d'action. C'est à partir de cette époque que Venise devient un centre important de l'édition du livre, ne comptant pas moins de plusieurs centaines d'éditeurs auxquels, désormais, une foule d'auteurs vont proposer leurs manuscrits.

Mais c'est plus précisément le théâtre qui passionne les Vénitiens. Il y a pléthore de spectacles et presque tous sont des produits du cru. Son plus illustre représentant sera Carlo GOLDONI, auteur prolifique, qui introduit dans la tradition populaire son sens aigu de l'observation et ses personnages hauts en couleurs, comme son " Arlequin, valet de deux maîtres " qui peut être considéré comme l'exemple type du divertissement vénitien de l'époque. Un autre orfèvre en la matière sera Giacomo CASANOVA ( 1725 - 1798 ) qui, entre deux rendez-vous galants, trouvait le temps de rédiger d'intéressantes mémoires, tandis que GOETHE viendra y rêver un moment mais préférera Rome à la Sérénissime et que SHAKESPEARE y mettra en scène son Othello et Le marchand de Venise.

L'ère du libertinage achevée, c'est une Venise tout différente, passée aux mains des Autrichiens après le traité de Campoformio ( 1797 ) que les romantiques vont découvrir. La cité des merveilles est à l'abandon, les splendeurs des siècles précédents sont oubliées, les lampions de la fête permanente éteints, Venise est exsangue. Mais cette cité funèbre n'en reste pas moins attirante. CHATEAUBRIAND y vient en 1806 et écrit : " que ne puis-je m'enfermer dans cette ville en harmonie avec ma destinée, dans cette ville des poètes, où Dante, Pétrarque passèrent ". Lord BYRON, qui y séjourna plusieurs années et y mènera une existence fort tapageuse, fera passer dans son oeuvre, principalement dans Childe Harold et Beppo, la noire et magnétique poésie de la cité lagunaire. Les Anglo-Saxons, qui se plaisent, lors de leur voyage d'études artistiques, à faire halte à Venise, seront nombreux à la décrire. Ce sera le cas d'Elisabeth et Robert BROWNING, de Charles DICKENS et, plus particulièrement, de l'historien d'art John RUSKIN qui, le premier, dans Les pierres de Venise, disserte longuement sur l'architecture gothique de la ville. Madame de STAEL trouve Venise éblouissante, George SAND, qui y vit des amours tumultueuses avec Alfred de MUSSET à l'hôtel Danieli, nous plonge dans la douceur des clairs de lune sur le Grand Canal, comme le fera Théophile GAUTIER. TAINE et STENDHAL, ainsi que les frères GONCOURT, ne seront pas en reste pour écrire des pages élogieuses sur les incomparables beautés de Venise et de sa lagune, alors même que Henry JAMES avec Les carnets d'Asper Jorn et Les ailes de la colombe l'élève au rang de mythe littéraire. Quant à Gabriele d'ANNUNZIO, il lui consacrera quelques-unes de ses plus belles pages.


VENISE ET LES ECRIVAINS
   hôtel Danieli

D'autres verront la mort s'y profiler. C'est BALZAC qui, en 1837, écrit : " cette pauvre ville qui craque de tous côtés et qui s'enfonce d'heure en heure dans la tombe ". Ce thème de l'inévitable disparition sera repris par BARRES et ZOLA, ce dernier notant que ce qui a fait sa force, son isolement au milieu des flots, fera demain sa faiblesse et sa mort. Et nous en venons à  La mort à Venise, titre du roman de Thomas MANN, celui qui communique au plus haut point ce sentiment de lente désagrégation. La quête funèbre de Gustav von Aschenbach illustre un des aspects de Venise les plus sombres et les plus désenchantés.

Plus proches de nous, à l'aube du XXe sicle, on croise dans les calli le souvenir de Marcel PROUST dont j'ai déjà parlé ( voir mon article :  Proust à Venise  ), Henri de REGNIER ( L'Altana ou la vie vénitienne ), André SUARES ( Voyage du condottiere ) Ezra POUND ( Cantos ), Ernest HEMINGWAY ( Au-delà du fleuve sous les arbres ) qui aimait séjourner dans l'île de Torcello ou consommer un montgomery ( cocktail à base de martini ) au Harry'bar au bord du Grand Canal. Il y a d'autre part, parmi les célébrités, James HADLEY CHASE ( Eva ), Daphné du MAURIER ( Ne vous retournez pas ), Paul MORAND, l'homme pressé qui ne dédaignait pas de s'y attarder ( Venises ), Marcel SCHNEIDER ( La fin du Carnaval ), Hugo PRATT ( Fable de Venise ), Frédéric VITOUX ( Charles et Camille ), André Pieyre de MANDIARGUES et Philippe SOLLERS, sans oublier Jean d'ORMESSON et La douane de mer, qui ne passe pas une année, je crois, sans aller y ressourcer son imaginaire. La belle ne manque pas d'admirateurs, elle que certains ont vu pareille à un vaisseau à demi englouti dans les eaux, d'autres comme une inépuisable et impérissable inspiratrice à laquelle ils ne cessent de rendre vie et jeunesse par la grâce et la ferveur de leurs mots.

 

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