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Max | C'est pas du pipeau !

Publié le 21 janvier 2010 par Aragon

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"Je ne suis ni un pessimiste, ni un désespéré. Je souhaite simplement que nous soyons plus lucides sur ce qui se passe autour de nous. Peut-on accepter de vivre sous la domination du mensonge ?"

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Pippo ne dénonce pas, il réveille le public, il réveille les endormis que nous sommes. Il met son doigt sur la croûte pour la gratter, la faire saigner. Ça serait trop facile si la blessure cicatrisait correctement. Trop facile que le membre blessé reprenne son apparence précédente, comme si de rien n'était, comme s'il ne s'était rien passé.

La blessure c'est le mensonge, la lâcheté, le jugement péremptoire. La blessure est d'Etat, d'Eglise (des systèmes dogmatiques religieux), Patronale, Médiatique. Au choix ou tout et tous à la fois. Tous méritent des majuscules afin de les voir bien. Ils mentent, ils sont lâches, ils jugent péremptoirement. Ils blessent, ils tuent aussi. Ils nous rendent, hélas, dépositaires de cette blessure. Ils la font nôtre. Nous en sommes porteurs. Porteurs de la tâche.

Pippo réveille le public. Il lui secoue les puces, il ne doit plus être passif. Il doit gratter ses croûtes, même si ça fait mal, il nous force à gratter, à gratter.

À polir la blessure comme un miroir dans lequel on se verrait enfin, quel que soit le prix à payer. Les responsabilités doivent être prises. Prises et aussi assumées. Toutes les responsabilités. Toutes les responsabilités qui doivent, au forceps s'il le faut, faire engendrer la tolérance, le respect, l'attention à l'autre. Et ces ventres secs et indifférents doivent être engrossés, porter ces valeurs essentielles à la vie, pour enfin, un jour, accoucher plein-soleil.

Valeurs essentielles à la vie. Valeurs-base de toute vie en communauté. Avec un minimum de mots Pippo Delbono invente une stratégie de la libération. Chez lui, une seule exigence : la force de présence. Et la force de présence  est exceptionnelle dans sa Compagnie. Ses comédiens, il va chercher là où est la vie : dans les rues, dans les hôpitaux psychiatriques, partout. Il met en scène des immigrés, des clochards, des fous, des handicapés comme Bobo, son acteur acolyte qui a passé 50 ans dans un asile psychiatrique de Naples.

Il a beaucoup travaillé avec l’acteur argentin Pepe Robledo, avec le groupe "Farfa" dirigé par le Danois Iben Nagel Rasmussen ou avec la chorégraphe allemande Pina Bausch  et sa compagnie de danse du "Wuppertaler Tanztheater". Son instinct l’a ensuite conduit en Orient, où il a approfondi les techniques d’acteur danseur en Inde, en Chine et à Bali. Il va apprendre dans des endroits incertains au théâtre, sous toutes les latitudes, le monde l'enchante, l'enfante aussi quelque part.

Il revient et nous délivre non pas un message mais une invitation à changer de regard. Une invitation à réapprendre à vivre. Pippo Delbono et ses comédiens nous donnent une incroyable leçon de vie. Une invitation à explorer sans honte, sans complaisance non plus, "le puits noir de notre conscience" selon les mots de Marguerite Duras.

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(*) en ce moment,  Pipo Delbono au Théâtre du Rond-Point : http://www.theatredurondpoint.fr/



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