Magazine À la mer

Le littoral du languedoc roussillon

Par Elisabeth Leroy

vue satellite.jpgAigues Mortes, Maguelone, Agde ont vu partir les soies, le sel et les Croisés, passer papes et troubadours, entrer des rois et des pirates.. avant de disparaître, enlisés. Le sable a figé les pages du livre d'Histoire. Pourtant, c'est lui qui a redonné un essor à ce littoral dédaigné en se transformant depuis une quarantaine d'années en poussière d'argent. Il représente une source de revenus essentielle dans l'économie régionale jusque là vouée à la pêche, à la viticulture et au sel. Tout commence le 18 juin 1963 avec la mission interministérielle baptisée Racine, du nom de son président. Le littoral est dévolu au tourisme et on va lui en donner les moyens : routes, ports, démoustication, reboisement et assainissement des stations...

A l'époque, le Languedoc-Roussillon n'a pas de port de plaisance. Aujourd'hui, il en compte 18. Les ports constituent une chaîne avec une distance maximale de 10 miles entre les maillons. La Grande-Motte et le Cap-d'Agde démarrent "l'ère des bâtisseurs". Le Gard suivra avec l'ouverture du plus grand port de plaisance d'Europe, Port-Camargue. Aux portes de Montpellier, la station de Carnon s'installe à l'embouchure du Lez. L'Aude n'est pas en reste avec Port-Leucate, Gruissan et Port-Barcarès. Saint Cyprien est le maillon pyrénéen. D'autres ports se sont greffés sur des stations déjà existantes comme Argelès-sur-Mer ou Palavas les Flots. Narbonne-Plage ou Valras-Plage ont perpétué une tradition de cabanons avant de devenir de vrais ports de plaisance.

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Restent les ports de pêche ou de commerce où des mouillages sont réservés aux plaisanciers. C'est le cas de Port-la-Nouvelle, Port-Vendres ou Sète.

Les stations balnéaires rivalisent d'animations programmées tout au long de l'été. Côté mer, avec des courses nautiques devenues classiques, ou côté terre avec des festivals de folklore, des carnavals, des concerts... Les traditions respectées ou détournées sont un autre point fort : joutes, bouvine, fêtes de village...

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Car le tourisme côtier inverse la vapeur. Après un aménagement et une urbanisation excessifs, il revient à la mise en valeur du patrimoine. Les mentalités ont évolué et le tourisme tel qu'il était il y a 35 ans n'a plus guère de succès. Les vacanciers recherchent davantage d'authenticité. L'arrière pays en bénéficie par le tourisme vert. Et puis, le littoral ne sort pas indemne de ces 40 ans. Il faut dire que l'environnement n'est pas une préoccupation d'actualité quand démarre la mission Racine. La première loi arrive en 1976 et déclare non constructible la zone des cent mètres côtiers. La loi littoral apparaît seulement en 1986. Elle a ses limites et ne déclenche pas une prise de conscience générale. Les étangs sont aussi malmenés. Ils forment un éco-système très riche mais particulièrement sensible. Piliers de l'économie locale, ils nourissent depuis la nuit des temps pêcheurs, ostréiculteurs et saliculteurs. Pourtant, ils ont subi les derniers outrages : bétonnage, déversement des eaux usées, proximité des décharges... Un certain nombre sont devenus des réserves naturelles. Mais la protection des autres n'a pas fini de soulever des polémiques. Quant aux dunes, elles s'étendaient de façon quasi continue avant 1960. La pêche n'a aucune influence sur leur santé. Mais la route côtière, la création ou l'extension des stations balnéaires, les parkings et le tourisme de masse leur portent considérablement préjudice. La nature bousculée ne manque pas de rappeler ses droits, comme par exemple lors des grandes tempêtes de 1982. Ce sont elles qui donnent l'alerte : le lido est menacé. L'enjeu économique rejoint alors l'urgence naturaliste : il faut restaurer le cordon dunaire. Des ganivelles de châtaigniers sont utilisées pour réhabiliter la plage et édifier les dunes. Le remède est bien tardif et n'empêche pas la côte de reculer chaque année.

Mais le sable piégé reforme des dunes et rend aux plages leur profil naturel. Et les ganivelles font désormais partie de nos paysages côtiers.


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