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Lettres d’Iwo Jima : invitation au paradoxe

Publié le 27 janvier 2010 par Vance @Great_Wenceslas

Une chronique de TWIN

 

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Eastwood nous offre un grand film dense, serein, subtil et concentré.

Point de vue très réfléchi sur l’angle japonais pour cette offensive dans le Pacifique, l’œuvre, sobre et désaturée, étonne par son acharnement à proposer autre chose que des rapports et des points de comparaison avec MEMOIRES DE NOS PERES, finalement très peu nombreux. Eastwood peint des tranches de vie, des comportements et des cultures éloignées. C’est à travers les flashbacks que pointe une émotion parfois insupportable (l’exécution du chien) ou via des actes d’acharnement qu’une certaine vision de l’horreur nous inonde (le suicide collectif), alors que quelques échanges de paix au milieu de l’Enfer apportent une incongruité salvatrice (le soldat américain, agonisant, récupéré par le gradé japonais).

Dans le fond, cette représentation d’Eastwood n’a rien de très original, quand pas mal des films ont déjà montré l’angle japonais lors de la Seconde Guerre Mondiale (TORA ! TORA ! TORA ! pour ne citer que ce dernier). Ce qui surprend le plus, c’est à quel point Eastwood a fait corps avec son choix de traitement, combinant son style de mise en scène, ses obsessions, avec une caméra qui, si on ne le savait pas, pourrait se faire passer comme ayant été tenue par un grand metteur en scène japonais. Aussi, alors que MEMOIRES DE NOS PERES se voulait plus une réflexion distanciée, très intellectualisée voire glaciale, sur l’aura et le pouvoir de l’image, dans un contexte particulier, ces LETTRES D’IWO JIMA sont bien plus viscérales, notamment via une musique très émouvante, et touchent au cœur alors qu’elles ne reflètent que… l’étranger. Celui qu’on nous refuse habituellement au cinéma, et que l’on condamne simplement à la damnation éternelle du méchant échangeable – autrement dit celui à qui on ne s’attache pas. Clint Eastwood nous invite donc à nous étonner, devant le paradoxe d’un double mouvement de balancier : il est certain que son diptyque restera une œuvre phare, et qu’on y gagnera à réfléchir à nouveau dessus en y revenant.


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