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Un feu sacré boue dans les veines d’un peuple

Par Goliath @Cayla_Jerome

La Havane 2010 122

Un feu sacré boue dans les veines d’un peuple

Les plus belles victoires de l’homme croissent en valeur dès l’instant qu’on les compare avec rien ; deux pierres au milieu d’un vide sidéral font alors office de ruines antiques : c’est déjà de l’histoire !

Le cadre idyllique de cette construction, imitant maladroitement une paillote du temps jadis, ajoute un relief à chaque détail ; de là, la vue est splendide. Depuis les fenêtres voisinant notre table, l’altitude grandiose de 250 mètres aidant, une vaste plaine vierge de toute vie s’étend à perte de vue.
Le paradis au centre du désert est l’image que nous devons retenir, métaphore à peine déguisée pour propagander à peu de frais. Ce que nous ont vanté nos guides est donc bien réel, puisque nous ne voyons rien qui ne dérogeât à la règle du parfait, du réussi et du beau… L’endroit est flambant neuf pour que chacun puisse constater que le socialisme autocrate offre une image idéale du monde, à destination de l’édification des foules touristiques, que jusqu’ici elles ne soupçonnaient pas encore ; nous nous assîmes pour l’apéritif indigène.
Dans cette salle où nous étions venus déjeuner, nous vîmes entrer à la queue leu leu, les pieds Nickelés en personne, enfin presque. Là, excepté qu’une femme les accompagnait, la bande n’avait pas meilleure allure que nos compatriotes précités. Singulière apparition en regard du plus que parfait des accompagnatrices officielles, toujours tirées à quatre épingles, et gentiment placées à notre disposition.
Il y avait le petit gros, avec une casquette de minable vissée sur le crâne, la clope au bec et le bras alourdi par un gros sac. Suivait un toréador plastronnant dans son tee-shirt informe, bleu délavé par le temps, reins cambrés, regard haut et torse bombé. Emboîtant son pas, un jeune hispano-indien aux bras de travailleur de force, le sourcil très dense ; si fourni qu’un trait noir de jais lui striait le front d’une rature unique. Derrière, suivait un petit vieux, sûrement un ex péon en rupture de banc, dont l’agonie prochaine semblait une évidence, puis elle, la femme…
Il est des genres de femme dont on ne sait jamais comment elles tiennent en équilibre ; non pas qu’elles fussent perchées trop haut sur des talons aiguille, mais plutôt parce qu’il apparaît que leurs constitutions souffrissent de quelques défauts : celle-ci les représentait toutes. En effet, la grande longueur de ses jambes, son absence de cou, diminuait dangereusement les proportions du tronc surmonté d’une tête si ronde, que malgré toute réserve d’usage, on la voyait plus lune que dame.

Chacun noyait son regard dans le vide, un demi sourire aux coins des lèvres, se demandant ce que l’endoctrinement, voulu par la providence d’état, désirait faire passer comme message. Le nez dans nos assiettes, nous évitions de les regarder. L’instant de grande gêne ne dura pas longtemps, rapidement nous fûmes étonnés d’entendre un ensemble musical surmonté de voix mixtes du plus bel aboutissement. Ce groupe de musicien, très hétérogène, nous a offert un bien beau concert, un joli souvenir et, un CD à 10 pesos convertibles pour pouvoir les entendre de nouveau.

La Havane et les cubains ont une belle tradition musicale ; cette démonstration surpassa largement la traditionnelle purée composite des grands restaurants d’état… Rien que pour les entendre, ce détour de quelques dizaines de kilomètres eut un charme bien particulier. Cet ensemble est le symbole d’un cœur et d’une âme qu’aucun régime ne peut combattre ; c’est le sang d’un peuple !

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