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Guy Alexandre Sounda : Le fantome du quai d'en face

Par Gangoueus @lareus
Guy Alexandre Sounda : Le fantome du quai d'en face
Je ne m’étais pas encore prêté à un commentaire de texte sur une pièce de théâtre. L’exercice n’est pas vraiment évident. Puisqu’on est à la fois confronté à une analyse des dialogues, ou plutôt pour ce texte du monologue de notre personnage, et à la nécessité d’imaginer la mise en scène de ce bazar noir, blanc ou multicolore. Une gymnastique intéressante, certes. Surtout quand le texte est intéressant et a la prétention de dire quelque chose.
Cette pièce est née, selon Guy A. Sounda, d’une rencontre de ce dernier avec un SDF des environs de la gare de Bercy. Du hasard ou plutôt d'une disponibilité concédée pour écouter un fantôme. Qui se cache derrière le visage, l’accoutrement, la souffrance, la dignité ou non d’un sans domicile fixe ?
Notre homme prend la parole. Il est un ex-lésionnaire. Il y a déjà dans cette formule la fantaisie dont l’auteur congolais va user en jouant sur le sens des mots et les amalgames d’une lecture, non d’une écoute distraite. Il est un ex-lésionnaire. Et il a des choses à dire. Aussi se lance-t-il dans de longues tirades où la gouaille joyeuse de Sounda fait son effet. Notre ex-lésionnaire parle. Il harangue les passants, lâche sur sa pauvre valise une turpitude de mots quand cette dernière perd la photo d’une personne chère. Car, cette valise contient l’histoire de cet ex-lésionnaire.
L’homme est sans-papier. Mais il n’est pas sans langue. Il a une histoire. Une histoire étonnante. Jonazs est son prénom. Celui qu’il a choisi. L’anecdote qui le conduit a changé de prénom est délicieuse. On y voit le sens de l’humour de l’auteur et on se prend d’amitié pour notre Jonazs qui en a vu des vertes et des pas mûres. L’histoire d’une vie qu’on se réapproprie par la parole alors que l’absurde a exclu notre personnage de la société, le laissant végéter avec ses canettes de bière, ses guenilles et sa valise dans l'enfer du froid.
Je n’en dirai pas plus, c’est une pièce de théâtre avec ses effets et ses rebondissements, ses interrogations pertinentes tant sur la société occidentale que sur les guerres infondés du bled. Une écriture qui me fait penser, sous certains aspects, à celle de Sony Labou Tansi.
Guy Alexandre Sounda, Le fantôme du quai d'en face
Editions Dédicaces, 64 pages
1ère parution en 2009
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