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Quelques notes prises au Quai Branly

Par Gangoueus @lareus
Quelques notes prises au Quai BranlyComme précédemment précisé, se tenait du 29 au 30 Janvier 2010, un colloque consacré aux littératures noires au Musée du Quai Branly qui constituait le clou de l’exposition consacrée à Présence africaine depuis le mois de novembre 2009. Pour des raisons évidentes liées à mon activité salariée, je n’ai pu prendre part aux rencontres de vendredi. Voici quelques notes prises lors des débats du samedi.
Sur le débat concernant la question de l’édition et du marché de la littérature noire, voici les intervenants :
Pierre Halen (professeur de littérature comparée à l’Université de Metz, spécialiste de l’Afrique centrale),
Jean-Noël Schifano (écrivain et éditeur - collection Continents noirs - Gallimard),
Jutta Hepke (cofondatrice et directrice des éditions Vents d’ailleurs),
Bernard Magnier (Journaliste RFI, directeur de la collection « Afrique » aux éditions Actes Sud),
Valérie Marin La Meslée (Journaliste littéraire au Point, au Magazine littéraire et à France Culture),
Alain Ricard (Chercheur et directeur de la collection Traversées d’Afrique chez Confluences)
« Que représente pour vous la littérature noire ? »
Sur ce concept, l’ensemble des intervenants convient que cette qualification est dépassée à quelques nuances près. A savoir, l’éditrice Jutta Hepke de Vents d’ailleurs souligne la question raciale reste encore présente dans le rapport avec les médias. Le professeur Halen fait le constat de l’usage d’étiquettes. L’analyse de l’impact de ces étiquettes est un champ de recherche pour les scientifiques. Il rappelle également que la qualification de nègre ou noire a constitué dans l’entre-deux-guerres, une arme de guerre.
Tous les intervenants relèvent que, désormais la référence est géographique et que cette dernière prime sur l’aspect historique.
« Sur le nom des collections »
Jean-Noël Schifano
revient sur la création de la Collection Continents Noirs chez Gallimard. 35 auteurs. 70 livres. Chaque écrivain est un continent noir. Cette collection ne concerne pas uniquement les auteurs africains, mais également les afro-européens, et ceux de la diaspora africaine.
Bernard Magnier souligne le fait que chez Actes Sud, les auteurs sont classés sur le plan géographique. La collection « Lettres Africaines » ne privilégie pas de couverture « africaine » des romans. L’idée étant de mettre des auteurs africains à côté d’autres romanciers…
Il est fait la remarque que les Editions du Seuil qui ont « mélangé » les auteurs africains sans le souci d’une collection particulière ne sont pas présents à la table. L’aveu d’un échec ? Une observation sur les différentes décennies est réalisée sur les stratégies d’identification :
- Années 70 : Lien ténu avec l’Afrique
- Années 80 : La lecture militante
- Années 90-00 : Public de lecteurs
Jutta Hepke : Vents d’ailleurs, image de l’air qui circule, le pluriel étant déterminant.
Elle souligne son travail avec les auteurs haïtiens et les nombreuses publications d’auteurs de ce pays. Elle se montre moins enthousiaste que Bernard Magnier ramenant la question de la représentation des auteurs « noirs » aux enjeux marchands qui ne facilitent pas la présence de la littérature « noire » chez le libraire. Elle précise que le turn-over sur les rangs des librairies est désormais de deux mois du fait de la surproduction littéraire. Et elle rappelle les différents rapports de force entre les réseaux de diffusion, les libraires, les maisons d’édition. Enfin, elle affirme que la décolonisation des têtes et de la chaîne professionnelle de l’édition doit être achevée.
Pierre Halen relève que la mise en place de numérisation du livre est une opportunité pour les littératures marginalisées. Le grand défi étant de sauvegarder les droits d’auteurs.
Alain Ricard revient lui sur une stratégie de niches, privilégiant l’expérience de textes difficiles ou la traduction en français de textes initialement publiés en langues africaines (sésotho, swahili).
« Quel est l’impact du prix littéraire ? »Jean-Noël Schiffano : Batouala de René Maran fût le premier. Il n’a pas ouvert toutes les portes. Ils ont l’avantage de rémunérer les auteurs et de projeter un regard.
Pierre Halen : Ils légitiment l’acceptation de produits nouveaux et favorise une bonne réception primaire de l’œuvre. Néanmoins, il y a un problème sur la réception secondaire des textes primés pour leur patrimonialisation.
Bernard Magnier : Il faut saisir l’opportunité des lieux de rencontres que sont les salons, les festivals.
Jutta Hepke : La question de la coédition est importante sous toutes formes. Il y a un essor d’éditeurs africains et des réseaux se mettent en place.
Enfin, les points de vue divergents de Bernard Magnier et de Jean-Noël Schifano quant à l’implication de la presse nationale française pour la promotion des lettres africaines. La presse audio-visuelle étant au centre de cette réflexion.
Débat intéressant pour ma part. Très peu interactif cependant du fait de la course après le temps engagée par le modérateur. Les enjeux du débat étant principalement centrés sur la réception de ces littératures noires par un public français. Ce qui peut paraître compréhensible vu que le débat se passe en France. On remarquera que Présence Africaine s’est battue pour que ces ouvrages soient diffusés sur le continent noir. En dehors, de la remarque de Jutta Hepke, la question de la diffusion des œuvres d’auteurs africains sur le continent d’origine a été totalement éclipsée. Aussi, le malaise né de la remarque de Jean-Noël Schiffano sur les textes dont Gallimard demande un « re-travail » ne devrait pas être. Et naturellement se pose la question :
« A quel public, les écrivains afro-caribéens adressent-ils leurs œuvres lorsqu’ils les font publier chez un grand éditeur parisien ? ».

That’s the question.

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