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Flandre noire (Gilles Warembourg)

Publié le 27 janvier 2010 par Despasperdus

Oui j'étais détruit, endeuillé de ces valeurs auxquelles j'avais consacré ma vie. Pilonnées dans l'enfer du camp, elles m'apparaissaient aussi incongrues qu'un bouquet de gaillardes sur une décharge.

Valeurs des tortionnaires poussées à leur paroxysme, l'éducation, la solidarité, le travail me paraissaient autant d'impostures. (...) Le scandale du mal, je l'avais pétri à la réalité objective de ces dernières années : celle d'un puits sans fond exhalant les relents sombres de la folie humaine. Je revenais d'un lieu où il n'y avait pas de pourquoi...

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Juin 45, Monsieur Georges est de retour au village, une petite fête est organisée en son honneur. Il se sent comme un élément extérieur, étranger aux préoccupations de ses pairs pour qui, la guerre a certes causé quelques désagréments, mais n'a pas bouleversé le cours de leurs vies, à part un de ses élèves qui a perdu ses jambes dans une action de la résistance.

C'est tout naturellement vers cet homme mutilé, féru comme lui de philosophie, que Monsieur Georges, l'ancien instituteur aime discuter quand il désire échapper à la solitude. Avec lui, il tente de transmettre les horreurs qu'il a vu et vécu dans un camp d'extermination nazi. Les autres villageois, eux, ne comprennent pas ou n'essaient pas, confondant camp d'extermination et camp de travail ! Et puis, comment ces "braves" gens pourraient-ils imaginer une horreur sans précédent dans l'histoire de l'Humanité ?

Une horreur qui défie les lois de la raison ! Une horreur qui a exploité le "progrès", la raison et la logique de la manière la plus rationnelle et la plus poussée... Un enfer imaginé, programmé et mis en pratique par l'un des peuples les plus cultivés et les plus "civilisés". Un peuple qui a donné au monde tant et tant de chefs d'œuvre, et de merveilles ! Tout cela dépasse l'entendement.

Comment vivre après une telle expérience ? Monsieur Georges est un humaniste brisé qui porte en lui le poids de sa survie, plus exactement de sa culpabilité d'avoir survécu, à l'instar de Primo levi...

Flandre noir est un très grand livre, un excellent roman noir dont l'intrigue n'est qu'un prétexte pour plonger le lecteur dans la France de l'après-guerre, et surtout, pour montrer combien il fut difficile pour les survivants des camps à la fois de transmettre cette mémoire et de vivre "normalement".


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