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Elliott Erwitt à la Maison européenne de la photographie

Publié le 08 février 2010 par Marc Lenot

Elliott Erwitt ? Ce photographe espiègle et distrayant qui nous montre des baisers dans des rétroviseurs, des baguettes sur le porte-bagage d’un vélo provençal, des scènes de nus hilarantes (ci-contre), ou un triptyque fameux de jambes équines, humaines et canines ?  Ces photographies où on peut toujours lire une belle histoire, anecdotique ou tragique, et qui permettent si bien d’illustrer un article sur un tout autre sujet ?

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Bien sûr, vous verrez tout cela à la Maison Européenne de la Photographie (jusqu’au 4 avril), ces clins d’oeil, ces flèches inscrites dans le paysage, ce qu’il nomme sur son site des phototoons (tiens, encore une espièglerie). Mais vous y verrez aussi des photographies plus graves, plus solides, souvent plus construites. Voici par exemple cette photo de Venise : une galerie de tableaux, apparemment, mais on ne distingue pas la peinture, seul le cadre est visible, et le reflet des fenêtres, qu’on suppose sur le Grand Canal, bien sûr. On devine des traces de peinture, mais aucun motif reconnaissable : la photographie efface la peinture, ou plutôt la réduit à sa seule matérialité. Silvio Wolf a réussi cela, bien plus tard, avec ses icônes de lumière inondées par les flashes.

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Cette photographie des Bell Labs, célèbres laboratoires de recherche d’ATT avec des Prix Nobel à chaque étage, est bien entendu très construite, très posée. Il y a peu de femmes, un Asiatique, aucun Noir semble-t-il, et beaucoup de binoclards : Erwitt sait rendre l’esprit des lieux comme peu d’autres. Se dégage de cette photo une sensation de puissance un peu inquiétante. J’aurais aussi voulu montrer ici la photo d’un homme qui crie dans la foule new-yorkaise, bouche ouverte au milieu des têtes, illuminé auquel nul ne prête attention, gouffre buccal aspirant tout l’espace.

Parmi les autres expositions à la MEP, un travail de Sarah Moon (jusqu’au 7 mars) sur le Théâtre Royal de Turin : la magie Moon ne fonctionne pas, on sent la commande, la contrainte.

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Et tout un étage dévolu à Philippe Bordas qui exprime en long et en large sa vision de l’Afrique et de ses héros en voie de disparition, chasseurs maliens, boxeurs kenyans et lutteurs sénégalais. La passion du photographe passe par un discours politique assez réducteur et son travail le plus intéressant est son reportage sur l’artiste ivoirien Frédéric Bruly Bouabré, qualifié un peu vite de ‘plus grand artiste africain vivant’ et d’otage des vilains collectionneurs occidentaux. Cet homme habile et polymorphe montre ici au photographe une de ses multiples facettes, mais cela n’enlève rien à sa force créatrice, à son talent de démiurge, créateur d’écriture et révélateur de mythes. Le sent-on dans ces photographies ? Je n’en suis pas certain.

Comme souvent à la MEP, le plus intéressant est dans les recoins, au sous-sol ou au fond du couloir vestiaire/WC/café. Demain.

Elliott Erwitt étant un photographe de Magnum, ses photographies seront ôtées du blog dans 12 mois.


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