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Sucer Hugh Grant pour jouir

Publié le 09 février 2010 par Milega

Aujourd’hui, sur son Facebook officiel, Ibrahim Maalouf a posté ce statut :

« BEAUVAIS, (FRANCE) 5 - 2 - 2010: un homme m'interpelle après le deuxième morceau du concert, et devant 600 personnes il me crie: "Escroquerie!!" Heureusement, le reste du public lui a demandé de sortir (chose qu'il n'a pas fait...) Visiblement, les gens ne sont pas TOUS prêts à écouter un nouveau jazz... »

20 commentaires de soutien (dont le mien ) plus tard, il répond :

« Vous êtes tous adorables. En fait, je pense juste qu'il faut continuer à se battre pour que les cultures évoluent et pour que les gens n'aient pas peur du métissage culturel et du métissage en général !! Je pense qu'une accélération des xénophobies et des pensées conservatrices dans tous les domaines et partout dans le monde est actuellement inquiétante. Et pour qu'un père de famille, la cinquantaine, venu avec sa femme écouter du jazz, en arrive à être aussi impoli et irrespectueux avec un jeune artiste venu s'exprimer avec ses tripes devant un public venu pour le plaisir, c'est qu'un genre de "terrorisme" culturel existe. J'ai l'impression qu'un "attentat" artistique a eu lieu. Et j'ai souhaité que cela se sache. J'ai eu très peur ce soir là. Vraiment, c'est flippant. Et après? On va nous jeter des tomates quand on aime pas??? c'est dingue !! Bises à tous »

Je paie donc je jouis

Sa réponse m’étonne… pour moi, le comportement de ce spectateur, certainement un puriste de jazz, bête et méchant, reste de l’ordre de l’anecdotique. Pourtant, le jeune artiste que dis-je le jeune prodige  semble réellement choqué. Les termes qu’il utilise même si entre guillemets sont violents ; certainement à la mesure de ce qu’il a ressenti.  Il semble même avoir craint pour son intégrité physique. Je m’interroge. Pourquoi ce spectateur, alors mécontent, ne s'est-il pas éclipsé discrètement ? Pourquoi insulter un artiste sur scène -qui plus est après seulement deux morceaux ? Pourquoi perturber le plaisir d’un auditoire ? Parce que c’est un con soit mais en réfléchissant un peu plus, je me demande si nous ne vivons pas  dans une société avide de divertissement  (car accablés par un quotidien harassant ?) où le « je paie donc je jouis » devient un leitmotiv ? Le public est-il fainéant ? Aujourd’hui justement, j’ai lu une interview du cinéaste Robert Guédiguian où il se demande  si les exhorbitifs 10 euros d'une place de cinéma ne  nous serviraient pas d'alibi pour nous dédouaner de préférer voir un blockbuster dont on nous rabat les oreilles dans les médias plutôt que d’aller voir un film juste parce que l’affiche nous plaît et ce même si c’est une oeuvre tchèque de 3 heures. Oser aller vers l’inconnu. S’ouvrir l’esprit. Se mélanger à d’autres cultures. Sommes-nous tant formater ?

Sucer, c'est tromper ?

Le « on va nous jeter des tomates quand on aime pas » montre, pour moi, une peur d’une certaine dérive, d’une certaine familiarité. Dérive et familiarité en recrudescence que j’attribue à l’essor de la presse people additionné à l’explosion de la télé-réalité et à l’usage des réseaux sociaux.

(oui, oui tout ça ! :-)

Je me souviens avoir lu que Audrey Tautou, à l’époque du succès planétaire de Amélie Poulain, n’osait plus sortir de chez elle. Je me souviens d’un pote qui a dîné, dans un restaurant parisien, à côté d’elle et Mathieu Chédid, quelques années plus tard, me raconter leur conversation...

Aujourd’hui, j’ai appelé une jeune actrice reconnue avec qui j’ai sympathisé, cet automne lors d’un festival, pour l’inviter à une soirée privée que j’organise. Elle était enthousiaste. Puis, je lui ai proposé de participer en tant qu’actrice reconnue à un nouveau festival  pour lequel  je bosse. Je ne sais pas finalement si elle viendra à ma soirée.  

Après, la petite amie d’un chanteur qui a fait la couv’ des Inrocks récemment, m’a avoué qu’elle y trouvait pourtant bien des avantages à cette célébrité que je lui disais trouver encombrante.

Peut-être faudrait-il que je me tape Hugh Grant pour me rendre mieux compte, non ?

(ouais... un vieux fantasme)

Dans tous les cas, les rapports entre célébrités et anonymes, entre fans et artistes me captivent. D’autant plus que les réseaux sociaux bouleversent ces rapports :  avec Myspace, il est assuré de savoir si un message a été lu par l’artiste ou non. Avec  Facebook, sa vie privée est accessible. Avec Twitter, sa localisation géographiquement est possible.

En contrepartie, avec les réseaux sociaux, les artistes peuvent communiquer directement avec leur public et selon leur réceptivité aux nouvelles technologies, dévoiler des états d’âme voire une certaine intimité.

A dire vrai, je ne suis pas sûre que j'aurais aimé savoir ce que Marilyn Monroe faisait de ses soirées...

IBRAHIM MAALOUF & DOMINIC MILLER (Paris 2009/11) from axe inv on Vimeo.



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