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2 K pour un trône. 6ème partie. Un cinquième set (1988-1990).

Publié le 10 février 2010 par Vinz

Après les tumultueuses années 1984-1987, le monde des Échecs va aspirer à une certaine tranquillité. Le cycle du championnat du monde va reprendre son cours normal et enfin on va pouvoir observer les deux K disputer des tournois ensemble, ou séparément d’ailleurs. Mais ce dont on est pratiquement sûr c’est que le seul à pouvoir détrôner Garri Kasparov reste Anatoli Karpov, même si le champion du monde prend l’ascendant sur son adversaire.

lyon90

Les années GMA (1988-1989).

Juste avant le début du championnat du monde de Séville, Kasparov et Karpov avaient lancé le projet d’une Coupe du Monde organisée par l’Association des Grands Maîtres, soutenue par Bessel Kok le financier et directeur de la société SWIFT. D’ailleurs c’est à Bruxelles que le premier des six tournois se déroule, nous y reviendrons tout à l’heure.

Kasparov en showman

Pour le moment, les deux K poursuivent leur trajectoire séparée. Kasparov, qui a 25 ans en 1988, exploite à fond son image médiatique par des exhibitions spectaculaires, qui donnent une nouvelle dimension au jeu auprès de l’opinion. Lors d’une exhibition filmée par Canal +, il affronte une des ex-cocos girls (était-ce d’ailleurs l’ancienne copine à Belmondo ?) et lui rend la Dame. A Cannes, il dispute une simultanée mondiale contre 10 joueurs de toute la planète (Japon, États-Unis, Afrique, Europe…). C’est très impressionnant, même pour TF1 qui a dépêché son journaliste es-échiquéen Bruno Fuchs. Kasparov gagne 8 parties, concède une nulle contre le jeune Oulibine (qui est grand-maître) et perd contre le jeune anglais Michael Adams (qui sera quelques années plus tard candidat au titre mondial et vice-champion du monde FIDE en 2004). A la fin de l’année 1988, on le retrouve à Évry pour disputer une simultanée à la pendule contre l’équipe de France.

J’y étais, c’était un vendredi soir et malgré un contrôle de maths le lendemain (pour lequel je n’avais aucune illusion), j’avais réussi à assister à cette soirée à l’Agora. C’est la seule fois que j’ai pu approcher Kasparov. C’était la vraie bête de scène. Le spectacle a commencé en retard mais valait le coup sur la musique de Rocky. En face des joueurs de l’équipe de France et un représentant du Grand Roque (qui a organisé la compétition) qui n’a pas fait le poids logiquement. Kasparov est globalement dominateur mais souffre contre le jeune Jean-René Koch. En difficulté, le champion du monde s’en sort dans une position compliquée que le français ne maitrise plus et remporte la partie. Mais il subit une défaite (et une nulle contre Bachar Kouatly le premier grand-maître français) contre Mershad Sharif en se sabordant littéralement. Vexé, Kasparov accepte d’emblée une revanche 6 mois plus tard, qu’il gagnera sur le même score (4,5 à 1,5, mais sans défaite).

Karpov aligne les succès.

Quant à Karpov, il confirme que c’est d’abord un joueur. Trois semaines après le match de 1987, on le retrouve à Wijk aan Zee pour le premier grand tournoi de l’année, qu’il gagne (avec 9/13). Puis en mars, il est une première fois à Amsterdam pour le mémorial Euwe. Mais il se contente de la deuxième place derrière l’Anglais Short. Puis en avril, il participe au premier tournoi de la Coupe du Monde à Bruxelles (Kasparov n’y participe pas car chaque joueur doit disputer 4 des 6 tournois prévus) : il s’impose avec 11 points sur 16.

Il faut attendre le mois de mai pour retrouver les deux K dans un même tournoi. Ensemble, ils avaient pourtant disputé le championnat du monde de blitz à Saint John, organisé pendant le premier tour des matches de candidats. Karpov avait été éliminé en 1/8ème par Tchernine et Kasparov avait été sorti en ¼ par le Bulgare Georguiev, à la surprise générale. Et c’est le vétéran Tal qui est devenu champion du monde. Revenons à ces retrouvailles à Amsterdam pour le « Optiebieurs », tournoi à quatre qui oppose les deux Soviétiques et les deux meilleurs hollandais (Timman et Van der Wiel). Chacun affronte quatre fois ses trois adversaires. La domination de Kasparov est éclatante : il marque 9 points sur 12 (6 victoires et 6 nulles), dont 3 contre Karpov (2 gains avec les Blancs et 2 nulles avec les Noirs). Toutefois dans la deuxième partie, le champion du monde s’était embarqué dans une attaque douteuse contre Karpov ; celui-ci a manqué le gain par manque de temps avant de perdre à la pendule.

Kasparov contre Karpov à Amsterdam en 1988. L'attaque de Kasparov, qui a sacrifié deux pièces, est en train d'échouer mais Karpov est en manque de temps. Il a joué Te8xe1+ mais il avait un coup gagnant. Attention c'est difficile de le trouver (surtout la justification).

Kasparov contre Karpov à Amsterdam en 1988. L'attaque de Kasparov, qui a sacrifié deux pièces, est en train d'échouer mais Karpov est en manque de temps. Il a joué Te8xe1+ mais il avait un coup gagnant. Attention c'est difficile de le trouver (surtout la justification).

La fin du mois de juin 1988 est un événement échiquéen majeur en France. Pour la première fois depuis des décennies, un grand tournoi se dispute en France, à Belfort, grâce au maire de l’époque un certain JPC. Kasparov et Karpov sont de la partie. Karpov démarre lentement et Kasparov creuse le trou en milieu de tournoi. La victoire est quasiment assurée mais à la 14ème et avant-dernière ronde, les deux hommes s’affrontent. Karpov a les Blancs et surprend son rival dans la défense Grünfeld. Kasparov, comme souvent dans ce genre de cas, réagit mal et perd rapidement pied. Mais il gagne le tournoi avec un point d’avance sur Karpov (11,5 points contre 10,5 en 15 parties).

La vidéo de la partie.

http://www.dailymotion.com/videoxc5hvd

A la fin du mois de juillet, l’impensable se produit. Voilà les deux K pour le championnat d’URSS, le plus fort depuis des décennies. Tous les meilleurs soviétiques sont présents mais les deux champions imposent encore leur suprématie sur les 17 rondes. Invaincus, ils marquent 11,5 points devant leur père spirituel Mikhaïl Botvinnik qui arbitrait le tournoi à 77 ans. Un match de départage est prévu mais aucun des deux n’a envie de le disputer et finalement ils partagent le titre national.

A l’automne, Karpov est encore aux Pays-Bas à Tilburg où il gagne avec une grande supériorité (7 victoires et 7 nulles). Kasparov est à Reykjavik où il doit batailler dur pour remporter le tournoi, la troisième étape de la Coupe du Monde. Quelques semaines après, il était à Paris (voir plus haut).

Les deux joueurs exploitent leur notoriété : Kasparov laisse son nom à une gamme de jeux d’échecs électroniques et s’associe à la firme Chess Base qui vend des bases de données de parties. Le champion soviétique est le premier à les utiliser dans sa préparation. Il fait rentrer le monde des Échecs dans l’ère informatique. Quant à Karpov, il participe à un petit court métrage où il incarne un marginal. Ca vaut son pesant de cacahuètes surtout avec le béret…

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Pour finir l’année 1988, les deux K mènent l’équipe soviétique à une confortable victoire aux Olympiades de Thessalonique.

1989. C’est le début du cycle des candidats pour Karpov, qualifié d’office pour les quarts de finale. Il affronte, à Seattle, l’Islandais Hjartarson qui avait créé la sensation en battant le vieil ennemi de Karpov, Viktor Kortchnoi.  L’ancien champion du monde n’a pas trop de mal à sortir son jeune adversaire : l’expérience et le talent suffisent, 2 gains et 3 nulles pour une facile victoire (3,5 à 1,5). Peu après, Karpov est à Linares où il assiste à l’émergence de Vassili Ivantchouk. Battu par Short à la première ronde, il ne peut rattraper son retard et termine deuxième derrière son compatriote. Enfin à Marostica (ville italienne où chaque année est disputée une partie d’échecs géante), il bat le Suédois Andersson par 1 victoire et 3 nulles.

Pendant ce temps, Kasparov est en Catalogne Sud, à Barcelone précisément, pour disputer la quatrième étape de la Coupe du Monde. Le champion du monde est en petite forme : après 4 rondes, il n’a qu’un point (2 nulles, une défaite et une exemption). Il est malade (grippe avec herpès buccal) mais il sort quelques chefs d’œuvres et renverse la vapeur pour partager la victoire avec Ljubojevic (10,5/16).

En juin, Rotterdam accueille la cinquième étape de la Coupe du Monde. Karpov, sans Kasparov, est largement favori. D’ailleurs il survole le tournoi avec 9,5 points sur 12. Une telle performance lui permet de devancer Kasparov en tête de la Coupe du Monde. Mais Karpov s’écroule : il perd trois parties d’affilée, un fait unique dans sa carrière. Il perd aussi le tournoi (Timman le gagne) et quasiment toute chance de remporter la Coupe du Monde. D’ailleurs à Skelleftea en Suède, il reconnaît sa défaite même s’il fait un point d’honneur à partager la victoire avec Kasparov (contre qui il a été bien près de perdre). Il termine deuxième de la Coupe du Monde.

Karpov est un infatigable joueur mais aussi un lutteur acharné. Il occupe le premier échiquier de l’URSS aux championnats du monde par équipe, juste après avoir battu Artur Youssoupov en demi-finale des candidats, au terme d’un match compliqué à gérer (4,5 à 3,5 et une victoire à l’ultime partie).

Le mur tombe (octobre 1989).

En octobre 1989, Kasparov fait tomber un mur mythique avant le mur berlinois. Celui du record de Bobby Fischer : 2785 points Elo. Kasparov s’en était approché à 2770 au précédent classement. A Tilburg, le champion du monde écrase la concurrence en gagnant 10 parties et annulant les 4 autres. Il bat officieusement le classement de l’Américain. Puis il va à Belgrade où il remporte 8 victoires pour 3 nulles. Cette double performance lui permet d’atteindre le classement stratosphérique de 2800 points Elo, un record absolu (même aujourd’hui une marque très dure à atteindre). A 27 ans, Kasparov est au sommet de son art et ce n’est pas le programme Deep Thought qui va dire le contraire. Cette puissante machine à calculer subit la technique implacable de Kasparov dans la première des deux parties jouées à New York, puis Kasparov l’achève par un gain tactique en 17 coups. Peu après, Karpov a plus de mal à battre la même machine mais gagne quand même une partie intense.

En parlant de mur, les deux K s’impliquent encore dans la vie politique de l’URSS déliquescente. Kasparov a dû fuir Bakou au début de 1990, car d’origine arménienne, pendant le conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie. On a pensé à un moment qu’il pouvait jouer un rôle de médiateur d’une façon ou d’une autre. Kasparov est critique à l’égard de Gorbatchev, que Karpov soutient. Il a choisi une nouvelle écurie, celle du trublion président de la Russie soviétique, Boris Eltsine.

L’année 1990 commence fort pour Kasparov. Il remporte un nouveau tournoi de prestige, celui de Linares. C’est aussi le début de sa mainmise sur le « Wimbledon des Échecs » dans les années 1990 (9 victoires). Karpov doit disputer la finale des candidats contre le Néerlandais Jan Timman. Ce dernier est un excellent joueur mais pas assez constant et pas assez fort en match pour résister à Karpov qui gagne par 4 parties et 5 nulles. On aura droit à un nouveau duel de K.

La préparation.

Fidèle à ses habitudes, Kasparov se retire pour se préparer. Mais auparavant, il participe à quelques exhibitions : ainsi il remporte le trophée Immopar à Paris, l’officieux tournoi majeur en parties semi-rapides ; puis il écrase en match Lev Psakhis, avec qui il avait partagé le titre de champion d’URSS 1981 (4 victoires et 2 nulles).

Fidèle également à ses habitudes, Karpov dispute deux tournois avant d’entamer la préparation proprement dite. A Haninge, il est troisième mais à Bienne en juillet, il ne fait aucun cadeau (5 victoires et 9 nulles) et l’emporte facilement.

Le match des K soulève une polémique. La ville de Lyon remporte d’abord l’organisation de la compétition mais la FIDE décide de partager l’organisation entre New York (où se joueront les 12 premières parties) et Lyon, où se décidera le match. 3 millions de $ de prix sont en jeu, dont 5/8 pour le vainqueur et les prix sont partagés en cas d’égalité.

La petite polémique du match vient de la volonté de Kasparov de jouer sous le drapeau russe, et non plus soviétique. Karpov proteste et comme lors de son match contre Kortchnoi en 1978, il est décidé qu’il n’y aura aucun drapeau à côté des joueurs.

Le 7 octobre, le tirage au sort lance officiellement le match. Pour la quatrième fois en cinq matches, Kasparov a les Noirs dans les parties impaires, à son visible désappointement. L’Hudson Theater est le cadre de ce match qu’on prédit beaucoup plus serré que l’écart au classement (70 points) ne le prévoit. L’un et l’autre le savent.

La partie New Yorkaise. (Parties 1 à 12)

Karpov et Kasparov lors de leur première partie. On pourra remarquer la couleur des drapeaux, qui va constituer une des deux polémiques du match.

Karpov et Kasparov lors de leur première partie. On pourra remarquer la couleur des drapeaux, qui va constituer une des deux polémiques du match.

Kasparov prend le meilleur départ (1-6)

Karpov a les Blancs en ce 8 octobre et joue encore d2-d4 à son premier coup. Kasparov décide d’employer sa nouvelle arme principale, la défense Est-Indienne. Karpov choisit une construction agressive mais la nulle est conclue au trentième coup. Peu après, on constata que Karpov aurait pu gagner un pion mais Kasparov répliqua que cela ne l’aurait pas empêché d’annuler ! Ce championnat du monde est le premier analysé par les ordinateurs, dont le niveau de jeu est sans cesse plus proche des grands-maîtres.

Dans la deuxième partie, les deux joueurs ressortent un vieux débat entre eux : la partie Espagnole. Karpov choisit un système qui lui avait bien réussi. Mais Kasparov innove et se lance dans une combinaison apparemment fausse, mais parfaitement juste. Karpov s’en aperçoit à ses dépens et abandonne au 44ème coup. Le champion du monde frappe fort d’entrée.

Après le report demandé par Karpov, ce dernier décide de jouer le système qu’il va utiliser contre Kasparov pendant tout ce match. Pas ambitieux mais qui gêne plus les Noirs, lorsqu’ils recherchent un jeu tendu comme l’aime Kasparov. Ce dernier n’hésite pas, il sacrifie sa Dame pour deux pièces dans une position fermée. Karpov rend la Dame car il constate qu’il ne peut pas forcer la position. La partie s’achève par la nulle après 41 coups.

La quatrième partie reprend la deuxième mais Karpov varie et choisit un coup très ambitieux. La partie devient totalement folle : Kasparov attaque à l’aile-roi et Karpov tente le tout pour le tout à l’aile-dame. Le champion du monde ne trouve pas la faille et son challenger est au bord de gagner. Mais victime une nouvelle fois de son manque de temps de réflexion, il ne trouve pas la voie gagnante et se contente d’une nulle. Bien que menant 2,5 à 1,5, Kasparov préfère reporter la partie suivante.

La cinquième partie se passe sans histoire. Kasparov ne tente pas à nouveau sa ligne sacrificielle de la troisième et Karpov ne cherche pas plus.

Sixième partie. Karpov change de système avec les Noirs dans l’Espagnole. Kasparov sacrifie un pion pour l’attaque mais celle-ci n’aboutit pas. Karpov accepte la nulle dans une position égale, malgré son avantage matériel. Le champion du monde semble faire le jeu mais n’a pas réussi à exploiter son avantage initial. Karpov résiste courageusement.

Karpov reprend les rênes (parties 7-12)

La septième partie reprend les chemins de la cinquième avec un peu plus d’ambition chez Karpov. Le challenger crée une certaine pression sur Kasparov mais celui-ci gaffe au 27ème coup.

Position après le 27ème coup noir, Dd8-a5. Quel coup donne aux Blancs un avantage matériel (un pion) ?

Position après le 27ème coup noir, Dd8-a5. Quel coup donne aux Blancs un avantage matériel (un pion) ?

Kasparov perd un pion et finalement la partie, qu’il ne reprend pas à l’ajournement. 3,5 à 3,5

La huitième partie reprend la variante de la sixième, et le même scénario. Kasparov attaque, Karpov défend. Mais cette fois Kasparov perd un pion dans une finale de Dame et Tour pour chacun. Sa position est mal engagée à l’ajournement. Le champion du monde arrive à créer quelques menaces qui posent quelques soucis à Karpov. Celui-ci laisse progressivement filer la victoire. La nulle est conclue au 84ème coup. Le match laisse déjà des traces et cette partie l’atteste. La fatigue, bien que peu apparente, marquent les deux champions qui se donnent cerveau, corps et âme.

Neuvième partie. Kasparov décide de ressortir une défense Grünfeld contre Karpov, histoire de varier les plaisirs et d’améliorer les variantes qui ne vont pas sur l’Est-Indienne. Karpov choisit une ligne tranquille et obtient un net avantage jusqu’à une erreur qui lui coûte un pion. Kasparov le rend assez vite, la partie est nulle après 34 coups.

Dixième partie. On s’ennuie un petit peu à New York. Karpov décide de jouer la défense Petrov et Kasparov joue une ligne peu usitée. Il n’arrive pas à prendre l’avantage à cause d’une amélioration de Karpov. La partie s’achève par une nulle conclue au 19ème coup. 5 à 5, il semble que les deux joueurs attendent d’arriver à Lyon pour s’expliquer. Le public, qui paie en moyenne 125$ pour une place, peut s’estimer déçu.

La onzième partie est nulle, courte (24 coups) mais spectaculaire. Kasparov a préparé un sacrifice de qualité pour activer ses pièces et lancer une attaque contre le roi blanc, de façon originale. Karpov défend bien, Kasparov sacrifie une nouvelle tour pour obtenir le match nul par échec perpétuel.

Position après le 22ème coup blanc g2-g4. La Tour noire est mal embarquée et le Cavalier h5 est attaqué. Les Noirs auraient pu prendre la Tour a1 mais s'ils regagnaient la qualité, ils seraient nettement moins bien. Kasparov trouve l'étonnante ressource : 22...Fg7-d4. Après 23.Df2xd4, Kasparov joue Th4xh2+ 24.Rh1xh2 De7-h4+ force l'échec perpétuel et la répétition des coups.

Position après le 22ème coup blanc g2-g4. La Tour noire est mal embarquée et le Cavalier h5 est attaqué. Les Noirs auraient pu prendre la Tour a1 mais s'ils regagnaient la qualité, ils seraient nettement moins bien. Kasparov trouve l'étonnante ressource : 22...Fg7-d4. Après 23.Df2xd4, Kasparov joue Th4xh2+ 24.Rh1xh2 De7-h4+ force l'échec perpétuel et la répétition des coups.

Enfin la douzième partie clôt la moitié new-yorkaise. Kasparov attaque mais préfère reculer au 28ème coup, plutôt que persévérer. La partie est nulle au 37ème coup. Le lendemain, 8 novembre, Karpov dans une conférence de presse, maintient sa version sur l’annulation du match de 1984 : Kasparov, qui a annulé sa participation à cette conférence, aurait bien accepté celle-là. De quoi lancer une petite polémique.

Reste qu’à 6-6 tout est à faire. 17 jours s’écoulent entre la douzième et la treizième partie. Pour la première fois, un championnat du monde se disputera en France (le match Lasker-Janowski de 1909 s’est joué à Paris mais le titre de match officiel est très contesté et probablement pas exact).

Moitié lyonnaise.

Grâce aux efforts de Michel Noir (délinquant mais aussi ancien joueur d’échecs) et de Bachar Kouatly (premier grand-maître français), Lyon accueille ce championnat du monde et la deuxième partie.

Le Palais des Congrès affichait plein à chaque match : 900 personnes pouvaient assister aux coups pleins de bruits et de fureur dans le silence de ces deux champions exceptionnels.

Parties 13-15. Karpov manque le coche.

La treizième partie reprend la défense Grünfeld de la 9ème. Kasparov s’en tire mieux mais joue un coup impulsif. Karpov imagine un sacrifice de qualité qui lui donne l’avantage. Kasparov la rend de suite mais sans doute le challenger a raté un petit quelque chose. La partie est nulle au 42ème coup.

Quatorzième partie : 1.e2-e2 e7-e5 2.Cg1-f3 Cb8-c6 3.d2-d4 !!! Quoi ? d4 ? La partie écossaise ? Jamais jouée depuis 1892 en championnat du monde. Mais si. Kasparov abandonne l’Espagnole pour une ouverture rarement jouée au niveau international (mais très chez les amateurs) pour obtenir un jeu complexe et actif. Karpov défend encore très bien. Il réagit vigoureusement et c’est même lui qui prend la direction des opérations. Kasparov joue précisément pour arriver à l’ajournement où les deux joueurs concluent la nulle. Le spectacle est là car la partie est passionnante.

Quinzième partie. Karpov améliore la treizième. Kasparov subit l’ouverture avec les Noirs. Sa position est passive pendant que Karpov s’apprête à lui dresser une torture comme il les aime. Sauf que le vice-champion du monde est imprécis. Il manque certainement la ressource trouvée par Kasparov qui offre à ce dernier la nulle au trente-troisième coup. Les deux joueurs sont à 7,5 partout mais curieusement, ils n’ont gagné chacun qu’une seule partie.

Parties 16 et 17. KO contre KO.

La seizième partie a toujours été un moment critique des matches entre les deux K. Kasparov avait remporté deux mémorables victoires en 1985 et 1986, Karpov avait brillamment gagnée la 16ème de 1987. Kasparov prouve que le choix de l’Écossaise n’était pas du bluff. Karpov s’est préparé mais de son propre aveu, son idée s’est avérée fausse. Au 15ème coup, on peut déjà penser que la partie est stratégiquement gagnée pour Kasparov, qui vient de gagner un pion.

Sauf que… Karpov s’accroche comme il peut, compliquant la tâche de son adversaire. Ce qui paraît simple le devient un peu moins. Puis Kasparov s’impatiente et effectue une poussée de pion douteuse. A l’ajournement, il n’a rien de mieux qu’à proposer l’échange des Dames. Certes, il a une qualité de plus (contre un pion) mais Kasparov l’admet lui aussi, la finale est théoriquement nulle. Cependant, elle est difficile en pratique car les Noirs doivent jouer parfaitement. Karpov ne sait pas pourquoi mais il voit sa position se dégrader peu à peu. Au 64ème coup, nous voilà dans une finale Tour et Fou pour les Blancs contre Cavalier et Fou pour les Noirs, chacun a un pion bloqué par l’autre. La règle impose la nulle au bout de 50 coups sans prise ou sans poussée de pion. Kasparov a le dessus mais il doit tenir compte de cette règle. Au 89ème coup, la partie est ajournée une deuxième fois. On a le sentiment que les Blancs n’arriveront pas à gagner mais Kasparov fait reporter la 17ème partie pour gagner le temps de trouver le gain. Finalement, il y parvient : après une lutte de 102 coups, Karpov finit par abandonner. C’est la plus longue partie jouée par les deux K en championnat du monde et Kasparov réussit encore à gagner la 16ème partie.

Position finale après le 102ème coup blanc Rd8-e7. Les Blancs tissent un réseau de mat car le Roi Noir est coincé.

Position finale après le 102ème coup blanc Rd8-e7. Les Blancs tissent un réseau de mat car le Roi Noir est coincé.

C’est alors que surgit la polémique du match. On accuse Kasparov d’avoir utilisé un ordinateur pour trouver la ligne de gain. Kasparov se défend à la télévision (sur TF1 à minuit passée). De toute façon rien n’interdit l’usage d’un ordinateur pendant les analyses. C’est la raison pour laquelle la FIDE décide que les parties de championnat du monde commenceront et iront jusqu’au bout sans interruption à partir de 1993.

A 7,5 contre 8,5, Karpov pourrait avoir l’air abattu. Il a résisté en vain dans une partie de plus de 10 heures. Mais le champion qu’il est n’a pas renoncé. Au contraire, il assène une terrible leçon de stratégie à Kasparov dans la 17ème partie. En 40 coups, il égalise. Les coups pleuvent et le match s’emballe.

Parties 18-22. Kasparov assomme Karpov mais…

Là aussi, on pourrait sentir un Kasparov décontenancé. Il a consacré tant d’efforts à gagner la 16ème, qui ont été ruinés dans la 17ème partie. Il repart dans une partie Espagnole. Karpov tente un sacrifice de pion, préparé spécialement pour la partie, ce qui n’est pas dans son style. Et surtout Kasparov réfute ce plan tout simplement sur l’échiquier. Il rend son pion, mais Karpov le refuse. La position se simplifie à l’avantage du champion du monde qui progresse comme un bulldozer. Karpov ne voit plus la lumière et abandonne au 57ème coup. Kasparov vient de reprendre l’avantage. En trois parties, on a assisté à trois gains alors que les 15 premières n’en avaient donné que deux !

Dix-neuvième partie. Karpov doit gagner deux parties de plus que Kasparov pour gagner le match. Après des Grünfeld infructueuses, Kasparov reprend les voies de la défense Est-Indienne. Ces voies sont impénétrables, enfin les lignes sont fermées. Cette guerre de tranchées impatiente Karpov qui commet quelques imprécisions. Malgré un pion gagné, il est en difficulté. Le champion du monde fait virevolter ses pièces et commence l’invasion du camp blanc. Quand soudain, au 39ème coup, il propose la nulle à Karpov qui accepte. Fureur de Spassky qui s’indigne (il soupçonnera en 1992 que la nulle était arrangée, reprenant une opinion de Bobby Fischer qui accusait les deux K d’avoir arrangé leurs matches), Kasparov tente bien d’expliquer qu’il n’a pas trouvé de ligne gagnante sur le moment et qu’il était fatigué, la nulle l’arrangeant bien. La déception est grande mais aujourd’hui il semble que la ligne supposée gagnante pour les Noirs soit moins claire qu’on l’imaginait.

Vingtième partie. Kasparov a le momentum. Il aurait pu faire la décision dans la dix-neuvième. Mais il se rattrape dans la suivante. Karpov choisit de jouer pour le gain avec les Noirs. La décision est discutable mais Karpov n’a que deux fois les Blancs sur les cinq dernières parties. On reprend la quatrième partie. Kasparov apporte une nouveauté : un cavalier replié en h2, pour amorcer une attaque contre le roi noir. Karpov prend un pion mais doit subir l’assaut des pièces blanches, toutes orientées vers son monarque. Puis au 25ème coup, il commet une lourde erreur. Kasparov lance toutes ses pièces : « 6 pièces contre un roi seul c’est trop ».

Timbre 20ème partie 1990

Et c’est vrai. Le champion du monde mène une véritable exécution : il sacrifie sa dame. Spectaculaire mais il y avait un mat en jouant plus simplement. Planter un sacrifice de dame en championnat du monde ! Tentant contre un Karpov. Kasparov renoue sa cravate, regarde au ciel comme s’il n’y croyait pas avant d’exécuter la sentence. Karpov n’a rien de mieux que rendre la dame mais Kasparov récupère les intérêts de son sacrifice. On aurait plutôt aimé qu’il joue pour le mat. Mais ce n’est pas grave : Karpov est sonné, il n’abandonne qu’au 42ème coup. A 11-9 le match est quasiment terminé.

http://www.dailymotion.com/videoxc53xz

Vingt-et-unième partie. C’est la dernière chance de Karpov. Il doit marquer 3 points et demi sur 4 pour gagner le match mais en son for intérieur, il sait déjà que le match est perdu. Reste l’honneur et arriver à un match nul. Il attaque la partie en choisissant une construction ambitieuse. Kasparov subit le jeu en début de partie. Mais Karpov hésite, fait des allers et venues avec un fou et perd du temps. C’est le champion du monde qui prend l’initiative. La fatigue jouant, il n’arrive pas à l’exploiter et les deux joueurs arrivent à l’ajournement dans une position très compliquée mais favorable aux Blancs. Personne ne sait vraiment si Karpov pouvait gagner mais on pense qu’il aurait pu mettre le champion encore plus à l’épreuve. La nulle est conclue au 89ème coup.

Partie vingt-deux. Kasparov a les Blancs. Un match nul suffit pour garder son titre. Il peut le faire au 12ème coup en forçant la répétition de coups mais il n’est pas homme à se contenter de peu, surtout que son image de marque est un peu écornée après la 19ème partie. Les deux joueurs reprennent la variante de la 4ème partie. Karpov obtient une forte initiative à l’aile-dame. Kasparov semble en perdition, ses deux fous sont enfermés par une masse de pions. Le champion du monde trouve une brillante ressource : il sacrifie une pièce pour trois pions. Karpov ne peut se contenter d’une fin de partie égale et joue pour le gain. Il commet plusieurs erreurs. Dès qu’il voit sa chance de forcer la nulle, Kasparov la prend, ce qui lui assure les 12 points fatidiques. Mais il a regretté ensuite de n’avoir pas joué un coup plus fort, qui lui aurait apporté une cinquième victoire et terminé le match au 20 décembre.

Pour l’honneur. Parties 23 et 24.

Le seul intérêt de ces deux dernières parties est financier. Karpov veut faire match nul pour partager les gains et aussi pour montrer à son rival qu’il reste à sa hauteur. La 23ème partie est reportée deux fois : une première par Karpov le 22 décembre et une deuxième par la FIDE le 24 (report « technique »). Le match reprend le 26.

Kasparov a-t-il fêté Noël ou s’est-il relâché ? On ne sait pas mais il joue très mal la partie et se retrouve rapidement dans une position désespérée. Il sacrifie une pièce pour lancer une timide contre-attaque. Karpov n’a pas de mal à repousser cet assaut et gagne en 29 coups seulement. 11-12, tout est possible.

31 décembre. 24ème et dernière partie. C’est la 144ème entre les deux joueurs en match. Un record qui ne sera jamais battu. Mais ce qu’on ignore c’est que c’est la dernière dans un championnat du monde entre ces deux géants. Karpov joue encore le gain. Kasparov choisit une ouverture tranquille mais le challenger semble mieux parti. Ceci n’est qu’apparence car après quelques coups, la position se retourne à la faveur de Kasparov. Quand celui-ci prend une pièce au 36ème coup, il propose la nulle avec un grand sourire à Karpov. Ce dernier, qui était perdu, accepte et les deux champions devisent tranquillement, comme cela a été souvent le cas durant ce match. Kasparov remporte le match par une petite marge (12,5 à 11,5 et 4 victoires à 3 pour 17 nulles) même si sa domination a été plus nette à Lyon. Karpov n’a pas renoncé, il a donné rendez-vous pour 1993. Mais de ce rendez-vous, il n’y en aura plus qu’en tournois et en exhibitions…

Position finale de la dernière partie. Kasparov a pris le Fou a4 et après Cc5xa4 Ta1xa4 gagne deux pièces (plus le pion) pour la Tour ce qui donne l'avantage décisif. Le champion du monde propose avec le sourire la nulle. Ce que personne ne sait encore, c'est que c'est la dernière fois que Kasparov et Karpov s'affrontent en championnat du monde.

Position finale de la dernière partie. Kasparov a pris le Fou a4 et après Cc5xa4 Ta1xa4 gagne deux pièces (plus le pion) pour la Tour ce qui donne l'avantage décisif. Le champion du monde propose avec le sourire la nulle. Ce que personne ne sait encore, c'est que c'est la dernière fois que Kasparov et Karpov s'affrontent en championnat du monde.

Pour ceux qui veulent suivre les douze dernières parties lyonnaises, voici cette vidéo (2 h 45) en anglais qui reprend les images de TF1.

Le grand-maître Bachar Kouatly (organisateur et premier grand-maître français d’origine) assiste les deux K dans leur analyse. Ce qui est assez remarquable c’est la qualité d’autocritique des deux champions, qui n’hésitent pas à reconnaître leurs erreurs.

A la fin on peut y découvrir un certain Pascal Praud. Attention, le début de la vidéo est mauvaise mais la suite est de meilleure qualité.

http://video.google.com/videoplay?docid=-123587302886162278

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