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"LA REVANCHE DES MORTES-VIVANTES" ( 1987 ) de Peter B. Harsone

Par Charlyh

Après des films de morts-vivants/zombies ( massivement ) américains ( de l’original « NUIT DES MORTS-VIVANTS » de George Romero au récent « ZOMBIELAND » de Ruben Fleischer ) et avoir abordé l’humour britannique de « SHAUN OF THE DEAD » sans le développer mais non sans éviter la gaudriole teutonne ( « LA NUIT DES LOOSERS-VIVANTS » ) tout en esquivant la frénésie et folie des zombies italiens et oubliant les versions asiatiques ( et je ne saurai trop vous conseiller le foutraque « SAR WARS » ) dans cette semaine d’attente, nous voici enfin arrivés à son terme.
Et c’est alors que sort aujourd’hui sur nos écrans cette « HORDE » française de Yannick Dahan et Benjamin Rocher que j’aborderai le cas du film de zombie français… ou franchouillard plutôt :

« LA REVANCHE DES MORTES-VIVANTES » de Pierre B. Reinhard

Un motard, travaillant pour le directeur d’une usine de produits chimiques, déverse, chaque nuit, un produit dans du lait. Lait contaminé par ces déchets chimiques qui ne vont pas tarder à causer la mort de trois jeunes filles ( qui, justement, travaillaient dans cette usine de campagne ) !!
Très rapidement, les soupçons se portent sur l’usine en question et son directeur, plus précisément.
Directeur qui depuis à l’Allemagne, où il tente de résoudre d’autres problèmes concernant son usine, nie la participation de celle-ci dans ces tristes décès mais devra rentrer dans sa campagne profonde en apprenant le décès de sa femme. Accompagnée d’une enquêtrice pas bien débrouillarde envoyée par la maison-mère, il prétendra éclaircir cette bien sombre affaire…

Et surtout encore plus sombre pour le spectateur qui ne s’est pas encore endormi devant un tel futur nanar ou n’a pas fuit devant tant de zéderies :

La secrétaire du vil directeur mais peu éploré veuf connait aussi cet homme de main motorisé mais surtout monnaye les services charnels d’une prostituée pour filmer ses ébats avec son patron de directeur à l’insu de celui-ci dans le but de magouiller un chantage contre l’usine, oups !!
Un héros - ou semblant de zéro en la personne de Christian le chimiste de l’usine ( et amant de la femme disparue du directeur au passage ) - qui assistera à la résurrection des trois jeunes femmes décédées après que notre terroriste peu écologique de motard soit venu déverser dorénavant ses déchets chimiques dans le cimetière du coin.
Ce motard en question qui subira la vindicte écologiste ou du moins contre ce scandale industrialo-agricole occulte de ces trois mortes-vivantes
pour l’une des scènes les plus gores et tranchante parmi d’autres du film…


Zéderie plus que franchouillarde voire caricaturale dans son exagération de l’interprétation d’un casting qui fleure bon ou presque l’amateurisme ( si Patrick Guillemin n’était pas réapparu depuis dans d’autres productions françaises et le plus souvent télévisées comme son second rôle récurrent dans la série « Nestor Burma » avec Guy Marchand dans le rôle titre ) mais aussi son écriture et sa réalisation.

Rédigé, après dix pastagas sur le coin du zinc et à la va-vite comme l’écriraient certains sur d’autres sites, ce scénario bordélique est donc l’œuvre criminelle plus que cinématographique d’un certain John King. Pseudonyme royal cachant l’identité de Jean-Claude Roy ( Roy : King, vous saisissez la hauteur de la recherche nominale ? ), scénariste de « DRESSAGE » de Reinhard en 1986, en fait.
Connaissance du grand mais irrespecté Jean Rollin ( auteur, entre autres, d’un « LAC DES MORTS-VIVANTS » en 1981 pouvant résumer alors la totalité et intégralité d’une production française de genre dans les eighties ), qui présentera à notre scénariste de génie le débutant Benoit Lestang, créateur des effets spéciaux de son film, pour travailler sur ceux de celui-ci, Jean-Claude Roy  n’aura pas à être incarcéré seul pour les cinéphiles élitistes les plus durs, puisque il aura œuvré conjointement avec ce Peter B. Harsone sorti de derrière les fagots – si le film d’horreur « TRACKING » en 1981 peut représenter un fagot - pour offrir aux fans de genre et de ce genre de nimportenawak en particulier cette bande de 76 minutes ( du moins dans son exploitation nationale ).

Encore un pseudonyme : Peter B. Harsone cache, en fait, l’identité de Pierre B. Reinhard, réalisateur déjà connu sous d’autres noms d’emprunts ( Oliver Mato et Mike Strong ) et d’autres encore comme scénariste ou monteur.

Venu de ce porno sur lesquels nos parents ont pu connaître leurs premiers émois érectiles et peut-être jouissifs devant tant de tabliers de sapeurs se perdant dans ces épais tapis fourrés…. heu, d’une épaisse fourrure récurrente dans ces films des années 1980 à la pauvre musique accompagnant ce pseudo flou artistique ( débutant comme réalisateur et scénariste en 1977 dans « ENTRECUISSES » avant d’enchainer les postes de réalisateur et monteur - non pas celui-là, il fera l’acteur plus tard en 1987 dans « SODOMIES BRULANTES » – en 1982 dans « DELICES D’UN SEXE CHAUD ET PROFOND » avant de cumuler sous le pseudo de Mike Strong ceux de réalisateur, producteur, scénariste et monteur d’un film comme « BIEN AU FOND DU PETIT TROU » en 1984 ), dont les titres les plus célèbres doivent rester ces « DRESSAGE » ( avec déjà Véronique Catanzaro et Sylvie Novak, ici ressuscitées ) et « LE DIABLE ROSE » ( avec Roger Carel, Pierre Doris mais surtout Brigitte Lahaie ) en 1986 et 87, on pourrait croire que ce réalisateur Suisse ne voulait pas en tâcher sa prometteuse carrière avec un tel film d’horreur : le premier film gore français dixit l’accroche publicitaire de l’époque !!
Et cela se voit, non pas qu’il ne veuille pas en tâcher sa carrière mais qu’il vient du porno, puisque le montage connu et exploité dès le 16 septembre 1987 ( date de sortie française ) de ce film tourné en 1986 recèle tout de même de quelques mielleux moments teintés d’érotisme si ce n’est d’érotisme tout court ( et ça c’est bien dommage dans ces moments là d’être court, jeune homme ).
Ne dépassant pas le niveau d’autres productions érotiques ou pornographiques de l’époque – et ce qu’elles soient signées Pierre B. Reinhard, Mike Strong, Oliver Mato, R. Brulle ou d’autres – cette « REVANCHE… », film gore voulu et enfanté par son réalisateur, connaîtra, donc, une version alternative plus longue de six minutes ( amenant sa version longue canadienne « THE REVENGE OF THE LIVING DEAD GIRLS » à 82 minutes ) que les spécialistes ne pourront pas appeler « Director’s Cut » puisque le cut final en question est bel et bien celui que les Français connaissent et que Neo Publishing va exploiter et distribuer en DVD. Ces inserts hard semblant avoir été rajoutés contre l’idée de Reinhard qui pour une fois n’en voulait rien de hard ( je sais, elle, est facile bien que capilliotractée celle-là ) mais n’espérait que nous en foutre plein la gueule, et pas de foutre, cette fois, mais de gore, et ce malgré la pauvreté du budget alloué à son film « provincial ».
Mais, rassurez-vous, espèces de petits pervers et vicieux, ces scènes coupées par un montage effectué à la hache en pleine scène de dialogues et au moment où la tension du slip plus que le désir semble monter chez ces acteurs approximatifs n’apporteront sans doute rien à l’intrigue du film.
Ce qui n’empêche, laisse le spectateur assister à un défilé de mortes-vivantes à demi-nues aux corps poudrés de noir ( dans des nuages et écrans de fumées artificiels ) pour compléter la misère d’un maquillage plus pauvre qu’approximatif quand ces mortes en question ne se dessapent pas purement et simplement soit pour s’offrir quelques scènes érotisantes de lesbianisme avortée avec une future victime ou piquer une tête non pas dans une scène gore mais dans une piscine et y faire quelques brasses ?!

Oui, il y aura de tout et n’importe quoi dans ce film de dards et de Z ( comment ça je tombe dans la facilité ? ) dont l’érotisme si léger qu’il ne réveillerait pas un mort ( et je vais toutes vous les faire ces vannes aisées et faciles ) n’est pas sans rappelé le Maitre Jean Rollin, pape alors du gore et sexe français.
A l’exception que les films du réalisateur et auteur francilien possédaient eux une poésie surréaliste qui lui est propre et que la pauvreté de certains budgets n’a jamais relégué ceux-ci à l’éternelle et immortelle exception franchouillarde dans un monopole de zomblards ringards outre-alpins parodiant les ricains…

Car, en effet, si on ne peut pas cracher sur la tentative maladroite voire débutante du travail artistique du responsable des effets pas si spéciaux et du maquillage Benoit Lestang ( « BABY BLOOD », « BROCELIANDE », « SAINT-ANGE », « SHEITAN », « MARTYRS » ) ne se sera jamais éloigné de la figure classique du zombie et ce combien même soit-il ou plutôt soit-elle féminine. Un combien ridicule imagine-t-on lorsqu’on constate que nos mortes non que leurs têtes de décomposées et une, une seule main - qu’elles se refilent les une les autres selon leur scène et apparition à l’écran !!
Les amateurs de petits nibards à l’air et autres minous en liberté apprécieront en tordant ce qu’il leur reste d’essuie-tout entre les mains, les fans de zombies se diront, eux, que c’est toujours mieux que les premiers ressuscités anthropophages de Romero en 1968 mais loin de concurrencer le contemporain « RETOUR… » américain de Dan O’Bannon ou autres zéderies ritales.
Heureusement et ce malgré la pauvreté du budget ( qui dû être alloué proportionnellement au sérieux du scénario et aux qualités du réalisateur ? ), notre futur nom des FX français, Benoit Lestang ( qui nous a quitté le 27 juillet 2008 à 44 ans ), a réussi à combler son réalisateur « amateur » et le spectateur avide de tripes et de sang avec quelques bonnes scènes bien gores censés choquer et heurter le public français : œil crevé à grands renforts de talon aiguille pour la femme du directeur, mutilation génitale à l’aide d’un sabre inséré profondément pour leur victime lesbienne, avortement ex utero à l’acide pour la femme de notre pseudo-héros, j’en passe et peut-être pas de meilleures mais des pires !!

Et c’est en cumulant tous ces malus ( pauvreté du budget, usure jusqu’au latex des effets spéciaux et maquillages artisanaux, amateurisme du casting, première expérience d’un réalisateur ayant gardé un poil de chatte bien velue sur la langue pour tenter de répéter et balbutier une grammaire cinématographique non maitrisée, montage pornographique parallèle non-assumé, scénario décousu et origine française incontrôlée ) que pourtant « LA REVANCHE DES MORTES-VIVANTES » de Peter B. Harsone ( ou Pierre B. Reinhard comme vous voulez ) devient une perle rare du cinéma de genre hexagonal et l’un de ces Z français écrit d’un grand Z comme dans zéro… de conduite ? de budget ? de profit ?

Bête de concours comme on en reverra jamais ou presque jamais ( avant l’essor du Net et du numérique qui permettront à de prétendus réalisateurs du dimanche venir abreuver les sites du genre MySpace, Youtube ou Dailymotion de leurs bouses torchées et bâclées selon les succès du box-office du moment sans véritable esprit et amour du genre ) au palmarès du plus mauvais jeu d’acteur du monde et la réalisation la plus artisanale qui soit, cette « REVANCHE … » est un bon nanar voire un nanar de haut vol comme on en fait plus : érotisme ( hérité d’années de pratiques sexuelles filmiques et acrobatiques ) tranché dans le vif du sujet pornographique à venir pour calmer quelques ardeurs du spectateur un peu plus loin d’un bon gore craspec et choquant "mad" in France, interprétation à la limite de l’improvisation et l’imitation de dernière minute ( Patrick Guillemin au jeu approximatif pourvu d’une voix monocorde à la tristesse nonchalante absolue, un motard qui ne trouve rien de mieux que rouler des yeux pour traduire la folie ou cette actrice qui demande à ce qu’on lui masse la jambe un peu plus haut et toujours plus haut, etc ), dialogues s’étant trompés de registre ou bloqués en mode pornographique ( avec lesquels vous apprendrez ce qu’est la brouette de Zanzibar ou qu’à l’époque la mode était aux cœurs croisés de Playtex ) font de ce film une expérience cinématographique si exceptionnelle de bêtise crasse qu’elle en deviendrait presque cul…te ( et oui, je sais, encore plus facile que tout celle-là ).

A mater et re-mater entre potes, autour d’un pack de bières et quelques pizzas, pour pouvoir rire des commentaires les uns des autres et ce jusqu’au bout du film, oui, m’sieurs-dames, jusqu’au bout… puisque le DVD Neo Publishing a la délicatesse de proposer cette fin alternative, qui au-delà d’un dernier clin d’œil, hommage ou repompage ( ce qui ne serait pas étonnant de la part de deux lascars issus du X ) aux « DIABOLIQUES » d’Henry-Georges Clouzot avec ce carton « Ne soyez pas démoniaques, ne détruisez pas l'intérêt que pourraient prendre vos amis à ce film, ne leur racontez pas ce que vous avez vu », permet surtout de peut-être excuser une bonne partie des effets spéciaux et du scénario en délivrant un ultime twist final, surprenant et réhabilitant – à mes yeux – ce film de Pierre B. Reinhard et Jean-Claude Roy.
Et c’est bien pour ça que je vous le proposais quand même ce soir, dont voici la bande-annonce :


Vous pouvez maintenant éteindre votre télévision et aller vérifier la qualité de votre brique de lait…

La fiche IMDB ( en français ) du film


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