Magazine Culture

Andrea Chenier à l'Opéra Bastille

Publié le 01 décembre 2009 par Popov

Andrea Chenier à l'Opéra  Bastille

Et si la marque de fabrique de Nicolas Joel , taxé régulièrement de provincialisme  depuis son arrivée à la tête de l'Opéra de Paris ou encore  de tenant d'un "Opéra de Papa" n'était au fond, qu'un amoureux du chant, de la musique et du divertissement de qualité?  Il y a dans le Andréa Chenier joué actuellement et mis en scène par Giancarlo di Monaco (un patronyme à consonance prestigieuse dans l'histoire de l'art lyrique) un vent de retour aux origines qui décoiffe . L'oeuvre d'Umberto Giordano caresse l'idée d'une mort libératrice thème romantique s'il en est, à l'image du poète qui fut un des précurseurs du mouvement.Autre thème porteur sur le plan dramatique, la figure de l'artiste écrasé par la Révolution et qui voit ses idéaux de jeunesse piétinés par la dictature d'un peuple ingérable ("J'ai changé de maîtres ' rappelle Gérard,l'humilié qui ne se redresse que  pour mieux être bourreau à son tour).Le soir de la générale, un public enthousiaste salua toute l'équipe venue sur scène célébrer l'inscription au répertoire d'un compositeur dans le genre plus que "classique". Il faut dire que tout était à la hauteur d'un spectacle dans la plus grande tradition des tournées Karsenty Herbert . Une chorégraphie discrète mais habile avec faune lubrique sur fond de gavotte. Des costumes somptueux d'aristocrates aux perruques ciselées comme des élytres , un décor à la Kubrick(anachronismes compris) avec  figuration importante(sans culotte, gardes nationaux)artistes des choeurs disséminés(Incroyables, Madelon etc.) et maquillage de mort vivant (pour faire comprendre que l'on passait d'un monde à l'autre, les nobles ont déjà des têtes de cadavres avant même d'être raccourcis). Il ne faudra  par contre s'attacher à la lettre du livret de Luigi Illica. C'est un bruit de fond , tendu, narratif , qui permet à l'action de se développer et de faire éclater quelques bulles de pure beauté de chant. Dommage pour Chénier le poète mais tant mieux pour la musique.

Mais  comment imaginer que l'  auteur de vers aussi brilllants que  :

"Comme un dernier rayon, comme un dernier zéphyre/

Animent la fin d'un beau jour/

Au pied de l'échafaud j'essaie encore ma lyre"

ou encore

"Sur des pensers nouveaux, faisons des vers antiques",

comment imaginer que cet amoureux des iambes antiques puisse proférer dans le livret des clichés   de poète amateur qui peine à accorder son luth. Magie de l'Opéra...Marcelo Alvarez ,ténor modèle , généreux et puissant ferait heureusement passer n'importe quel ver de mirliton pour une phrase pleine de  métaphysique. Sa seule présence vaut le détour par Bastille . Lui donne la réplique  Sergei Murzeiv, bouleversant dans le rôle du torturé Gérard, double noir de Chénier, lui aussi entre deux mondes, et la remarquable Micaela Carosi qui fait une Madeleine tout à fait à hauteur de casting sinon à hauteur de Callas interprète légendaire du rôle. Un Opéra très ancien régime donc mais qui montre que tout n'était pas si mauvais dans le vieux monde et que Chateaubriand s'il vivait encore aurait apprécié, nostalgique.


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Popov 46 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Dossiers Paperblog