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Elisabeth Badinter, une féministe qui dérange

Par Hmoreigne

Il est des coups de pouce aux allures de coup de grâce. La journée spéciale consacrée par une station publique, France Inter, au nouveau livre d’Elisabeth BadinterLe conflit, la femme et la mère ” a suscité un déferlement de réactions très majoritairement hostiles. “Sois riche et tais-toi” constitue l’argument récurrent des détracteurs qui refusent le débat des idées au seul motif que celle qui le ravive est une actionnaire majoritaire de Publicis. En posant la question de la place de la femme dans la société actuelle, en brisant le mythe de la femme contemporaine libérée, maîtresse de son destin,pour à l’inverse dénoncer une régression qui ne dit pas son nom, Elisabeth Badinter suscite le courroux quand ce n’est pas de la haine sur fond d’antisémitisme rampant. Certes, France Inter, en consacrant une journée entière au livre de la philosophe, en a fait un peu trop. Cette maladresse a elle seule n’explique pas tout.

La violence des réactions, le torrent de bile déversé sur le répondeur de l’émission de la station publique “Là-bas si j’y suis” interpelle. Si l’émission de Daniel Mermetconstitue par son manichéisme ambiant un peu le cercle des gauchos disparus et confère à ce rendez-vous un côté folklorique sympathique, les propos tenus à l’occasion de la journée spéciale Badinter témoignent d’un tournant préoccupant. D’autant plus préoccupant qu’il n’est pas un phénomène isolé. La lecture de certains commentaires sur différents sites ou blogs confirme une vague de fond. Le problème ce ne sont les réactions en elles-mêmes mais le fait qu’elles portent essentiellement sur la personne qui les tient et non sur son argumentation. A écouter ses détracteurs, la pensée de l’épouse de l’ancien garde des sceaux est obligatoirement suspecte au seul motif que son auteur est une femme riche, fille et l’héritière de Marcel Bleustein-Blanchet, fondateur de Publicis dont elle est aujourd’hui la deuxième actionnaire. Il est vrai que pour des esprits mesquins, une femme libre, intelligente et riche,ç’est intolérable, surtout si elle pousse à réfléchir, à s’interroger sur des chaînes invisibles. Ces esprits chagrins oublient opportunément que les penseurs éclairés des Lumières appartenaient eux aussi à des classes hautement favorisées. Si le féminisme recule, la tolérance également. Quelle liberté d’expression réserveraient nos courageux censeurs à Olympe de Gouges et à Emilie du Châtelet ? Leur tolérance serait-elle inférieure à la haute-société du XVIIIème siècle ? La vague anti-badinter est largement portée par une extrême gauche opportunément frappée de cécité lorsqu’il convient de s’interroger sur la présence d’une candidate voilée dans une liste du NPA. A ce sujet, pour ceux qui accusent Elisabeth Badinter de silence sur la question de la burqua, la réponse se trouve dans l’intervention de cette dernière devant la commission de l’Assemblée nationale consacrée à ce thème.

Qui pourtant peut rejeter le simple constat que depuis quelques années, qui correspondent au début de la crise, les femmes doivent faire face à une pression implicite qui les invite à renoncer à travailler, à allaiter leurs enfants et à renoncer pour des raisons écologiques à différents produits ou techniques qui avaient jusqu’alors concouru à l’émancipation de la femme mère et ménagère ? Elisabeth Badinter rejette une culpabilité entretenue qui voudrait que dès lors qu’on est mère on soit frorcément coupable. Son livre pose la question de savoir si la maternité doit constituer le cœur de l’identité féminine, si la moitié de l’humanité doit être enfermée dans le seul statut de la reproduction. Sa réponse est évidemment non. Non surtout à des pressions d’ordre moral qui ôtent à la femme un choix légitime, la liberté de choisir, pour lui substituer une conception unifiée des femmes qui les ravaleraient au statut d’une espèce animale. L’intellectuelle rappelle qu’il faut garder un pied dans l’emploi à tout prix : “Le retrait du monde du travail est très dangereux. Aujourd’hui, un couple sur deux divorce et les femmes se retrouvent parfois dans une grande précarité. Et s’il faut rester avec un homme que l’on n’aime plus pour des raisons financières, c’est terrible“.

Dans les commentaires qu’on peut parcourir ici et là alternent le pire et le meilleur. Des attaques sur le physique ou des supposés liens financiers avec Israël mais aussi parfois de la gratitude : “Je suis reconnaissante à Mme Badinter d’élever encore la voix. Et non, Mme Badinter n’est pas relayée parce qu’elle est la fille d’un publicitaire célèbre mais parce qu’elle est une figure du féminisme qui dit des choses qui font réfléchir, qu’on les approuve ou non“. L’important est bien là, dans ce sentiment de tolérance résumé dans la célèbre phrase attribuée Voltaire : “je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire“.


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LES COMMENTAIRES (2)

Par MAP
posté le 16 février à 11:13
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Moi, à 57 ans je l'ai trouvé très bien sur Canal+ hier soir

Par patrick valas
posté le 16 février à 00:43
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Élisabeth Batinter a raison de ne pas confondre La Mère et une femme. Lire le livre de Colette Soler, fondatrice de l'École de Psychanalyse des Forums du Champ Lacanien. Sa présentation fait suite au Thésaurus, La femme dans les écrits et les séminaires de Jacques Lacan.

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