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Visite en avant-première des serres du Jardin des Plantes

Publié le 16 février 2010 par Fuzzyraptor

serres Après plusieurs années de travaux, les Grandes Serres du Jardin des Plantes, entièrement rénovées et réaménagées, ouvriront à nouveau leurs portes au public en mai 2010. Coup de chance, j’ai eu l’occasion de les visiter en petit comité. Je vous propose une petite balade botanique en ma compagnie, dans des milieux végétaux très contrastés.

Jeudi dernier, froid polaire dans le jardin des plantes, fermé par sécurité. Avec une dizaine de collègues privilégiés, je m’approche prudemment des serres voisines du muséum sur un sol aussi glissant qu’une patinoire. Nous pénétrons par une porte de service dans la grande serre, anciennement nommée le Jardin d’hiver, accompagnés d’Eric Joly, le directeur du Jardin des Plantes et de l’Arboretum de Chevreloup (1).

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A l’intérieur, près du bassin, la température d’une vingtaine de degrés nous permet enfin de retirer gants et bonnet. Nous constatons que nous sommes entrés par une ouverture dans un rocher artificiel, petit frère de celui du zoo de Vincennes, sur lequel s’agrippent lianes et autres plantes (voir photo).

Eric Joly nous indique que la serre, bâtiment de 1000 m² pour 16 m de hauteur tout en verre et acier, a été fermée en juin 2005 pour être entièrement dévitrée et revitrée pour raisons de sécurité. Depuis sa création dans les années 30 par René Bergé, jamais elle n’a connu de ravalement aussi important. Le chantier a nécessité le déménagement de toutes les plantes, sauf des plus grandes (2). Ce jour là, elle est parcourue par des jardiniers (ils sont six en tout) qui arrosent ça et là la terre ou les feuilles et des techniciens qui installent les derniers tuyaux.

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Ici sont rassemblées des plantes de toutes les zones du globe à climats équatorial et tropical humide (arbres, Palmier des Bermudes, bananiers, grand ficus, arbrisseaux, plantes herbacées, fougères…). Pour la plupart, ces plantes viennent des collectes des scientifiques lors de missions ou de voyages, mais aussi d’échanges avec d’autres jardins botaniques. Le but ? Créer des collections différentes d’un jardin à l’autre pour répartir la diversité des plantes et proposer des collections variées au public (3). L’intérêt et la rareté de chaque plante entre également en jeu.

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Denis Larpin, responsable scientifique des collections végétales tropicales au look de baroudeur, nous dévoile une partie de la future scénographie. Des panneaux évoqueront les plantes utiles à l’homme (café, vanille, banane, acajou, pervenche de Madagascar…). Après un petit tour de la serre et la montée de plusieurs étages à l’intérieur du rocher, nous arrivons sur une terrasse de laquelle nous observons la canopée (photo ci-contre). C’est l’occasion d’évoquer la rude compétition pour la lumière que se livrent les plantes. Grands arbres, plantes épiphytes (qui poussent sur les troncs), lianes… tous on trouvé une manière différente d’atteindre la lumière. Mais certaines plantes ont en revanche fait le « choix » de capter différentes longueurs d’onde et peuvent ainsi pousser à l’ombre dans le sous-bois.

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La petite troupe descend ensuite les escaliers en file indienne et arrive dans la serre adjacente aux dimensions plus modestes. Ici, rien n’est encore prêt comme en témoigne la photo ci-contre mais le projet promet de transporter le public en Nouvelle-Calédonie, une île française bien connue des botanistes du muséum, où 75% des 3700 espèces de végétaux sont endémiques. Au programme : géographie, écologie (forêt humide, forêt sèche, maquis minier, prairie sèche), histoire, statut actuel et même menaces qui pèsent sur cette biodiversité : le feu, l’exploitation minière, l’urbanisation, la présence de cerfs friands de végétaux… En plus des plantes, cette serre présentera des films sur la croissance modélisée et accélérée des végétaux, réalisés par les membres de l’Unité mixte de recherche « botAnique et bioinforMatique de l’Architecture des Plantes » (AMAP).

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En pénétrant dans la troisième serre, une impression curieuse me prend. Ce sont bien des végétaux, mais il y a une sorte de décalage visuel… En écoutant Dario de Franceschi, chercheur spécialiste de paléobotanique, je comprends que cette sensation est due à l’absence d’herbe et de plantes à fleurs. Ici, ces végétaux « moderne » n’ont pas leur place. En effet, la serre présente exclusivement des membres de lignées évolutives très anciennes et qui ont presque disparu. Passionnant et passionné, le chercheur nous retrace l’histoire des plantes depuis 420 millions d’années, quand les continents n’étaient que des déserts minéraux. Les premières plantes, qui vivaient jusqu’ici dans l’eau, apparaissent alors timidement sur terre en développant une résistance au dessèchement. Puis elles « s’équipent » d’un réseau vasculaire et enfin colonisent la planète (à la seule exception des calottes glaciaires). Tout le défi ici a été de recréer des sols différents et adaptés à chaque espèce (plus acide ici, plus riche en certains éléments là…). Des dessins de paléo-paysages et des fossiles de végétaux complèteront le tableau de cette nature primitive.

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La dernière serre, que nous n’avons pas eu la chance de visiter, abritera des espèces de déserts et de milieux arides. C’est l’occasion de parler des stratégies que les plantes ont développé pour résister au soleil et au manque d’eau. Mais chut, je ne vous en dis pas plus ! Si vous êtes vraiment curieux, vous pouvez toujours trouver des informations ici. Je n’ai plus qu’à vous donner RDV en mai pour la visite de ces superbes serres.

(1) L’Arborétum de Chevreloup, près de Versailles, rassemble les collections de référence et à but scientifique et de conservation. Il rassemble par exemple 5000 espèces tropicales. Voir la description ici et son site internet .

(2) Un diaporama d’Eric Joly retrace les travaux.

(3) Pour preuve cette page du MNHN sur ses collections de plantes à fleurs et les fougères.

Le plan du projet, par l’Agence NC.

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Photos : ©MNHN – François-Gilles Grandin (les 4 premières) et © Marion Sabourdy


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