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« Rocky cricket » ou l’histoire de l’équipe d’Afghanistan.

Publié le 18 février 2010 par Vinz

La référence au boxeur incarné par Sylvester Stallone n’est pas de moi mais d’Hamid Hassan, un des joueurs de l’équipe nationale de cricket afghan. La sélection tentait la semaine dernière de décrocher une qualification pour la Coupe du monde de Twenty 20, qui se disputera aux Antilles en mai prochain. C’est l’occasion de revenir sur le parcours de cette équipe et de ce sport dans un pays ravagé par trente années de guerre.

L'équipe d'Afghanistan de cricket. Une belle histoire pour un pays pauvre et ravagé par la guerre.

L'équipe d'Afghanistan de cricket. Une belle histoire pour un pays pauvre et ravagé par la guerre.

Un sport de réfugiés.

Sport britannique, le cricket est évidemment arrivé avec les soldats de Sa Majesté. La première rencontre attestée remonte à 1838. Pourtant, le cricket n’a jamais percé dans ce pays peu peuplé, aux marges de l’Empire des Indes, source de tensions entre le Royaume-Uni et la Russie à la fin du XIXème siècle.

Pourtant, le cricket s’est implanté par les réfugiés revenus du Pakistan, pour fuir la guerre qui a suivi l’invasion soviétique. En effet, le cricket est le sport majeur du sous-continent indien et les réfugiés afghans y ont appris les notions de ce sport et continué de le pratiquer malgré les interdits.  Une fédération a été créée en 1995 et même les talibans n’ont pas pu venir à bout de cette passion, discrète. Alors qu’ils avaient interdit tous les autres sports, ils ont autorisé le cricket en 2000 comme seule discipline sportive autorisée. D’ailleurs, l’équipe nationale se trouvait au Pakistan au moment de l’intervention militaire occidentale : elle y perdit 3 matches, annulant deux autres rencontres.

Et dès leur départ, la fédération afghane s’est affiliée à l’ICC (International Cricket Council).

L’ascension d’un petit poucet.

En 2003, une petite équipe partit au Pakistan voisin. Devenu membre de l’ACC (la Fédération Asiatique de Cricket), l’Afghanistan commença à participer aux petites compétitions régionales. Il fallait commencer par le plus bas : disputer des matches en format Twenty-20, le plus court (1).

En 2006, l’Afghanistan crée une petite sensation, en tout cas attire la sympathie des amateurs de cricket : l’équipe est finaliste de l’ACC Middle East Cup, battue par Bahreïn et termine troisième de l’ACC Cup. Elle remporte un match en Inde contre une sélection et part en tournée en Angleterre, où elle affronte des équipes de la deuxième division. Même si ce ne sont pas les meilleures formations, l’Afghanistan remporte six des sept matches disputés. Cette fois, le format est en One Day(2).

En 2007, la victoire à l’ACC Cup est partagée avec Oman après un match nul en finale. En 2008,  l’équipe franchit un nouveau palier : elle remporte les cinquième et quatrième divisions. L’année 2009 confirme l’apparition de l’équipe sur le plan international : grâce à sa victoire dans le championnat de Troisième Division de l’ICC, elle obtient le statut d’One-Day International pour 4 ans (c’est-à-dire qu’elle peut disputer des matches en One-Day qui sont homologués et donc participer aux qualifications pour la Coupe du Monde 2011) et accède à la deuxième division internationale. Elle échoue à la cinquième place du tournoi qualificatif pour la Coupe du Monde 2011 (qui se jouera essentiellement en Inde) mais elle remporte l’ACC Cup Twenty Cup. Elle occupe le 14ème rang mondial alors qu’elle était 130ème un an et demi plus tôt.

Malgré des moyens plus que dérisoires, le cricket reste un sport assez pratiqué. Certes, la population ne suit pas les exploits de son équipe nationale mais la formation afghane inspire beaucoup de respect dans le monde du cricket. Ses joueurs sont amateurs et pour eux disputer un match contre une grande nation est l’accomplissement d’une carrière. La participation à l’International Cup permet à l’équipe de disputer pour la première des matches en first-class test (3). Opposée au XI du Zimbabwe (l’équipe bis du Zimbabwe), l’Afghanistan obtient un méritoire match nul. Bien sûr, elle ne peut pas disputer de rencontres sur son sol (la plupart des matches se joue dans les émirats du golfe Persique ou en péninsule indienne) mais l’équipe réussit bien pour le moment. Elle occupe la deuxième place de  la compétition, derrière l’Écosse qu’elle affrontera lors de leur dernier match à Aberdeen, au mois d’août.

Un sport devenu national malgré tout.

Tout reste relatif car la ferveur de la population est loin d’atteindre la ferveur autour du sport numéro un dans de nombreux pays. Ce qui demeure incroyable dans un pays comme l’Afghanistan, c’est néanmoins la ferveur de la pratique alors qu’il n’y a pas de culture de ce sport. C’est pourtant le plus populaire du pays grâce aux réfugiés venus du Pakistan. L’équipe nationale est jeune : aucun joueur n’a 26 ans et l’entraineur, le Pakistanais Kabir Khan, n’a que 36 ans. Pour ce dernier, le cricket « est vital, il pourrait apporter la paix » même s’il n’y a pas de soutien gouvernemental. « On ne peut le blâmer car il y a évidemment bien d’autres priorités » déclare-t-il à l’Independent. Hamid Karzaï est pourtant le président du cricket board, bien que ses connaissances dans le jeu restent limitées (on a bien Escalettes) mais sa présidence est plus un titre de collection qu’une fonction réelle.

Pour le moment tous ces internationaux sont amateurs. Mais le board cherche à les intégrer dans les clubs pakistanais, indiens ou sri lankais (ce qui est déjà le cas) pour se confronter à un niveau plus élevé. L’équipe a des qualités : pas forcément en défense mais le niveau est respectable à la batte et au lancer, condition indispensable pour réussir. Mais l’atout principal c’est bien entendu l’envie. L’envie de montrer que l’Afghanistan c’est autre chose que ce qu’on voit partout dans le monde

Une équipe jeune et ambitieuse.

Le meilleur joueur de l’équipe est Mohammad Nabi, qui fêtera dans un mois ses 25 ans. Joueur dans le championnat pakistanais c’est un bon lanceur.

Mohammad Nabi.

Mohammad Nabi.

Le plus prometteur est Noor Ali, 21 ans, qui a réussi un century (4) lors du premier first-class contre le Zimbabwe XI. Ses performances sont intéressantes et il est le meilleur batteur de l’équipe de sa –courte- histoire. Quant au capitaine, Hamid Hassan, il est aussi considéré comme un lanceur très prometteur, même si ses performances à la batte sont encore suspectes.

Noor Ali. Premier joueur afghan à marquer un century dans un match ODI. C'est le grand espoir de l'équipe.

Noor Ali. Premier joueur afghan à marquer un century dans un match ODI. C'est le grand espoir de l'équipe.

Hamid Assan, le capitaine et bowler (lanceur) de l'équipe. C'est lui qui a soutenu la comparaison entre Rocky et son équipe. Ici il célèbre l'élimination d'un batteur américain lors des qualifications de la Coupe du Monde Twenty. (source : cricinfo.com).

Hamid Assan, un des capitaines et bowler (lanceur) de l'équipe. C'est lui qui a soutenu la comparaison entre Rocky et son équipe. Ici il célèbre l'élimination d'un batteur américain lors des qualifications de la Coupe du Monde Twenty. (source : cricinfo.com).

C’est d’ailleurs lui qui compara l’histoire de l’équipe d’Afghanistan à celle de Rocky : « tous les deux, nous avons franchi les étapes. C’est facile d’oublier que nous sommes venus de très loin quand nous jouions en Cinquième division à Jersey ».

Mais pour les Afghans, la victoire c’est la possibilité de jouer l’Inde ou l’Afrique du Sud dans les Antilles ou bien encore de disputer quelques matches contre le Pakistan, voire d’aller défier l’Australie.

En ce mois de février, un match particulièrement symbolique a opposé la sélection afghane à la sélection étatsunienne. Après avoir battu l’Irlande et l’Écosse (deux équipes mieux classées qu’elle), elle a vaincu les USA par 29 runs avant de perdre contre les Pays-Bas (qui avaient quand même battu l’Angleterre l’an passé).

Ce samedi 13 février était donc une journée cruciale. Il fallait battre les Émirats Arabes Unis pour s’assurer une place en finale et se qualifier. Cela n’a pas été simple : les Afghans l’ont emporté de 4 wickets(5) mais avec 3 balles à jouer (101 à 100). En fin de journée, ils ont affronté l’Irlande en finale et les joueurs, certainement libérés, ont facilement gagné (8 wickets avec 15 balles à jouer). La mission est réussie.

D’une autre façon, on pourrait aussi comparer l’équipe afghane avec l’équipe de bobsleigh de la Jamaïque qui avait disputé les Olympiades de Calgary. Rasta rocket était devenu Afghan cricket.

Note. Mardi,  dans un match en format One Day, l’équipe afghane a battu le Canada d’un run et retrouve cette dernière ce jeudi puis une troisième fois mais en format first-class

Notes.

(1)Twenty-20. Format le plus court du cricket, inventé en 2003. Les manches se déroulent sur 20 overs (série de 6 lancers), ce qui réduit la durée des rencontres et favorise le jeu agressif.

(2)One Day (ou One Day International abrégé ODI). C’est le format le plus courant des matches internationaux. Chaque équipe dispute une manche de 50 overs. La rencontre se déroule sur une journée.

(3) First-class. Forme traditionnelle du cricket qui se déroule sur plusieurs jours. Le test, qui dure cinq jours maximum, n’est pratiqué que par dix équipes (Afrique du Sud, Angleterre, Australie, Bangladesh, Inde, Kenya, Nouvelle-Zélande, Pakistan, West Indies et Zimbabwe).qui bénéficient de ce statut. Les autres équipes ne peuvent l’avoir mais peuvent disputer des rencontres similaires sur des durées plus courtes. Ainsi, les first-class internationaux durent deux ou quatre jours. Le first-class concerne les équipes non nationales et les équipes nationales n’ayant pas le statut de test mais qui ont le statut de ODI (c’est compliqué).

(4)Century. Fait de marquer 100 runs dans une manche. En format ODI et Twenty, la performance est plus remarquable encore que dans le format test.

(5)Wicket. Ce terme désigne plusieurs choses : le guichet, que le lanceur cherche à détruire, et le batteur à protéger pour éviter son élimination. Le terme wicket désigne aussi l’élimination du batteur et dans l’annonce du résultat final, le nombre de batteurs non éliminés par l’équipe qui a remporté le match (qui est toujours en second lors que le résultat est annoncé ainsi).


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