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Jean-François Copé répond aux questions de L-Management…

Publié le 23 février 2010 par Lmanagement

Jean-François Copé

Maire de Meaux et Député Seine-et-Marne
Président du Groupe UMP à l’Assemblée Nationale

Son blog : www.jeanfrancoiscope.fr/blog

Jean-François Copé revient sur sa proposition de loi visant à imposer dans les entreprises françaises un quota de 40% de femmes au sein des conseils d’administration et nous apporte son avis.

  • A travers cette proposition de loi visant à instaurer un quota de 40% de femmes dans les Conseils d’administration des entreprises, vous menez un combat ambitieux : d’où vous vient votre engagement pour les femmes ?

Mon engagement pour les femmes vient évidemment de mon engagement politique puisque grâce à des engagements politiques forts, beaucoup d’avancées en matière de droit des femmes ont été permises : droit de vote, réforme du régime matrimonial, égalité en matière d’autorité parentale, droit à la contraception, à l’avortement…

Il vient aussi de mon expérience quotidienne puisque sans verser forcément dans les situations dramatiques où des femmes se retrouvent abandonnées avec leurs enfants par leur conjoint, où elles sont battues, je constate que la plupart des femmes, quel que soit leur poste, ont une double journée à assumer, au travail puis à la maison. Et qu’en plus au travail, ce sont elles qui sont le plus souvent précaires. Mon engagement pour les femmes est donc guidé à la fois par une volonté de justice sociale et par une volonté de sortir des stéréotypes qui se perpétuent depuis des années et des années sur les rôles sociaux des hommes et des femmes.

  • Avec cette proposition de loi, vous dites souhaiter créer un « électrochoc » mais pourquoi se limiter à la représentation des femmes dans les Conseils d’administration ?

Avec cette proposition de loi, nous avons voulu, avec Marie-Jo Zimmermann, donner un signal fort aux entreprises cotées et aux entreprises publiques en nous attaquant au haut de la pyramide. Il faut briser ce plafond de verre qui freine les femmes dans leur carrière, de façon totalement injuste. Avec une telle révolution à la tête des entreprises, on peut espérer une impulsion qui se diffusera à tous les niveaux des entreprises.

Si nous avons légiféré sur les conseils d’administration et de surveillance, c’est parce que ce sont des instances définies par la loi et régies par le droit des sociétés, sur lesquelles on peut donc légiférer. Cette proposition de loi n’est que le début d’un processus sur l’égalité professionnelle qui ne demande qu’à être étoffé au fil des débats et des propositions.

  • Cette loi fait déjà débat : certains parlent de discrimination positive, qu’en pensez-vous?

La persistance d’inégalités professionnelles fortes et injustifiables rend indispensable une prise de décision en matière de quotas. On ne peut plus attendre que les choses changent toutes seules, car bien qu’il y ait eu 6 lois sur l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes, dont la dernière date de mars 2006, et un accord national interprofessionnel en mars 2004, la situation sur le terrain n’a pas changé !

Cette proposition de loi est une application de l’article 1er de notre constitution qui précise que la loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités professionnelles et sociales. Si le Conseil constitutionnel n’avait pas censuré les articles relatifs à la représentation des femmes dans les conseils d’administration en 2006, nous compterions aujourd’hui 20% de femmes dans les conseils. Or actuellement nous sommes seulement à 8% de femmes au sein des conseils d’administration des 500 premières entreprises françaises. La progression naturelle des femmes est de 0,1% par an. A ce rythme il faudra attendre 2075 pour atteindre la parité ! Le recours à la loi est donc inévitable.

  • 18% seulement de femmes députées malgré la Loi sur la parité en politique? Une réelle évolution, certes, mais nous sommes encore loin d’une véritable mixité….cela ne démontre-t-il pas que les principes de quotas et de parité sont le reflet d’une « notion d’obligation » alors que le principe même de mixité dans les entreprises s’illustre par une « notion de nécessité » ? (selon l’étude américaine Catalyst, la présence massive de femmes dans les comités de direction des 500 premières entreprises mondiales permet d’afficher une rentabilité de 35% supérieure à celle des entreprises uniquement dirigées par des hommes).

Ne pensez-vous donc pas que pour réussir cette loi doit être accompagnée d’une évolution du fonctionnement (organisation des horaires,…) et de la culture des entreprises françaises…et qui permettra ainsi de faire évoluer les mentalités ?

En effet, la parité à l’Assemblée nationale est un échec mais c’est parce que les partis politiques ont préféré payer des amendes, peut être pas assez lourdes et dissuasives, plutôt que de présenter plus de femmes dans des circonscriptions gagnables. Alors que dans les conseils municipaux et régionaux où la parité est une obligation pour pouvoir déposer les listes de candidats, elle existe. Dans les conseils municipaux et régionaux, nous avons fait évoluer nos mentalités sous la contrainte de la loi et je pense que c’est très bien puisque les femmes sont tout aussi capables que les hommes d’être en charge des dossiers d’urbanisme, de développement économique… matières qu’on a souvent tendance à attribuer aux hommes alors qu’on réserve aux femmes la petite enfance.

Pour les entreprises, je suis toujours assez mal à l’aise quand on évoque la réorganisation des horaires pour favoriser les carrières des femmes car pour moi cela signifie qu’on part du présupposé que ce sont uniquement les femmes qui doivent partir à 18h pour aller s’occuper des enfants. Si des réorganisations doivent avoir lieu dans les entreprises, cela doit être au bénéfice de tous les salariés, hommes et femmes, pour que tout le monde puisse travailler mieux.

  • En 2009, 100% des couvertures du magazine « Management » sont représentées par des hommes alors qu’il existe 30% de femmes cadres dirigeantes : le véritable frein à la mixité n’est-il pas plutôt dans la représentativité exclusivement « masculine » de la réussite professionnelle dans les médias ?

C’est vrai que la réussite professionnelle est souvent associée au masculin. Je crois que de ce point de vue, le monde politique est peut être plus avancé que le monde économique parce qu’on a plus de femmes, proportionnellement, qui sont valorisées.

Grâce à cette proposition de loi, nous avons vu que les médias, et pas uniquement les magazines féminins, s’intéressaient aux femmes qui réussissent professionnellement. C’est déjà un succès en soi.

  • Comment expliquer et changer ce manque d’identification de la femme professionnelle dans les médias ?

Je l’explique, en partie, par tous les stéréotypes qui ont la vie dure. Regardez, par exemple, les catalogues de jouets à Noël : devant les cuisinières et les aspirateurs, qui voit-on ? Des petites filles ! Lutter contre les stéréotypes de ce genre doit commencer dès le plus jeune âge.


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