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Mezquite road, de Gabriel Trujilo Munoz

Par Clementso
Mezquite road, de Gabriel Trujilo MunozPour la quatrième fois consécutive, les Allusifs ont décidé de nous régaler avec la suite des aventures du « plus privé des privés », notre bel et ombrageux avocat à la carte d’Amnesty International, le défenseur acharné et percutant de la veuve et de l’orphelin, Miguel Morgado (dommage pour la qualité du bouquin qu’ils aient un peu rogné sur la couverture en supprimant les rabats, je trouvais cela superbe).
Vous allez finir par trouver douteux mon enthousiasme répété, mais il est vrai que le héros de Gabriel Trujillo MUNOZ a eu l’heur de me plaire en toutes circonstances jusqu’à présent. Si le texte s’est copieusement rallongé cette fois-ci, le style est resté le même avec des chapitres courts, enlevés, sans fioritures, allant systématiquement et très rapidement à l’essentiel.
Mais ce n’est pas pour autant que Gabriel Trujillo MUNOZ bâcle l’ambiance, lésine sur le contexte, gâche l’idée qui lui fait faire évoluer son héros dans une nouvelle facette de la vie des villes du Mexique, frontalières des États-Unis. Mezquite Road commence par une entrevue houleuse entre un joueur compulsif criblé de dettes de jeu et la tenancière d’une boîte à qui il doit une facture qu’il sera bien incapable de rembourser. Et doňa Matilde le sait si bien qu’elle missionne sa garde du corps afin de faire un exemple de Heriberto González : mort, il aura plus de valeur que vif !
Mezquite road, de Gabriel Trujilo MunozQuelques semaines plus tard, Morgado débarque, sur l’aéroport de Mexicali, de l’avion en provenance de Mexico. Là, Atanasio, un anarchiste qu’il a autrefois défendu, l’attend pour le conduire auprès de la veuve d’Heriberto. Cette dernière veut bien admettre beaucoup de défauts à son défunt mari, mais certes pas accepter qu’il ait pu tremper dans la drogue comme ce qu’elle considère comme une vraie mise en scène de sa mort pourrait le laisser croire : un barillet vidé dans le corps retrouvé dans un hôtel miteux avec, pour toutes preuves, quelques sachets de poudre laissés sur une table de chevet.
Ce qui, encore une fois, est passionnant dans ces petits polars de Gabriel Trujillo MUNOZ, c’est la narration brève, mais diaboliquement efficace qu’il fait du milieu dans lequel vivent les populations mexicaines frontalières : un œil sur le rêve américain dont les séparent des kilomètres de barbelés, un œil sur le milieu mexicain où la vie n’a aucun prix et où la drogue passe au travers de tous les trous de la clôture frontalière.
Mexicali, ville frontière où la police est complètement gangrenée par la corruption et où, peu de temps après son arrivée, Morgado s’entend dire qu’il n’est pas encore mort, car « le prix de (sa) tête n’a pas encore été divulgué ». Et on sent bien que la société dans laquelle évoluent policiers, motards en bandes, trafiquants de tous crins (auxquels il ne faut pas manquer d’ajouter des flics de tous calibres venus de chez les gringos pour arranger les affaires à leur sauce et toujours selon leurs intérêts exclusifs), a perdu tout repère et a totalement abandonné à leur triste sort les pauvres bougres, les sans-grade les innocents qui n’ont d’autre recours que d’être aussi transparents que possible afin de tenter d’éviter les coups qui ne leur sont pas destinés, mais qui manquent rarement de les atteindre.
Elle fait peur cette société sans loi qui transgresse tous les interdits et laisse au plus fort de l’instant la liberté de faire régner un ordre inique !
Mezquite road, de Gabriel Trujilo MunozAu milieu de toute cette fange, l’enthousiasme de notre avocat à se jeter dans la gueule du loup pour défendre la veuve, l’orphelin et ses convictions paraît bien naïf et illusoire. Même si ses entreprises finissent par rencontrer un succès certainement pas gagné d’avance, on reste contraint de s’avouer que le problème de fond est loin d’être résolu : il est bien évident u’une place laissée soudainement libre par l’issue fatale rencontrée par son occupant, ne restera pas vacante bien longtemps et il est à craindre que l’amélioration de la situation ne sera finalement qu’illusoire.
Et, encore une fois, les représentants des officines américaines ne sont pas montrés sous leur jour le meilleur, laissant la part belle à des arrangements troubles au prétexte de mieux pénétrer le milieu en vue de piéger les plus gros poissons. Un petit détail (important) pour terminer : il est plaisant de constater que notre privé n’a rien perdu, dans ce quatrième tome, des qualités attachées à ce métier et, bien évidemment, celle notamment de plaire aux (belles) dames !
Tout y est, je vous dis.
Retrouvez Mezquite Road, de Gabriel Trujilo Munoz, en librairie.

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