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Gainsbourg (vie héroïque)

Par Gjouin @GilbertJouin
Gainsbourg (vie héroïque)
Un conte de Joann Sfar
Avec Eric Elmosnino (Serge Gainsbourg), Lucy Gordon (Jane Birkin), Laetitia Casta (Brigitte Bardot), Doug Jones (La Gueule), Anna Mouglalis (Juliette Gréco), Mylène Jampanoï (Bambou), Sara Forestier (France Gall), Kacey Mottet-Klein (Lucien Ginsburg), Philippe Katerine (Boris Vian), Yolande Moreau (Fréhel), François Morel (le directeur de l’internat), Philippe Duquesne (Lucky Sarcelles), le Quatuor (les Frères Jacques)…
Sortie le 20 janvier 2010
Ma note : 8/10
Synopsis : C’est l’histoire, drôle et fantastique, de Serge Gainsbourg et de sa fameuse gueule. Où un petit garçon juif fanfaronne dans un Paris occupé par les Allemands ; où un jeune poète timide laisse sa peinture et sa chambre sous les toits pour éblouir les cabarets transformistes des Swinging Siwties. C’est une vie héroïque où les créatures de son esprit prennent corps à l’écran et sa verve se marie aux amours scandaleuses. De là est née une œuvre subversive avec, en vedette, un citoyen fidèle et insoumis qui fera vibrer la planète entière.
Mon avis : Joann Sfar ne nous prend pas en traître. Son film est un conte. Un conte à rêver debout ; ou plutôt à rêver assis dans son fauteuil… Quel homme ! Quelle vie ! Quel parcours ! Quel talent ! Gainsbourg fut et restera unique. Et ce film dégage un impact bien plus fort que le plus fidèle des biopics.
Ce film est une superbe réussite et ce, pour de multiples raisons. Il aurait, c’est certain, obtenu une totale adhésion de la part du Serge. Joan Sfar, ne l’oublions pas, est avant tout un dessinateur. Et pour nous le rappeler, il nous offre en préam-bulle (de BD) un très amusant générique animé. Joan Sfar est également un esthète en parfaite harmonie avec son modèle, l’homme à l’esthète de chou. Enfin, Joan Sfar est très inventif. Il a su créer un univers à la fois onirique et réaliste, avec des décors majestueux (Ah, la visite de l’appartement de Dali !) et une photo particulièrement léchée.
La plus belle trouvaille de mise en scène est incontestablement la présence de « La Gueule », double stylisé de Gainsbourg, double « gainsbarrien » maléfique et désinvolte. Ses apparitions sont autant d’ellipses efficaces qui évitent les digressions et les longs discours.
Et puis il y la LE casting… Eric Elmosnino ne joue par Gainsbourg, il EST Gainsbourg. C’est troublant. Le mimétisme est ahurissant, tant dans la posture que dans le timbre de la voix. On oublie fréquemment que l’on a affaire là à un comédien tant on est fasciné par l’authenticité du bonhomme. Et la performance est d’autant plus exceptionnelle qu’Eric Elmosnino ne surjoue jamais. Il est d’ailleurs le premier étonné par la stupéfiante ressemblance qu’il imprime sur l’écran. C’est cette réelle modestie qui le rend encore plus respectable.
Et il y a la magnifique cohorte de ses « escort girls », toutes ces femmes sublimes, véritables icônes, qui ont soit chanté ses chansons, soit partagé sa vie, ou même qui ont cumulé les deux fonctions d’épouse et d’interprète. Là aussi chapeau. Un quasi sans faute. Gréco, Bardot, Birkin revivent littéralement sous nos yeux enchantés. Mention spéciale à Laetitia (L,A E dans l’A ; T,;I, T, I A…) Casta, véritablement époustouflante – jusque dans la voix - dans sa re-création de B.B… France Gall et Bambou sont moins bien restituées, mais in s’en fout, c’est l’histoire et ce qui se dit qui comptent.
Enfin, il y a la bande son. Magistrale. Surtout quand on sait que ce sont les comédiens eux-mêmes, Eric Elmosnino en tête, qui ont interprété certaines chansons.
La seule chose qui m’est vraiment gêné dans ce conte, c’est le comportement du jeune Lucien Ginsburg et les propos qu’on lui fait tenir à propos du port de l’étoile jaune. Impossible de croire qu’un gamin de cet âge – et a fortiori dans la bouche de ce garçon timide qu’il a été – puisse tenir des propos aussi provocateurs et dénonciateurs avec autant d’aplomb. Mais c’est le seul truc qui m’ait embarrassé. Après cet épisode un tantinet lourdingue, je me suis laissé emporté par un plaisir ineffable, un bonheur tout simple, le temps d’un merveilleux voyage en compagnie du plus créatif de nos auteurs-compositeurs et de ses muses. Gainsbourg, ce touche-à-toutes de génie…

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